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morceau par morceau, les provisions, munitions et le reste, malgré une pluie battante, On divisa notre bataillon en deux parties, dont l’une avait la garde de la rive nord et l’autre de la rive sud.
Il y'avait à peine un nombre suffisant de tentes pour les provisions, sur la rive nord, et ceux qui étaient traversés durent passer la nuit à la belle étoile, heureux encore s'ils avaient pu trouver une couverte pour s’'envelopper.
Vers une heure du matin, le 29, l'on fut réveillé par des cris d'alarme et d'appels au secours, iris par quelques soldats qui étaient tombés à ;'eau en traversant. En peu d'instants, tous ceux qui dor. maient étaient debout et déja rendus sur la scène de l'accident. Tous furent sauvés et en furent quittes pour un bain à l'eau froide. Malheureusement il y avait à bord une dizaine de knapsacks qui furent perdus grâce à l’excilalion des rameurs. La journée se passa à continuer de traverser les provisions. Le soir, vingt hommes de la compagnie No. 8 reçurent l’ordre de rester en cet endroit, sous le commandement du lieutenant Normandeau. La nouvelle nous prit un peu par surprise, et la surprise était loin d’être agréable. Divisés déjà comme nous l’étions et,surtout,ayant bon espoir de rejoindre nos frères avant longtemps, cette nouvelle séparation ne fut pas sans soulever des murmures. Mais, enfin, à la guerre comme à la guerre : l’on dut se soumettre. La veillée fut silencieuse, la nuit de même.
Le lever eut lieu à six heures le lendemain. Vers les dix heures, on lança à l’eau un nouveau bac, plus grand que celui dont nous nous étions servis.
Ce bac, qui venait d’être terminé. avait été construit très solide, pour qu'il pût durer plus longtemps, et était mû au moyen d'un certain appareil d'un genre nouveñnu, relié à un câble en fer tendu d'une rive à l'autre, L'après-midi fut donnée au repos, La seule interruption fut l’arrivée de trans. ports venant du nord. Un des charretiers rapporta que l’on s'attendait à une attaque à Edmonton; ce qui ne nous encouragea pas un peu à partir au plus tôt pour rejoindre nos frères et leur aider. Le soir, il y eut grande fête au camp. L'on imita le pow-wow (danse de guerre) des Sauvages, Une dizaine de soldats du 65e ainsi que deux ou trois de la police à cheval se vê tirent de couvertes et exécutèrent à la lettre un programme imaginaire, Après, l’on eut ce que les Anglais appellent : Tug of war.” La soirée se termina par des chants canadiens, puis chacun s’en fut se coucher. La nuit fut très-froide. Le 1er de mai au matin le lever eut lieu à cinq heures. On alla se laver à la rivière, puis avant déjeuner, tous se mirent à genoux pour chanter l’éAve maris stella.” Après déjeuner, l’on se hâta de traverser ce qui restait sur l’autre rive et, à midi, nous plions bagage, A quatre heures nous nous mimes en route, notre départ ayant été retardé par la difficulté qu'on eut à traverser les chevaux. Après quelques milles de marche, nous choisimes un bon endroit pour camper, et, à neuf heures, nous nous reposions sous la tente à cent-quatre milles d'Edmonton. Ce jour-là, le major Perry nous fit de grands compliments. Il nous dit qu'il avait déjà commandé des soldats aussi courageux et obéissants,mais qu'il n’en avait jamais commandés d'aussi
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cons- | gais, Le mot de passe cette nuit fut ‘ Big Bear,” lon g- mot significatif; ce qui cependant ne troubla le )pareil sommeil d'aucun soldat,
tendu Pendant la nuit, le major Perry reçut une déiée au pèche du général Strange. Personne n'en apprit bien trans. long sur le contenu de ce message, La rumeur cire pporta cula cependant que l’on avait reçu ordre de faire le I, ce voyage en quatre jours, et que l’on était averti que
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les Sauvages nous attendaient à quarante milles. A six heures, le lendemain, nous partions de nouveau,
