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CHAIRES DE CLINIQUE MÉDICALE

En 1778, deux docteurs-régents, Duchanoy et Jumelin, avaient publié un Mémoire pour démontrer la nécessité de créer une chaire de clinique à la Faculté de Paris (1); mais lès événements se précipitèrent et la vieille Faculté devait sombrer avant d’avoir pu réaliser les réformes demandées par quelques-uns de ses membres. En 1786, Desbois de Rochefort inaugura des leçons de clinique médicale à l’hôpital de la Charité. Il fut le véritable fondateur de cet enseignement; il fut de plus le maître et l’ami de Corvisart, qui lui succéda. Cabanis reprit, dans son Rapport au Conseil des Cinq-Cents, les idées de Duchanoy et Jumelin et insista sur l’enseignement clinique qu’il considérait avec raison comme la base de la pratique médicale (29 brumaire an vu, 19 novembre 1798) (2).

Corvisart, docteur-régent et professeur de l’ancienne Faculté, médecin en second de l’hôpital de la Charité, fut institué le 3 1 janvier 1795.Il eut pour adjoint Le Clerc, qui, six mois après, passa comme adjoint à la chaire d’anatomie. Le Clerc fut remplacé par Besnard, médecin à Rouen, qui n’apparut jamais dans sa chaire, et déclara enfin, le 5 septembre 1797, qu’il n’acceptait pas la place d’adjoint et préférait rester à Rouen. Le 29 novembre, Cabanis, adjoint à la clinique de perfectionnement, obtint par permutation la place d’adjoint à la chaire de clinique interne.

Mémoire sur l'utilité d’une École clinique de médecine (Journal de physique, suppl. t. XIII, 1778, et Mél. in-4°, t. CCL). — Voir chap. x, p. 324.

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Au point de vue matériel, l’installation de la clinique médicale laissait beaucoup à désirer. Tout était à refaire ou à créer : salles, amphithéâtre, etc. L’École en fit la demande et le Gouvernement y fit droit. C’est alors que fut construit l’amphithéâtre, sur les murs duquel on lisait jadis des inscriptions nombreuses, latines et grecques, choisies par Corvisart et qui paraîtraient bien démodées aujourd’hui.

Le 1“ prairial an vu (20 mai 1799) eut lieu l’inauguration officielle du nouvel amphithéâtre de clinique, et dont le procès-verbal est conservé aux archives de la Faculté.

« Ce jourd’hui, premier prairial an vu de la République française, une et indivisible, à 10 heures du matin, les professeurs de l’École de médecine se sont réunis à l’hospice de l’Unité pour la cérémonie de l’inauguration du nouveau local de la clinique interne, établi près de cet hospice, accompagnés du citoyen Clavarreau, sur les dessins duquel ont été construits l’amphithéâtre, les salles et autres bâtiments nécessaires à l’exercice de la clinique. Le C. François de Neufchâteau, Ministre de l’intérieur, que l’École avait invité par une députation à présider cette cérémonie, est arrivé et a été reçu par les professeurs qui l’ont accompagné, le président de l’École était à sa droite; le Ministre, rendu dans la salle d’assemblée, a examiné avec attention toutes les pièces anatomiques fraîches et dessinées que l’École avait fait apporter de ses cabinets de collection et placer sur des tables préparées à cet effet.

« Le Ministre et les professeurs se sont rendus dans l’amphithéâtre où le C. Corvisart, professeur de clinique interne, a prononcé un discours qu’il a adressé aux élèves sur l’étude delà médecine et sur le nouvel établissement dû aux vues bienfaisantes et patriotiques d’un Ministre ami des muses, ami des arts et de tout ce qui peut venir au secours de l’humanité souffrante; l’auteur a présenté le tableau des faux médecins et les maux incalculables qui résultent de leurs menées, insidieuses et meurtrières. Il a montré la médecine dégagée par la liberté et la philosophie de la livrée du fanatisme et des chimères de la routine.

