SALLE DU BANQUET
On avait orné les tables avec des fleurs et des plantes empruntées à la serre et aux plates-bandes du jardin Viger.
En arrière de la table d'honneur, sur une longue banderolle on lisait [les mots : ‘ Les anciens du 65e aux braves du Nord-Ouest,”
Le menu était quelque chose de substantiel, tel qu’il convient à des estomacs fatigués par des privations de trois mois et pius: Jambon, corn-beef, roast-beef, et autres pièces de résistance, froides, Le vin, la bière et le claret punch coulaient à flots.
Au-dessus était placée une cartouche avec la devise de notre populaire bataillon: Nunquam retrorsum “ Jamais en arrière.”
On remarquait parmi les drapeaux, qui composaient le faisceau placé en arrière du siège du président, un drapeau français en soie fringée d'or avec le chiffre “65,” présenté au colonel Ouimst par les citoyens de la partie Est.
En avant de la table d'honneur étaient deux petites bannières portant les mots : ‘‘ À nos braves !”
Le service de ces gapes militaires a été irréprochable ; pour en convaincre nos lecteurs il nous suffira de dire qu'il était sous la direction de MM. Michel Beauchamp et William Gill, 4eux maîtres d'hôtel bien connus, le premier au Richelieu, et l'autre au St. Lawrence Hall.
En entrant dans la salle du banquet, les volontaires du Nord-Ouest se formèrent en colonne à quart de distance de conversion et se débarrassèrent de leurs sacs et de leurs armes.
Chacun admira la précision, l’ensemble et l’habileté avec lesquels ils mirent leurs armes en faisceaux. On eut dit de vieux grognards de la garde de Napoléon.
Les volontaires se mirent à table et firent honneur au repas tout en fraternisant avec leurs compagnons d'armes de Montréal.
Le banquet était présidé par le lieutenant-colonel Harwood, D, A, G., qui avait à sa droite le lieutenantcolonel Ouimet, commanüant du 65e et à sa gauche, Son Honneur le maire.
À la même table, étaient les lieutenants-colonels Fletcher, Gardner, Crawford, Hughes. Brosseau, du 85e, Stevenson, de la batterie de campagne, d'Orsonnens, Caverhiil, Rodier, du 76e, de Châteauguay, J, M. Prud’homr::, du 64e, de Beaubarnoïs, Sheppard, du
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83e, de Jolictte; le major Denis, du 8£e, de Saint- Hyacinthe, M. le curé Sentenne, le Dr Tachapelle, l'honorable M. Thibaude: au, MM. les échevins Mount Fairbairn, Robert, Grenier, Laurent, Mathieu, Jeannotte, Armand, MM. Larocque, A. Desjardins, M. P., J. J, Curran, M. P,
Parmi les dames présentes, on remarquait Ald, Ouimet, Mme L. $, Olivier, Delles Martin, E. Perrault Mmes Mount, Berry, A. À. Wilson, Mathieu, L A, Jetté, Joseph Aussem, J, Leclaire, A. Larocque, Rouer Roy, E. Starnes, Lady Lafontaine, F. D. Monk, Delles Corinne Roy, Quigley, Amélie Roy, Alice Roy, Pelletier, Wilson.
Il a été impossible de préparer une liste criplète de toutes les notabilités présentes dans la sauie d'exercice à cause du mouvement de la foule autour des tables du festin et des groupes formés par les parents et les amis
qui venaient presser la main des volontaires du Nord- Ouest.
LES DISCOURS Voici le résumé du discours prononcé par le colonel de Lotbinière Harwood D, A. G,, commandant le district militaire No 6, au banquet du Drill Shed :
Messieurs,
S'il y a une classe d'hommes, au sein de la Confédération Canadienne qui, depuis de nombreuses années, ont eu à souffrir de l’apathie, de l'indifférence des habitants de ce pays, en retour des sacrifices immenses qu'ils se sont imposés pour prouver à leurs concitoyens leur dévouement à la chose publique et à la patrie, c’est indubitablement la classe des volontaires.
Que chacun rappelle ses souvenirs, il verra combien de fois les volontaires ont été, depuis quelques années, traités d’exaltés, d'hommes bons à jouer aux soldats. On s’est même oublié jusqu’à les traiter de ‘ vils traîneurs de sabre ; ” des patrons de boutiques,
de grands magasins, de grandes usines allaient jusqu’à dire: Vous ne voulons pas de volontaires à notre service, comme employés.
