OBSOLETE AIRS
Les Amantes sont loin, loin de ma mémoire, Et pâle est leur empreinte, ô pâle lueur ! Tel un furtif éclair dans le vent hurleur, Tels les vagues reflets d'une sombre moire.
Et mon âme est pareille à l'antique armoire, •Où dorment des rubans de tendre couleur, — Colifichets d'alors que rayonnait l'heur, Dans les feuillets jaunis de quelque grimoire.
Vous qui semblez joyeux, ô vous qui passez Avec des fleurs dans le champ des trépassés, Gardez-vous de fouiller ces vestiges rances,
Gardez-vous d'évoquer leur fade relent!
Oh! laissez mourir les blêmes remembrances,
Ohl laissez sommeiller l'oubli somnolent...
Un grand sommeil noir Tombe sur ma vie :
Dormez tout espoir, Dormer toute envie.
Paul Verlaine
Roses roses, où les rosées Roulent leurs gouttes d'argyrose, Roses, on les dirait rosées Par les fards de l'aurore rose!
0 les suaves cantilènes Que chante à la source enchantée L'arôme doux des marjolaines !
0 chère plainte chuchotée !
0 le vent, le vent monotone, Susurrant dans les feuilles jaunes!
Lamento long du vent d'automne Qui s'éloufTe en les louffes d'aulnes!
La pluie, ô la dolente pluie Qui nous lancine et nous transperce, Qui fait que notre âme s'ennuie Et se fond en la grise averse!
Puis l'heure fuit. I^ternel leurre Qui promet l'heur à notre rêve!
0 douleur en le cœur qui pleure.
En le cœur qui pleure sans trêve !
Mortes les anémones Des primes jours vermeils !
0 que lourds vos sommeils, Morbides argémones!
Hélas! pourquoi s'est tu Le chant que l'on adore, La suave mandore, Le sais-je? Le sais-tu?
Des lutins ou des âmes, Ces soupirs obsesseurs?
Sont-ce les pâles sœurs Que jadis nous aimâmes?
HT
Que nous veulent ces fantômes
En leurs voiles nuageux,
Que nous veulent ces fantômes?
Pourquoi ces chants et ces jeux Troublant d'absconses neuvaines, Pourquoi ces chants et ces jeux?.
Toutes embûches sont vaines, Et vos appels superflus !
Toutes embûches sont vaines!
A nos pieds s'éteint le flux De vos caresses amères!
A nos pieds s'éteint le flux..
0 fuyez les éphémères Ainsi qu'un blême brouillard, 0 fuyez les éphémères!
Notre cœur est un vieillard Qui dédaigne vos chimères.
Notre cœur est un vieillard!