10010 Le temps était devenn beau. Vers le midi, cepenine de dant, la chaleur devint insupportable, Chacun cher. police chait l'ombre, et s'étendait du mieux qu'il pouvait nt à la sous une charrette quelconque, Vers deux heures on eut on repartit. On traversa bientôt le ruisseau de la .® La Tortue, sur lequel l'aile droite du bataillon avais , puis | posé un pont assez solide. Vers les cinq heures, oide,. î l'on arriva à la Rivière Bataille que l’on traversa \ cinq { sur des charrettes. Nous campâmes à ün mille enavant À viron au nord de la rivière. Nous étions à trente. anter | cinq milles au nord de la Rivière du Chevreuil âta de Rouge, Pendant la veillée, un chef de la tribu des midi, | Stonies, Tète Fine, vint nous faire visite. fit nous | mille protestations d'amitié à nos officiers et leur dé par déclara que sa tribu resterait loyale au gouver- RVaUX. nement, simes | Le lendemain, dimanche le 3, le lever eut lieu à | nous quatre beures; départ à six heures et dix minutes a. m. nilles La Le temps se continua beau; mais les chemins furent fit de k mauvais pendant au moins six milles. Vers les neuf déjà 73 heures, nous passâämes la réserve des Stonies, où obéis- 4 réside le Rev, Père Scullen. Un petit “Union Jack”
aussi 4 flottait au-dessus ‘de la tente du chef Peau
d'Hermine. Il était pres de midi quand nous nous arrêlämes pour le dîner. Peau d'Hermine vint visiter le major, accompagné de sa femme, de son fils Cayote, et de quelques autres Sauvages. Le chef avait revêtu son uniforme des grandes fêtes, et il nous était impossible de compter le nombre de couleurs qui bariolaient sa tunique, Quand à celui qui semblait lui servir d’intendant, son costume était des plus simples : une vieille tunique noire à boutons dorés, et des culottes brunes. Ils passèrent environ une heure à converser avec le major, (car Peau d'Hermine s'exprime assez bien en anglais). à fumer la pipe et à partager le menu du camp. Ces Sauvages nous ont paru passablement civilisés. [s sont chrétiens et s’adonnent aux travaux des champs. Cependant ils habitent encore leurs wigwams et construisent des hangars pour mettre à labri leurs grains et leurs animaux.
A deux heures nous étions de nouveau sur la route, et vers les six heures nous étions campés à quatre milles au nord de la Ferme du Gouvernement, aux Montagnes de la Paix, trente-six milles d'Edmonton.
Aussitôt après le lever, le lendemain, on nous apprit qu'un nouveau détachement de vingt hommes devait être laissé à la Ferme. Le commandement de ce détachement fut donné au lieutenant Villeneuve. Cette nouvelle séparation fut encore plus cruelle que la première, et chacun se demandait ce qu’allait devenir notre pauvre bataillon, si l’on continuait à nous éparpiller ainsi le long de Ia route. Aussitôt les adieux faits, l’on se remit en marche. L'on fit une courte halte vers le midi, puis les che-
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mins devinrent affreux. Tantôt dans des marécages presqu'impraticables et tantôt à travers des forèts où un étroit passage permettait à peine à nos charrettes de traverser. Vers les cinq heuxes, on campa. Un courrier nous apporta l'étrange nouvelle que Riel avait capturé quatre-vingt! voitures de munitions et de provisions égarées par de faux guides. Cette nouvelle fut le sujet de conversation le plus général pendant la veillée.
De bonne heure, mardi matin, nous étions renontés dans nos charrettes. La route se continua à travers les bois. Nous passâmes sur la réserve de Papesteos. Vers huit heures, chacun commença à nettoyer ses armes et son uniforme, car l’on approchait d'Edmonton. A Ashton Lake, le lieut.-col. Hughes vint à notre rencontre et fut salué par des cris de joie. À quelques milles plus loin, les autres officiers du bataillon droit nous attendaient pour nous souhaiter la bienvenue. Enfin, vers 11 heures, Edmonton nous apparut dans Ia distance. On descendit des voitures et l’on se mit en rangs pour descendre la côte de la rive sud de la Saskatchewan. Chacun était heureux à l’idée qu'il allait revoir les amis dont 1l avait été séparé depuis quinze jours. A midi, nous étions rendus et assis autour d’un feu de camn; on se racontait les incidents du voyage. La compagnie No Tétait déjà rendue, depuis Le 3, au Fort Saskatchewan, à vingt milles à l’est d'Elmonton, sous le commandement du capitaine Doherty. Les compagnies 5 et 6, sous le commandement du capitaine Prévost, élevé au rang de major, se mirent en route le jour de notre arrivée, pour se rendre à
Victoria, soixante milles d'Edmonton, Ce premier détachement se composait comme suit :
Major Prévost.
Adjudant : Sous-lieut, Mackay.
Compagnie No. 5 : Capt. Villeneuve.
Lieut. Lafontaine.
“ No. 6 : Capt. Giroux.
Lieut. Robert.
Chirurgien-Major Paré.
Les autres compagnies campèrent en dehors du Fort en attendant Les ordres du général,