‹ Cent-vingt jours de service actif [microforme]Chapitre 29 sur 70 · ER · texte numérisé non relu

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5 de juin.— Pendant la nuit, une compagnie d’infanterie légère de Winnipeg arrive au camp. De deux heures et demie à cinq heures du matin, il fait un orage épouvantable ; tonnerre, éclairs, rien n'y manque. Vers les sept heures, le départ sonne. Après trois heures et demie de marche à travers des chemins impraticables, la première colonne arrive au Lac aux Grenouilles. A peine arrivés, quelques soldats, mettant de côté la fatigue du matin, se dirigent vers la scène des massacres et y trouvent quatre cadavres. Le fait ayant été rapporté au général, une escouade de la compagnie No. 3 est chargée

de les enterrer. Certains indices portent à croire que

ce sont les corps de Quinn et Gouin ; de même que les autres victimes de la sinistre journée du 3 avril, ils sont à demi-carbonisés et n’ont plus de forme humaine. Ce triste devoir ayant été rempli, le clairorr sonne le départ. Le paysage aux alentours du Lac aux Grenouilles est magnifique. La marche se continue pendant l’après midi. Le temps et les chemins sont des plus mauvais. Les soldats arrivent au camp épuisés de fatigue et ne sont pas lents à se reposer.

6 de juin.—La nuit a été belle. Asix heures et demie du matin, l'on se :cmet en rnute. Après quatre heures de marche on fait la halte ordinaire pour le repas du midi. Le temps se continue beau. Vers les trois heures de l'après-midi la marche se reprend et se coutinue jusqu’à six heures. Au lieu de faire monter les tentes, les officiers distribuent à chaque soldat sa ration pour deux jours et, ces derniers l'ayant mis dans leurs sacs à pain, la route se continue. Il fait assez clair, mais les chemins sont plus impralicables que jamais. Ce n’est plus Se à suite

de swamps ou marais profonds et interminables, où l'on patauge dans l’eau jusqu'a la ceinture, sur une distance de deux cents verges. Pour comble de désagrément, l'affût du canon se trouve embourbé, et, les chevaux n’y pouvant plus rien, tous mettent la main au câble, quelques-uns l’épaule à la roue et, à force de travail et de misère, on réussit à conserver le canon que les soldats anglais de Winnipeg étaient disposés à sacrifier plutôt que de faire le travail herculéen dont le 65e s’acquitte avec bonne humeur. Le dévouement du 65e en cette circonstance, pour sauver le canon, lui a valu de la part des Anglais le sobriquet de ‘ crocodiles ”. Il était onze heures et demie p. m. quand on se coucha au. tour des feux du bivouac et sans abri.

7 de: juin.—La nuit parut longue et triste. Après les fatigues de la veille on se trouva sans couverte ni capote. Chacun s’étendit du mieux qu’il pût autour d’un bon feu, au risque de se réveiller les cheveux brûlés et les pieds gelés. Quand l’on se réveilla, presque tous les habits étaient couverts de frimas. Le déjeuner servit bien à ramener la gaieté dans les esprits ; il se composait de biscuits durs, viande en boîte et d'eau. La marche se continue encore aujourd’'hui. Le paysage est loin d’être heau et, en vérité, il faudrait qu’il le fût extraordinairement pour faïre oublier aux soldats leurs souffrances physiques. Triste procession de la Fête-Dieut On dirait plutôt une troupe de pieux pèlerins, tous se dirigeant à travers un pays inconnu, vers un lieu plus inconnu encore. Vers midi l’on fait la halte et les tentes sont montées, On croyait trouver ici quantité de fleur et d'avoine et il n’y a qu’une ving-

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taine de sacs de farine, On annonça aux soldats que la fin de la campagne n'était pas éloignée, il ne fallait rien moins que cela pour relever le courage des troupes. Tous les cœurs tressaillent d’allégresse à cette seule nouvelle. Le reste de la journée est donné au repos. Le même jour, la garnison du 65e, laissée à Fort Pitt, quittait cet endroit pour rejoindre leurs frères. Le Lt.-Col. Williams et une partie des Midlañd l’accompagnent. Ce détachement campe au Lac aux Grenouilles et élève une seconde croix à la mémoire des martyrs, à quelques arpents de la première.

8 de juin.—Le beau temps continue, De bonne heure l'on se remet en route. L'on arrête vers midi à la mission indienne de la Rivière aux Castors, puis on va camper à quelques milles de là, au milieu d'un bois. Get endroit est parfaitement caché de tous côtés, et s'appelle ja “ Fuite de l'Ours.” Ici doit-on rester Dieu sait combien de temps; c'est l'avant poste de l’armée. Jamais endroit ne fut plus propre à se dérober à la vue de l’ennemi et, cependant, on n'y avait pas été une demi-heure, qu’une bande innombrable d’ennemis inattendus fondit sur les soldats épuisés de fatigue : c’étaient les maringouins ! Is s'étaient rendus par centaines, infatigables, insatiables, attaquant sans relôche. Il n’y à pas d'autre moyen de s’en défendre que de se renfermer sous les tentes et de s’y enfumer comme des jambons. Pour sortir, on s’enveloppe la tête avec de la mousseline et l’on se couvre les mains de gants épais.