« Le Ministre, dans un discours qu’il a prononcé, a félicité les C. C. élèves sur le bonheur qu’ils ont de recevoir les encouragements du Gouvernement pour hâter leurs progrès dans l’art de guérir. Il a fait voir que les droits sacrés de l’humanité sont une des premières bases des vertus républicaines. Après avoir tracé un tableau

Mais Cabanis, membre du Conseil des Cinq-Cents et emporté par la politique , ne se montra pas plus exact que Besnard. Il demanda encore à permuter, fut nommé adjoint à la chaire de médecine légale et d’histoire de la médecine, où il remplaça Goulin, mort le 3o avril 1799, et fut chargé de l’enseignement de l’histoire de la médecine.

Corvisart demanda un autre adjoint, et Le Roux des Tillets fut nommé le 16 août 1799.

Devenu premier médecin de l’Empereur, professeur au Collège de France, retenu très souvent à la Cour par ses fonctions et ne pouvant plus se consacrer à sa chaire de clinique, comme il le désirait, Corvisart demanda sa mise à la retraite le 24 janvier i8o5. Il fut nommé professeur honoraire , avec droit à son traitement qu’il abandonna pour la fondation d’un prix qui porte son nom. Après la chute de l’Empire, Corvisart, fidèle à ses amitiés et à ses opinions, se retira à la campagne, où il mourut le 18 septembre 1821, d’une hémorragie cérébrale. Ce n’est point ici le lieu de parler de ses travaux sur les maladies du cœur, ni de l’impulsion qu’il a donnée à l’anatomie pathologique.

Le Roux des Tillets succéda à Corvisart. Il se livra exclusivement à son enseignement, s’occupa de ses élèves, les guida dans l’étude des maladies, dans la rédaction des observations, dans les autopsies. Il commença à amasser des notes qu’il prenait ou qu’il faisait prendre pour la rédaction de son Cours swr les généralités de la médecine pratique, qu’il publia longtemps après, en 1825-1826, en 8 volumes.

Mais l’administration de la clinique interne, bien qu’appartenant à l’École de médecine, était confondue avec l’administration des hospices. Grâce à l’influence de Corvisart, cet état de choses cessa : les travaux furent repris, les malades placés dans des salles destinées spécialement pour eüi, et l’on eut, pour ainsi dire, une nouvelle organisation de la clinique interne.

Le mercredi 3o juillet 1 806 , à midi, plusieurs professeurs en costume, ayant à leur tête De Jussieu, président de l’École, Fourcroy, conseiller d’État, chargé de la .direction de l’instruction publique, se

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sont réunis à l’amphithéâtre de la clinique interne. Le Roux ouvrit la séance par un discours sur la clinique, sur ce qui regarde la médecine, sur ses qualités, sur la manière d’étudier les maladies, sur les analyses chimiques, sur les autopsies. «Dans les exercices de la clinique, dit en terminant Le Roux, dans les travaux de la Société, tout doit tendre vers l’instruction, tourner au profit des élèves; les professeurs ne se proposent point d’autre but; ils n’ambitionnent que de joindre l’exemple aux préceptes; mais aussi tout doit se rapporter à l’École de médecine, centre commun où viennent aboutir toutes les parties de l’enseignement médical : il faut que la clinique lui fournisse les moyens de prouver au Gouvernement, à la France entière qu’elle remplit dignement les fonctions qui lui sont confiées (1) ».

A la dissolution de la Faculté, Le Roux dut quitter sa chaire et fut nommé professeur honoraire. Il était d’ailleurs trop âgé pour suffire aux exigences de l’enseignement et du décanat, et sa chaire était en souffrance.

Ily avait, à côté de la chaire de clinique médicale de la Charité, une autre chaire; c’était celle de la clinique de perfectionnement réservée aux cas rares, et établie dans l’ancien couvent des Cordeliers, dont l’entrée était rue de l’Observance. Elle eut pour titulaires ou adjoints Cabanis (1797-1797), Petit-Radel (1798-1815), qui y fit des leçons sur les maladies vénériennes (2), Royer-Collard (1816), Bourdier (1818-1820), Fouquier (1820-1821), Récamier (1821-1823).

