MADRIGAL
Pour un sourire dans nos pleurs, La Belle plane avec l'aurore, Et de son noble geste essore Sur nos fronts las, le vol des fleurs
Lente à choir, leur neige, nuée Selon les rêves nouveaux nés, Décore maints cieux fortunés D'une somptueuse nuée,
Où tout poète un peu pieux Cueille un Ijouquet de rimes neuves, Qu'il transcrit au doux lil des lleuves Sur l'écran de papier soyeux,
Alin que la Belle en partance Daigne, d'un caprice qui ment, Lui permettre, pour un moment.
De captiver son inconstance.
Pâlotte mienne! tes yeux doux si fous Sont d'un azur menteur et véridique.
Menteur véridique, puisque j'abdique Mon sceptre pour leur clinquant de six sous.
Dila /«/«/j'ai mis à tous les clous Les écussons de mon rêve héraldique, Et j'ai baie ouverte en tes doux yeux fous Sur un azur peut-être véridique.
Mais tout ton lla-fla et tous tes frous-frous Essorent l'étreinte encyclopédique :
Les anges de ma vision pudique Deviennent, hélas! de plus en plus flous... Oh! laisse-moi baiser tes yeux si doux, Quoique leur azur soit peu véridique.
Frivole oiseau de nos rêves bleus, 0 l'enfant pâle, et ces yeux d'onyx!
Ces yeux ressuscitant le phénix.
Proie, on le croyait, d'éternels feux!
0 la pure, ô la soëve, ô l'aime!
La frêle et miraculeuse digue A nos ennuis! L'opium prodigue Du frôlement de sa chaste palme !
Allons vers d'innommés Océans Égarer notre vaisseau propice.
Allons où le pur azur tapisse
La voûte des mystiques néants, Allons aux Zodiaques sans bornes Orienter le vol des Licornes.