9 de juin.—Beau temps. Les maringouins ont cessé les hostilités pendant l’avant-midi, mais reviennen!: à la charge avec plus d’ardeur que jamais dans

l'après-midi, Il fallut s’enfermer de nouveau. Le père Legoff, qui est missionnaire parmi les Monta. gnais depuis dix-huit ans déjà, et qui s’est échappé du camp de Gros-Ours où il était prisonnier depuis deux mois,ayant réussi à persuader ses Sauvages de se séparer de Gros Ours, vient nous voir; il est reçu à bras ouverts surtout par le Père Provost auquel il remet la croix du Père Fafard toute maculée du sang de ce martyr et aussi d’autres reliques. Il se rend auprès du Général pour intercéder pour ses nuailles,

10 de juin.—Far niente. Beau temps chaud. Le géné. ral envoie le père Legoff et le père Provost auprès des Montagnais avec l’ultimatum suivant: Soyez au camp demain à midi ou je brûle tous vos établis. sements et Je vous chasse.” Dans la soirée les maringouins reviennent avec du renfort, on redevient jambons.

11 de juin. —Rien d’extraordinaire aujourd’hui, à part l’arrivée du Capt. Giroux avec sa compagnie. Le Lt.-Col. Williams était retourné au Lac aux Grenouilles sur l’ordre du Général. Encore les moustiques ! |

12 de juin. La nuit a été très-fraiche. Les Montagnais viennent trouver le général et se livrent à lui. Moustiques! Moustiques!

13 de juin.— Beau temps frais. Un petit orage vient de temps à autre varier l’uniformité de la température. Le général envoie un détachement de l’Infanterie Légère de Wininpeg, fort de cent hommes, intercepter la route de Gros-Ours.

‘ A4 de juin.—Même température que la veille. On eut la messe vers les sept heures. Dans l'après-midi,

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quelques officiers vont visiter le camp des Sauvages. Un triste spectacle s’offrit à leur vue, Dénués de tout, le corps à peine vêtu de quelques haïllons ramassés un peu partout et formant un assemblage de costumes les plus bizarres, les malheureux Montagnais étaient étendus sous leurs tentes usées et déchirées. Jamais pauvreté plus abjecte n'habita plus misérable abri. Les ofliciers revinrent au camp tout pensifs, songeant aux milliers de familles éparses* dans la vaste plaine dont la misère trouvait un tableau dans celle des pauvres malheureux qu'il: venaient de visiter.

15 de juin.—La nuit fut très-froide. Quand le réveil sonna le matin, on fut quelque peu surpris de voir les tentes entourées d’une épaisse couche de neige ; le lac situé près du camp était lui-même couvert d'une couche de glace d'un quart de pouce d’épaisseur. Le colonel Smith quitta le camp, accompagné de cent hommes de l’Infanterie Légère de Winnipeg, pour des régions inconnues. Dans le cours de l'après-midi le général Middleton arriva accompagné de son état-major et en commandement de renforts considérables. Ils ont avec eux un canon gatling.

16 de juin.— Beau temps. Les maringouins se font encore sentir.

17 de juin.—Le beau temps continue, les maringouins ditto. Le capitaine Giroux part pour Montréal.

13 de juin.—Aucun changement dans la tempéra. ture. Plusieurs officiers et soldats vont se baigner dans la rivière aux Castors.

19 de juin.—Temps frais. On apporte au camp la nouvelle que quelques Cris des Bois sont au lac des Îles avec la famille McLean qu'ils se déclarent prèts

à rendre. Le général envoie deux Chippewayens accompagnés de l'éclaireur Mackay pour aller chercher les prisonniers.

20 de juin.—La nuit a été très-froide et peu de soldats ont bien dormi. Au lever, il y avait une petite gelée blanche de près de deux pouces d'épaisseur. Le camp est levé et l'on retourne coucher aux quartiers-généraux.

21 de juin.—Beau temps. Messe à huit heures. Dans l'après-midi, il commence à circuler des rumeurs quant au prochain départ des troupes.

22 de juin.—On doute de l’exactitude des rapports quant au renvoi prochain des forces militaires du Nord-Ouest, Le temps se continue beau.

23 de juin.—Vers huit heures et demie du soir, l'ordre du départ est lu aux troupes et la date est fixée au lendemain. Quelques-uns ont peine à y croire mais ne refusent pas de se mêler à la réjouissance générale qui est immense.

24 de juin.—Réveil à quatre heures. Le général adresse aux troupes des paroles de félicitation et l’on prend la route du retour à six heures et demie du matin. Il fait une chaleur accablante. La première haltese fait à dix heures etdemie de l’avant-midi,après dix milles de marche. Dans l'après-midi on parcourt quinze autres milles. Aussitôt après souper on reprend la marche et l’on ne campe qu’à onze heures et demie du soir. On a fait dans cette journée trente-cinq milles,

25 de juin.—Le départ a lieu à neuf heures. L'on marche toute la journée. A sept heures du soir on arrive au rivage où le “ North West” attend les troupes ; on avait parcouru vingt-cinq milles. Les

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26 de juin.— Les soldats montent à bord du bateau vers les huit heures de l'avant-midi. Quelque temps après le général arrive en personne accompagné de son élat-major, Il est salué par des hourrahs signifticatifs. Le reste de la journée est consacré à la flânerie.

27 de juin.—A{ est dix heures de l’avant-midi quand le bateau arrive à Fort Pitt On moute les tentes sur la rive, Réjouissances générales.

28 de juin.—Al fait très-beau. Basse messe en plein air. On doune un permis général de sortir du camp, et tous vont visiter leurs frères d'armes des autres bataillons,

29 de juin..….Le départ des troupes commence aujourd'hui, [l fait une chaleur accahlante.

30 de juin.—-Le temps chaud continue,

ler de juillet.….Toute la brigade d’Alberta parade, à sept heures du matin, devant le général Middleton. Ce dernier, après avoir fait l'inspection des diftérents bataillons,complimente de nouveau les troupes,

? de juillet.—11 fait beau. Le colonel Ouimet arrive avec le reste du 65e bataillon, Joie indescriptible- On recoit l’ordre de s’'embarquer demain à bord de la ‘ Baronness.”

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