L’ordonnance du 2 février 1823 créa quatre chaires de clinique, savoir : une à l’Hôtel-Dieu, deux à la Charité et une à la Salpêtrière. Les quatre professeurs furent : Récamier, Laënnec, Cayol et Landré- Beauvais.

Un arrêté du Ministre de l’intérieur, du 3 juillet 1824, régla l’organisation des cliniques de la Faculté.

w Procès-verbaux des assemblées des professeurs, t. II, et Bibl. Fac. Méd., 7820, n8 3, p. i58.

Récamier, qui, depuis le 10 décembre 1821, occupait la chaire de clinique de l’hôpital de perfectionnement, fut nommé à l’Hôtel-Dieu. C’était un homme étrange, un médecin fantaisiste et guérisseur, connu par ses excentricités thérapeutiques et qui, par ses hardiesses et son esprit inventif, obtenait parfois des succès inespérés.

Laënnec avait été médecin de l’hôpital Beaujon, puis de Necker : il avait publié en 1819 son Traité de l’auscultation, qui est un chefd’œuvre et qui fit une révolution dans la science du diagnostic; il avait suppléé Hallé au Collège de France. Il fut désigné pour une des chaires de clinique de la Charité, pour le service d’hiver.

Cayol était rédacteur de la Revue médicale, partisan de la doctrine hippocratique, et son talent d’orateur était à la hauteur de son talent d’écrivain. 11 occupa avec éclat la deuxième chaire de l’hôpital de la Charité, pour le service d’été. Par l’originalité de ses idées, par la profondeur de ses vues, par une grande justesse d’observation et une pratique pleine de tact et de prudence, il offrait une réunion de qualités bien importantes dans un professeur de clinique.

Landré-Bëauvais, médecin de la Salpêtrière, eut la quatrième chaire qui fut attribuée à cet hôpital. Il avait institué à la Salpêtrière des cours cliniques qui étaient très suivis. Sa renommée, ses principes, le firent désigner au choix du Gouvernement, qui lui confia en même temps les fonctions de doyen.

Mais la santé de Laënnec dépérissait de jour en jour : il portait le germe de l’affection pulmonaire qui avait été l’objet de ses études. Vaincu par le mal, il reprit le chemin de la Bretagne et mourut le i3 août 1826, près de Douarnenez, dans le Finistère, à l’âge de 45 ans.

Professeur exact, chercheur infatigable et méticuleux, Laënnec était au physique un homme petit, maigre, aux joues creuses, aux

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yeux enfoncés, à l’extérieur presque mystique, à la parole douce et un peu timide, contraste frappant avec Broussais, qui ne le ménageait pas

Sept candidats se présentèrent pour obtenir la chaire de Laënnec. La lutte fut vive entre Chomel et Guersent: au scrutin de ballottage, le premier ne l’emporta que d’une voix. Chomel fut nommé le i3 janvier 1827 professeur de clinique médicale et prit le service de l’hôpital de la Charité.

Le contre-coup des événements de i83o se fit sentir à la Faculté, et les professeurs nommés par le bon plaisir du Gouvernement en 1823 furent destitués. Récamier, Cayol et Landré-Beauvais durent descendre de leurs chaires, et l’enseignement de la clinique médicale fut confié à Chomel, qui passa à l’Hôtel-Dieu; à Fouquier, qui, delà chaire de pathologie médicale, passa à celle de clinique à la Charité; à Le Roux des Tillets , qui, malgré ses 80 ans, reparut à la Charité devant un auditoire nombreux qui l’accueillit par des applaudissements sympathiques. La quatrième chaire était vacante.

Mais le Gouvernement dejuillet avaitrétabli le concours et, par un arrêté du 27 décembre i83o, le concours pour cette chaire fut fixé au 18 juin i83i, et mit en présence Bouillaud, Gaultier de Claubry, Gendrin, Louis, Piorry et Rochoux.

