Nautiles des faunes tertiaires
Parmi les Nautiles peu nombreux, que nous connaissons dans ces faunes, la seule espèce qui nous ait permis d'observer la pointe initiale de la coquille, est Aturia (Naut.) Aturi^ Bast.
Nous avons décrit ci-dessus, p. 1342, les apparences que nous ont présentées 3 jeunes spécimens préparés par M. Munier-Chalraas, préparateur du cours de géologie et paléontologie, à la Sorbonne, à Paris. L'application immédiate du premier tour sur la calotte initiale ne permet pas de voir directement la cicatrice. Mais, la conformation de toutes les parties voisines étant presque identique avec celle qu'on observe sur Naut. Fompilius, nous considérons comme certain, que nous retrouverions cette identité sur la partie de la surface initiale, qui nous est cachée.
Nous rappelons que sur le tableau Nr. 1, qui précède, p. 28, nous avons énuméré toutes les espèces de Nautiles, que nous venons de passer en revue, dans les divers âges géologiques.
"Vn. Concordance entre les Nautiles anciens et les
Nautiles de la faune actuelle, sous le rapport de
leur extrémité initiale.
En 1855, nous avons fait une étude spéciale de la coquille de Naut. Fompilius, afin d'en tirer quelque lumière pour l'intelligence des éléments analogues dans nos Nautilides siluriens. Nous avons déjà rappelé divers résultats de cette étude, sous le rapport de la structure des cloisons, du siphon, du test, . . . &c . . . Nous voulons maintenant communiquer nos observations relatives à la partie initiale de la coquille.
1. En ce qui touche cette extrémité, nous avons reconnu, qu'elle se compose d'une calotte analogue à celle que nous observons dans les diverses formes siluriennes, énumérées ci-dessus. Cette calotte offre aussi, comme dans ces espèces, un bombement beaucoup plus prononcé que celui de la première cloison, qui suit en remontant.
58 Partie initiale de la coquille.
2. La loge aérienne, qui est comprise entre cette première cloison et la calotte, ne présente qu'une hauteur maximum de j de mm. dans un bel exemplaire, qui est sous nos yeux. Il montre une section longitudinale, préparée par M. Philippe Potteau, attaché au cabinet de conchyliologie au jardin des Plantes, à Paris. Cette faible hauteur de la première loge aérienne contraste avec celle de la seconde loge, qui est d'environ 1 mm. Elle contraste encore plus avec la profondeur de la loge correspondante de Phragm, Broderipi, qui s'élève à plus de 5 mm. sur le spécimen figuré PI. 57, fig. 5 — 6. Mais, nous avons constaté ci-dessus (p. 50) que, dans d'autres espèces, la loge initiale présente une hauteur réduite et très variable.
3. L'épaisseur de la calotte de Nautilus PompiUus, mesurée à une petite distance de l'axe, ne dépasse guère l de mm. Mais, elle est presque double de celle de la première et de la seconde cloison. Cette différence doit être remarquée.
4. Nous distinguons très bien le premier élément du siphon dans la première loge aérienne. Il est un peu enflé et son extrémité fermée s'appuie sur la surface de la calotte, vers le bout de la fissure, voisin du bord convexe ou ventral de la coquille. •
5. Le même spécimen nous permet de voir par transparence, sur toute la partie initiale du test de la coquille, comprenant les premières loges aériennes, le réseau formé sur la surface extérieure par des stries très fines et très serrées, qui sont dirigées dans les 2 sens. Ces ornements sont donc en parfaite harmonie avec ceux dont nous avons signalé l'existence sur la calotte initiale des espèces siluriennes, énumérées sur notre tableau Nr. 1, ci-dessus, (p. 28).
6. Cet exemplaire de Naut Pompilius nous montre également, sur la partie médiane de sa calotte initiale, une cicatrice très distincte, qui nous paraît fermée. Cette cicatrice est presque linéaire et elle est dirigée dans le plan médian de la coquille, comme dans les Nautilides siluriens. Sa longueur est d'environ 1 mm. et elle figure une ellipse très allongée, dont le petit axe peut être évalué à -J de mm. Nous ne pouvons indiquer ces mesures que d'une manière approximative, parceque nous ne voyons la surface de cette calotte que suivant une direction oblique. Cette circonstance accessoire ne diminue en rien la frappante ressemblance, qui se ^ manifeste par la cicatrice, sur la surface initiale de la coquille, entre Kaut. Pomj^ilius et nos Nautilides siluriens de la Bohême.