S'il s'agissait de donner des prix aux meilleurs tireurs à 4 carabine, je connais le nom de gens haut placés dans le commerce et ailleurs qui refusaient de donner leur obole, en disant : ‘“ Pourquoi tout ce ta- “ page ? Pourquoi la Milice ? A quoi sert tout cela ? dé ous n'avons pas besoin de donner notre argent pour “ faire jouer au soldat, ete., etc. ” Et la conséquence était que nos braves militaires, non contents de donner leur temps et leurs peines, étaient obligés de souscrire de leurs boeses afin de fournir des prix aux concours | Que de sacrifices les officiers de tout rang ont été obligés de faire en maintes circonstances pour maintenir leurs corps de volontaires en état effectif en face de toute cette apathie! Puis encore, lorsque les différents ministres de la milice voulaient de l’aide des chambres pour I Milice, soit pour les camps, soit pour avoir des armes, des accoutrements, des uniformes convenables, vous voyiez tout de suite un certuin nombre de membres se récrier, criant au gaspillage, disant que le pays allait à la banqueroute, à la ruine, que la Milice était inutile. que nos braves volontaires n'étaient bons qu'à jouer au soldat, et que dirai-je encore.
Tout ce temps, nos volontaires, toujours animés du plus noble patriotisme, se disaient: Patience! patiencel un moment viendra, et le pays, dans sa détresse, nous demandera à grands cris. Alors, nous, comme toujours, nous répondrons: Présents !
Oui, messieurs, à la fin de mars dernier, ce moment est malheureusement venu.... et qu'est-il arrivé? II est arrivé, messieurs, qu'à ce moment suprême chaque volontaire, d'un bout du pays à l’autre, depuis les colonels jusqu'au dernier des soldats, s'est écrié avec jcie : Présents !
A la fin de mars dernier, au milieu de nos troubles, le Bon Génie, qui préside aux destinées du pays, s'était chargé de nous donner l’homme qu'ils nous fallait —
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le brave et habile général Middleton, le général modèle doux, humain, et fortiter in re. Qui, le général Middleton, ce soldat ‘ sans peur et sans reproche, ” qui, par son tact, sa prudence, ses sages mesures, ses calculs habiles, ‘ sans verser de sang inutilement, a su conduire nos troupes à la victoire, et étouffer un soulèvement qui menaçait d'être général, un de ces sou lèvements qui, peu de chose au commencement, pouvait en grandissant prendre des proportions colossales, faire promener la torche incendiaire d'un bout à l’autre du Nord-Ouest, et faire couler des flots de sang à travers ces vastes régions. (Vifs applaudissements,.) Mais, grâce à Dieu, un homme presque providentiel se trouvait à la tête des forces, et avec son aide et celle de nos vaillants volontaires, la douce paix, ‘‘ cette fille aimée du ciel, ” est rentrée au sein de notre belle confédération, (Bruyants applaudissements.)
Nunquam retrorsum ! Non! non, jamais en arrière, Officiers et soldats du 65e bataillon ! Fidèles à la noble devise qui distingue votre beuu bataillon, vous vous êtes levés, comme un seul homme, à la fin de mars dernier, pour aller défendre le drapeau national, laissant sans la moindre hésitation, parents, amis, situation, position, affaires privées, pour obéir au eri du devoir et à la voix de l'honneur qui vous appelaient, (Vifs appl.)
65e bataillon, sur vous est tombé le premier choix d’entre tous les bataillons de la province de Québec! La patrie comptait sur vous et ses espérances n’ont pas été déçues |
Le pays vous a constamment suivi des yeux. Votre souvenir à toujours été présent à l'esprit de vos amis, à travers vos longues marches, tantôt en butte à un froid sibérien, tantôt sous les rayons d'un soleil d'Afrique.
Vos souffrances morales et physiques de toutes sor. tes (mal couchés, souvent mal nourris, à peine vêtus, sans pain, sans souliers, couchant sur la dure), vous avez tout souffert, tout bravé! Que de marches, de contremarches, que de milles parcourus en tous sens,
etla nuit et le jour, mais grâce à Dieu, vous nous revenez couverts de gloire... Vous nous revenez, la joie, l'orgeuil et l'honneur de Montréal. (Applaudissements frénétiques.)
Oui, soldats du 65e bataillon, vous nous revenez couverts de gloire... ot c’est avec un légitime orgueil que nous comtemplons vos figures basanées, les nobles débris d’uniformes qui vous couvrent à peine, mais qui font votre gloire ........ vos visages bronzés, vos visages de vétérans! ah1 mais c’est que vous n'avez pas joué au soldat (hourras frénétiques !)
Oui! vous nous revenez glorieux et vainqueurs,
Vous avez reçu le baptême du feu. Vous avez reçu le baptéme du sang. Vous avez reçu le baptême «les
privations et des souffrances de toutes sortes, Vous avez même reçu le baptême de la médisance et de la
calomnie la plusatroce... Attaqués dans votre honneur de gentilshommes, de Canadiens, de soldats, par cette sale et dégoutante feuille de choux, cuitivée, fumée, arrosée par ce grand Prêtre de la calomnie, le fameux Sheppard de T oronto ; vous nous revenez vairqueurs, et vous avez prouvé à tout le pays que comme patriotes, gentilshommes et soldats, vous n'aviez ni supérieurs, ni maîtres dans toute la milice du Canada(longs applaudissements.]
Aussi avec quelle joie lisions-nous le récit de vos hauts faits dans le Nord-Ouest, avec quel orgueil lisions-nous les belles paroles que votre commandant, le général Strange, nous adressait après vos actions d'éclat. Nous avons tous lu avec joie ce que le géné-
al Strange écrivait de vous à un de ses amis intimes, il n’y a que quelques jours.