Le jury était composé des professeurs Le Roux, Desgenettes, Duméril, Fouquier, Chomel, Broussais, Andral, Alihert, Dupuytren et Roux (ces deux derniers suppléants), et des académiciens Lerminier, Guersent, Renauldin, Mérat et Biett, suppléant.

L’article 8 de l’arrêté portant règlement sur le concours fI) imposait aux candidats pour les chaires de clinique cinq genres d’épreuves : i° appréciation des titres et travaux scientifiques; 2“ dissertation im-

»j Bu

t.II,n"337.

primée. Les trois autres épreuves étaient remplacées par deux leçons

cliniques sur quelques malades indiqués par le jury.

Bouillaud et Gaultier de Claubry traitèrent : Dissertation sur les généralités de la clinique médicale et sur le plan et la méthode à suivre dans l’enseignement de cette science.

Gendrin : Considérations générales sur l’enseignement et l'étude de la médecine au lit des malades.

Louis et Piorry : Généralités sur T enseignement de la médecine cli-

Rochoux : Plan d'un cours de clinigue.

Après les épreuves cliniques et au troisième tour de scrutin, Bouillaud l’emporta de deux voix sur Louis, le 9 août.

Un arrêté du 26 août i83i nomma Bouillaud professeur de clinique médicale, èt il fut désigné pour la Charité.

Bouillaud a tenu une place importante à la Faculté : il fut une des grandes figures médicales de l’époque. Il avait été un des fervents disciples de Broussais, et il fut un lutteur acharné contre les doctrines exclusivement vitalistes. Ses travaux sur les maladies du cœur, sur le rhumatisme, son esprit philosophique, en avaient fait un chef d’école, qui pensait, avec les saignées répétées, pouvoir juguler certaines maladies inflammatoires. Né classique, il était resté classique dans son langage. Il parlait avec facilité, avec abondance, mais avec un peu d’emphase, aimant les figures, les métaphores. Il occupa sa chaire pendant quarante-cinq ans, de i83i à 1876.

Le Roux des Tillets fut emporté le 8 août i83î par une attaque de choléra, et le concours pour sa chaire fut fixé au 9 mars i833.

Les conditions du concours avaient été modifiées par un arrêté du 19 octobre 1 83 2, quant aux choix des juges et quant aux épreuves.

Les épreuves consistèrent : 1“ dans l’appréciation des titres de

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chaque candidat; 2° deux leçons orales sur un sujet de clinique; 3° une thèse imprimée.

Le jury était composé de : Chomel, président, Adelon, Fouquier, Bouillaud, Duméril, Andral, Bérard, Desgenettes (Maijolin et Alibert, suppléants), et des académiciens Petit, Jadioux, Ferras, Landré-Beauvais et Abraham, suppléant.

Douze candidats se présentèrent, mais quatre se retirèrent, laissant en présence Broussais, Gaultier de Claubry, Gibert, Dalmas, Piorry, Rostan, Trousseau et Sandras.

Ce concours donna lieu à des récriminations et à des difficultés par suite d’absence ou de maladie des juges. Après deux séries d’épreuves cliniques, les candidats eurent à traiter les sujets suivants dans leurs thèses :

Existe-t-il des maladies générales primitives on consécutives ? (Brous-

Jusquà guel point l’anatomie pathologique peut-elle éclairer la thérapeuthique des maladies ? (Rostan.)

Quelles sont les conditions sous l’influence desquelles sont produits les tubercules ? Quel est le mode de leur formation ? Quel doit être leur traitement? (Gaultier de Claubry.)

Quels sont les caractères de l'inflammation ? ( Sandras. )

Quels sont les caractères des maladies spécifiques ? Quelles sont les indications thérapeutiques qu elles présentent ? (Dalmas.)

Dans quelles limites la saignée est-elle applicable au traitement des maladies ? ( T rousseau. )

Quelle part a l’inflammation dans la production des maladies dites organiques? (Piorry.)

