CHAIRE DE CLINIQUE DES MALADIES DES VOIES URINAIRES
D’après le rapport de Le Fort, du 18 avril 1878, relatif à la création de chaires nouvelles, la Faculté avait rejeté le projet relatif à la création d’une chaire des maladies des voies urinaires. On reconnut néanmoins que cette branche importante de la pathologie externe méritait un enseignement spécial et que des cliniques libres et bénévoles ne suffisaient pas. II y avait à l’hôpital Necker un service pour les calculeux, et le chirurgien Civiale en était le chef : mais c’était un service libre et non officiel. Après mûres délibérations, on trouva le moyen de concilier l’intérêt de la science et des élèves avec les ressources du budget de l’État. Il y avait deux professeurs de pathologie chirurgicale; on songea à supprimer une de ces chaires qui serait remplacée par une chaire spécialement consacrée aux maladies des voies urinaires. Un décret du i4 mars 1890 supprima cette deuxième chaire de pathologie chirurgicale, créa la chaire de clinique des maladies des voies urinaires et y appela le professeur Guyon, qui fut nommé par permutation.
Guyon avait débuté par un travail sur les Vices de conformation de l’urèthre chez l'homme. Nommé en 1867 chirurgien de l’hôpital Necker, il fut mis à la tête de la salle fondée par Civiale pour le traitement des maladies des voies urinaires. Le vieux chirurgien avait fait don à l’hôpital de tous ses instruments. Dès son entrée dans ce service, Guyon y fit une clinique libre des maladies des voies urinaires, qui y attira de nombreux auditeurs français et étrangers, ce
qui ne lui avait cependant pas fait négliger les autres parties de la chirurgie, car il publia en 1874 les Eléments de chirurgie clinigue. En 1881, il avait publié les Leçons cliniques sur les maladies des voies urinaires, qui eurent une troisième édition en 1894; Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostate (1888), et, avec Bazy, un Atlas des maladies des voies urinaires (1886), sans compter les nombreux travaux publiés par lui dans les Annales des maladies des organes génito-urinaires , dont il dirige la publication.
Guyon était donc tout préparé pour la chaire nouvelle. Il a fait une école; il a largement servi la science : il a organisé à Necker, et à ses frais, deux laboratoires, savoir : un d’histologie et de bactériologie, des plus complets et des mieux installés, et un de chimie, une bibliothèque qui comprend tous les ouvrages parus sur la spécialité, et un musée, qui n’a rien de commun avec celui commencé par Civiale, installations qui ne laissent absolument rien à désirer et dont la chirurgie française peut à bon droit s’enorgueillir.
Il a en outre organisé un service de consultations pour les femmes et un autre pour les hommes, où il passe environ vingt-cinq mille malades par an , hommes et femmes, et où les docteurs étrangers sont admis à prendre du service à côté des étudiants français.
Guyon fait deux leçons par semaine. Toutes les deux sont suivies d’opérations; mais celle du samedi consiste à examiner une série de malades devant les élèves. Il passe ainsi extemporanément en revue plusieurs sujets, établit séance tenante le diagnostic, le pronostic et les indications du traitement. Les opérations du samedi sont surtout la lithotritie et toutes les opérations sur l’urèthre. Le mercredi est réservé aux opérations plus importantes et plus graves, et une leçon clinique précède les opérations. L’instruction des élèves est assurée dans les détails, grâce au concours de plusieurs assistants, tous anciens internes du service, du chef de clinique, des internes actuels et des chefs de laboratoire. Chaque partie est confiée à l’un d’eux : traitement de l’urèthre, de la vessie, endoscopie, bactériologie, analyses chimiques, etc.
ENSEIGNEMENT
Pour ne pas se heurter contre les lenteurs ou le mauvais vouloir administratifs, Guyon a tout installé à ses frais, même les salles de malades, afin d’avoir un ensemble répondant aux exigences légitimes de la chirurgie moderne.
Depuis son entrée à l’hôpital Necker, Guyon a conservé les pièces anatomo-pathologiques les plus curieuses et les plus démonstratives de son service. II a pu ainsi réunir plus de cinq cents pièces, soigneusement groupées et cataloguées, formant une collection où l’on trouve la plupart des types pathologiques des affections de l’appareil urinaire , et dont les observations sont transcrites sur un registre spécial. Aux pièces d’anatomie macroscopique sont ajoutées près de cinq mille préparations d’histologie et de bactériologie qui s’y rapportent.