Nos cœurs ont battu à briser nos poitrines en lisant des pages comme celle-ci : “Quand le canon, cette voix ‘“ de fer, ce dernier argument de la civilisation armée, “eut fait repercuter pour la première fois les échos “endormis de la solitude des sombres régions du ‘ Nord-Ouest, nos braves soldats du 65e bataillon se “sont élancés sur l'ennemi — les marais, les sombres
‘forêts, les broussailles presqu'impénétraoles, n'arré-
ous nous revenez,
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NUTES, 239
“ taient pas leur impétuosité — et comme les chevaux ‘qui traînaient le canon se trouvaient souvent em- “ bourbés envasés jusqu'aux oreilles, my plucky French & Canadians ’ s’attelant au canon font sortir de cette ‘impasse chevaux, canon et tout ce qui s’en suit, lo “ tout avec cette agilité, cet élan français qui distin- ‘ gue nos Canadiens-Françnis ‘Applaudissements. ) Puis encore les paragraphes suivants :
‘# Le véritable esprit “militaire des anciens “ coureurs “ des bois, ” la milice de Montcalm —- des voltigeurs “ de Salaberry semble aussi vivace quo jamais dans le “ cœur de nos Canadiens-Français. Nous avons bivoua- ‘ qué sous nos armes... nous étions sans feu... le 65e ‘ Dataillon était pour le moment sans caj otes (en par- “ Jant de la poursuite contre Gros Ours), Les soldats ‘ du 65e bataillon n'avaient pas pris de vivres avec ‘eux lorsque le matin ils débarquaient de leurs bateaux ‘pour s’élancer au pas redoublé I} où le devoir les ‘appelait. Nous partageñmes nos rations avec eux.” Puis plus loin.
‘ Un autre jour, ils arrivent (le 65e) à un certain “ endroit, après avoir marché toute une nuit l'énorme “ distance de onze lieues à travers des marais pres- ‘“ qu'impassables... le cœur joyeux... la gaie chanson ‘# canadienne à la bouche... bravant tous les obstacles, ‘ plusieurs d’entre eux allaient pieds nus et ensanglan- . tés, leurs uniformes étaient en lambeaux eb cependant “ ils étaient prêts à tout, “Sur eux tombaient les postes les plus exposés “ chaque fois que nous pouvi ions rejoindre l'ennemi, et ‘ c'était toujours avec peine que je pouvais con: enir ‘ l’ardeur belliqueuse de my pluc ky Fre nch Canadians.” Ainsi vous voyez que rien de ce qu'on disaitde vous n’était perdu pour nous, pour moi surtout qui ai le plaisir de compter votre beau bataillon parmi les bataillons du District que j'ai honneur de commander, À assi s0y 2z les bienvenus au milieu de nous. Vous avez bien murité de la patrie. Tous ceux qui vous sont chers, qui vous aiment si tendrement, brûlent d'envie de vous serrer la main, de vous presser sur
leur cœur, et de vous dire combien ils sont contents de vous, fiers de vous, comme nous le sommes tous ici,
comme l'est tout le pays en général et la ville de Montréal en particulier. (Tonnerre d’applaudissements,) Aussi, messieurs, en terminant, permettez-moi de jroposer la santé du brave général Middleton, le soldat “ sans peur et sans reproche ”” et celle du 65e bataillon nos plucky French Canaidians. (Applaudissements prolongés.)
Le maire Beaugrand, appelé à prendre la parois, complimenta en termes appropriés et d’une fagon très éloquente le 65e bataillon.
À. l'instar du colonel Harwood, il parla des accusations portées contre le bataillon, et sut les réfuter.
M. Beuugrand termina en proposant la santé du général Strange qui dirigea nos troupes, du colonel Ouimet, commandant du 65e, des braves officiers et sous-officiers. Il fit allusion au sergent Valiquette, mort au champ d'honneur, aux morts et aux blessés de cette insurrection qui sera l'évènement mémorabis de
Le colonel Ouimet répondit brièvement, mais avec éloquence. 11 remercia chaleureusement lé public canadien, le maire de Montréal, les dames, des secours donnés aux familles des volontaires, et pour la brillante reception du jour. A peine était-il assis que trois hourras retentirent en son honneur sous l'immense
voûte de la salle d'exercices.
M. le maire Beaugrand proposa en anglais la santé de la Montreal(tarrison Artillery et des autres bataillons qui, sans avoir partie ipé à la campagne, avaient été prêts à répondre à l'appel.
Le colonel Stevenson, appelé à répondre, dit qu'il s’acsociait de tout cœur à la démonstration du jour. Il était heureux de serrer encore une fois la main aux braves du 05e, de les voir revenir gais et en bonne sané.
M. C. A. Cornellier parla en dernier lieu. Ce fut ke discours de la clôture du dîner. En faisant l'éloge
des braves volontaires, l'orateur paya un noble tribut
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