Jusqu’à quel point l’anatomie pathologique peut-elle servir de base à la classification des maladies? (Gibert.)

Sandras et C. Broussais se retirèrent après avoir adressé des récriminations contre la marche et les décisions prises dans ce concours, qui se termina le 3 juillet par la nomination de Rostan.

FACULTÉ

ECINE.

Un arrêté ministériel du 2 3 juillet 1 833 nomma Rostan professeur de clinique médicale.

Rostan fut l’un des professeurs les plus aimés de la Faculté, tant pour lui-même que pour la doctrine qu’il professait et pour son mode de faire interroger les malades par les élèves. Il fut désigné pour l’hôpital des Cliniques, qui contenait alors trois services, un de chirurgie, un de médecine et un d’accouchements. En i84o, son service fut transporté à l’Hôtel-Dieu, qui eut alors deux services de clinique médicale, faits par Chomel pendant le semestre d’hiver et par Rostan pendant le semestre d’été.

Rostan avait la parole correcte et facile, un organe agréable, des manières exquises, le geste sobre et distingué, de la dignité dans le maintien, une tenue irréprochable, une grande douceur envers ses malades. Plein de bienveillance et d’aménité pour ses élèves, il se tenait toujours avec eux dans une réserve digne et ne se permettait jamais une personnalité blessante. II résumait dans sa personne le type du clinicien accompli. Son service était très recherché et ses leçons étaient très suivies.

Fouquier est mort le 5 octobre i85o. C’était un professeur d’une exactitude scrupuleuse, aimant ses malades et ses élèves, attaché à ses devoirs, sincèrement ami de la vérité et de la justice, ne cherchant pas une décevante popularité, généreux et désintéressé et sachant faire respecter la dignité de la profession médicale. Piorry obtint sa chaire par permutation.

Lorsque le second Empire fut proclamé. Napoléon III exigea le serment de tous les fonctionnaires, formalité assez puérile dans un pays où la forme du gouvernement est exposée à tant de changements. Chomel avait été le médecin et l’ami du souverain détrôné en 1 848. «Ma fidélité, écrivit-il, est acquise et due au malheur», et il refusa de prêter le serment qu’on lui demandait. Il fut dépossédé de sa chaire et cessa de faire partie de la Faculté. Chomel avait l’esprit droit, le

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jugement sûr, ia parole simple, claire et facile. Gomme professeur, il était scrupuleusement attaché à son devoir, et ses leçons cliniques, très pratiques, étaient justement appréciées.

Troosseau, professeur de thérapeutique et de matière médicale, passa par permutation à la chaire de clinique de l’Hôtel-Dieu, à laquelle il fut nommé lé 18 décembre i852, en remplacement de Chomel. La foule suivit dans ce nouvel enseignement ce professeur qui avait depuis longtemps montré ses aptitudes de clinicien dans ses leçons à l’hôpital des Enfants. Il eut autant de succès à l’Hôtel-Dieu que dans sa chaire de thérapeutique , et ses leçons cliniques (1) montrent ce que fut son enseignement.

Rostan, dont la santé commençait à décliner, prit sa retraite en 1864 et fut nommé professeur honoraire.

Trousseau, de son côté, se sentant fatigué dans sa chaire de clinique qu’il occupait depuis douze ans, demanda à reprendre la chaire de thérapeutique; Grisolle passa alors par permutation (i864) à la clinique de l’Hôtel-Dieu, et Piorry quitta la Charité pour l’Hôtel-Dieu et prit le service de Rostan.

Guillot passa de la chaire de pathologie médicale à celle de clinique à la Charité, où il remplaça Piorry. Quoique ses leçons fussent excellentes, Guillot n’a pas laissé une trace bien marquée de son passage à la Faculté.

Le 3 novembre 1866, Piorry était mis à la retraite, et Guillot succombait le 1 o. Bien que Piorry ait prêté le flanc à la critique et même à la plaisanterie par ses néologismes et quelques excentricités médicales, il n’en fut pas moins un excellent clinicien, cherchant les organopathies avec une scrupuleuse minutie, et poussant la plessimétrie jusqu’à ses dernières limites de précision.

/ ® Trousseau, Clinique médicale de TMul-Dieu, l885, f édit, publiée par Peter, 3 vol.

Un arrêté ministériel du 2 5 octobre i865 avait décidé que, à partir du i"janvier 1867, il y aurait une seule chaire de clinique médicale à l’Hôtel-Dieu, une à la Charité, une à la Pitié et une autre à Necker; cette dernière fut provisoirement maintenue à la Charité, à cause des travaux d’installation.

Un arrêté du 5 janvier 1867 nomma professeurs de clinique médicale les deux professeurs de pathologie Béhier et Monneret. Béhier fut désigné pour la Pitié, Monneret pour la Charité.

Monneret est mort le 1 4 septembre 1868, ayant à peine eu le temps de se faire apprécier comme professeur de clinique. C’était un professeur froid, mais dont les leçons étaient supérieurement préparées. Il avait un peu continué la méthode de Chomel.

Il eut pour successeur Germain Sée, qui quitta la chaire de thérapeutique pour passer à la Charité. Disciple de Trousseau et de Claude Bernard, Sée porta dans son enseignement l’esprit physiologique et expérimental de ses deux maîtres. On lui doit l’application de médicaments nouveaux, comme le salicylate de soude, l’antipyrine, la convallaria maïalis, les vapeurs de créosote, la lactose, et l’iodure de potassium, etc. Ses travaux les plus connus sont les suivants : Les effets du seigle ergoté sur le cœur et la circulation (1846); La chorée et le rhumatisme (i85o); Leçons sur l’urémie et les pneumonies expérimentales (1861); Leçons sur le sang et les anémies (1866); Le traitement des rhumatismes par le salicylate de soude (1877); Leçons de la Charité sur le diagnostic et le traitement des maladies du cœur (1878); Le traitement de l'asthme par l’iodure de potassium (1879); Les dyspepsies gastro-intestinales ( 1 88 1 ) ; Le diagnostic des phtisies douteuses par les bacilles des crachats, et la phtisie bacillaire des poumons (1884); Du traitement de l’obésité ( 1 885 ) ; Des maladies spécifiques des poumons (i885); Du régime alimentaire (1887); Traitement de la migraine par l’antipyrine (1887 )■, Les médicaments cardiaques (1889); Traité des maladies du cœur (1891); Formulaire alimentaire (1892 }.

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Grisolle est mort le 9 février 1869, après une longue maladie cérébrale. Froid et rude en apparence. Grisolle, comme clinicien, se tenait sur la réserve, n’acceptait les nouveautés qu’après une longue étude, et portait une scrupuleuse précision dans son diagnostic comme dans sa thérapeutique.

Les travaux de Grisolle portent l’empreinte d’un excellent clinicien. Son Traité de la pneumonie (i84i) avait été couronné par l’Institut et son Traité de pathologie interne a été pendant longtemps, de 1 844 à 1864, le livre classique par excellence.

A la mort de Grisolle, Béhier passa à l’Hôtel-Dieu. Il y établit le premier laboratoire d’anatomie pathologique accessible à tous les élèves. C’était un esprit progressiste; on lui doit la vulgarisation des injectionshypodermiques, de l’emploi de l’alcool dans les phlegmasies. Il savait communiquer son ardeur à ses élèves, qui trouvaient en lui, sous une enveloppe un peu brusque, un maître bienveillant et dé-

Lasègde, professeur de pathologie générale, prit la chaire de clinique de Béhier à la Pitié. C’était un maître remarquable, ayant une instruction profonde, la facilité d’élocution et la netteté de Trousseau, le débit clair, imagé, souvent original, trouvant toujours le mot propre pour exprimer sa pensée, d’une grande droiture de caractère.

A la mort de Béhier, Sée quitta la Charité pour l’Hôtel-Dieu.

Mais Bouillaud ayant demandé sa mise à la retraite en 1876, après quarante-cinq ans d’enseignement clinique, fut remplacé par Hardy, professeur de pathologie interne. Hardy avait fait un long stage dans l’enseignement libre à l’hôpital Saint-Louis, avant d’avoir une chaire officielle à la Faculté, où il se montra comme un éminent clinicien, quoique un peu rebelle aux nouveautés scientifiques.

Ce fut alors le moment de mettre à exécution l’arrêté ministériel qui avait réparti les cliniques entre l’Hôtel-Dieu, la Charité, la Pitié et Necker.

Pot ain ne resta que cinq mois dans la chaire de pathologie médicale, et le 7 septembre 1876 il était nommé à la chaire de clinique de l’hôpital Necker. Clinicien remarquable et circonspect, ennemi du bruit et des innovations thérapeutiques suspectes, attentif aux moindres symptômes, qu’il analyse avec une minutieuse précision, Potain semble un disciple direct de Laënnec. Son service médical est l’un des plus suivis de la Faculté : ses recherches sur les souffles cardiaques et extra-cardiaques sont connues de tous, et les Cliniques de la Charité m montrent ce qu’est le professeur.

Par un décret du 6 octobre i883, Jaccoud, professeur de pathologie médicale, remplaça Lasègue, décédé. Partisan convaincu de l’école expérimentale, Jaccoud a toujours pris la physiologie pour base de son enseignement. Il s’efforce d’appliquer à l’ensemble de la pathologie la méthode de l’analyse physiologique et pathogénique, d’adapter la physiologie à la conception des phénomènes morbides et thérapeutiques. Vulgarisateur admirable, doué d’une merveilleuse facilité d’appropriation et d’exposition, cosmopolite scientifique, il n’est étranger à rien de ce qui se dit ou se fait hors de France : il s’est affirmé dans sa chaire de pathologie médicale et dans celle de clinique par un esprit de critique judicieuse et indépendante et d’observation pénétrante et sagace. Dès i883, l’enseignement clinique de Jaccoud a eu une caractéristique dominante, ce fut la fusion de la médecine traditionnelle avec les découvertes microbiennes, et en 1886 il pouvait faire la déclaration suivante : «Je suis certain que, par l’accumulation même des faits ainsi étudiés, la vérité se fera jour telle que je l’entrevois, telle que je l’enseigne, dans le sens d’une

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étroite et parfaite conciliation entre la médecine traditionnelle et les découvertes contemporaines W. »

Hardy étant mis à la retraite, son service de la Charité fut pris par Potain, et le 20 novembre 1886, Peter remplaça Potain à Necker. Peter représentait la vieille école des cliniciens qui illustrèrent la Faculté : il procédait de Chomel et surtout de Trousseau, dont il avait été le disciple et l’ami. Il avait la parole imagée comme son maître, un esprit original, un grand sens clinique, se méfiant des nouveautés d’investigation, et il résista à l’enthousiasme provoqué par les théories pastoriennes. On le retrouve tout entier dans ses Leçons de clinique médicale®.

Un décret du 18 juillet i8g3 autorisa Hayem, professeur de thérapeutique, à passer à la chaire de clinique médicale, en remplacement de Peter, décédé, et la chaire fut transférée à l’hôpital Saint- Antoine.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

Corvisart . !7g5-i8o5

Le Roux . 1805-1823

Le Clerc . 1795-1795

Besnard. . 1795-1797

Cabanis . ‘797-*799

Le Roux . 1799-1805

LaUement . 1 796-1 797

Cabanis . *797-‘797

Petit-Radel . 17 98-1 8 1 5

Royer-Collard . 1816-1818

Bourdier . 1818-1820

Fouquier . 1820-1821

Récamier . 1821-1823

® Jaccoud, Clinique de la Pitié pour 1886- {î) Peter, Leçons de clinique médicale, i8jZ-

1887, Paris, 1888, p. 20. 1879 » 2 v°l-

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