Concordance entre les Nautiles anciens et actuels. 59
En calculant approximativement les superficies, nous trouvons que la cicatrice et la calotte sont dans le rapport d'environ 1 : 36. Ce rapport est un peu au dessous du maximum ^\, calculé ci-dessus pour la cicatrice elliptique dans nos Nautilides siluriens.
Cette harmonie est la confirmation la plus certaine que nous puissions désirer pour les observations exposées ci-dessus. Elle nous permet de répéter avec une nouvelle assurance, qu'il est impossible de concevoir, que le mollusque sortant de l'oeuf ait passé par l'ouverture de la cicatrice, pour parvenir à la station représentée par la pointe de la coquille.
Au contraire, nous sommes encouragé par cette concordance à admettre que, dans les Nautilides de tous les âges géologiques, le mollusque ne se développait pas ailleurs que dans cette station. Il serait donc sorti nû de son oeuf, que nous supposons enveloppé d'un tégument mou et non d'un test solide. Aussitôt après son éclosion, il nous semble que l'animal commençait à se couvrir sur toute sa longueur par une sécrétion testacée, constituant la pointe permanente de sa coquille. H laissait seulement hors de la calotte initiale l'appendice de nature non définie, attaché à la partie inférieure de son corps par un ligament passant par la fissure ou cicatrice observée. Le but de la fissure serait ainsi expliqué.
Bientôt après la formation de l'enveloppe solide et extérieure, constituant la chambre d'habitation, le mollusque construisait la première cloison, à une faible distance au dessus de la calotte initiale. Peu après, une seconde cloison était établie au dessus de la première. Ce mouvement ascensionnel suppose, que le test conique de la coquille croissait en longueur, suivant une proportion convenable, par des additions graduelles aux bords de l'ouverture.
D'après la structure typique, caractérisant toutes les coquilles des Céphalopodes, on sait que les loges destinées à servir de flotteur sont occupées seulement par un fluide aériforme. Cette destination exige que ces loges soient complètement fermées, afin que le gaz ne puisse s'échapper.
Cette considération nous conduit à concevoir, que le passage correspondant à la cicatrice de la calotte initiale ne devait pas rester longtemps ouvert. Mais, ignorant par quel moyen la fissure était fermée, nous pouvons imaginer, que cette opération s'exécutait comme celle de la réparation de l'extrémité dénudée de la coquille, dans le cas de la troBicature normale et périodique. Nous avons exposé
60 Partie initiale de la coquille.
ci-dessus (p. 304, Texte, IV) la manière dont nous concevons l'exécution de ce travail, par les appendices, ou bras du mollusque. On pourrait aussi admettre l'intervention des bords du manteau, à une si petite distance. Cette question est accessoire, dans le sujet qui nous occupe.
On doit aussi penser, que le mollusque contribuait à la fermeture hermétique de la cicatrice par le dépôt sédimentaire, qui tapisse toutes les parois des loges aériennes. C'est ce qui résulte de l'observation exposée ci-dessus, p. 53, au sujet de Naut. Uneatus, Sow.
Dans tous les cas, on sait que la fissure, représentée par la cicatrice, est hermétiquement fermée dans les Nautiles vivants, puisque les loges aériennes sont toujours dépourvues de toute trace de la pénétration de l'eau dans leur intérieur, lorsque les parois sont intactes. En effet, il a été constaté, qu'on ne rencontre jamais sur ces parois aucun dépôt de sel marin, qui aurait dû rester, lors même que l'eau aurait pu s'écouler ou s'évaporer. Nous sommes autorisé à genser, que, dans les Nautilides siluriens, la fermeture absolue de la cicatrice avait lieu de la même manière.
Nous répétons, que toutes les observations qui précèdent, au sujet de Naut Pompilius, sont déjà anciennes, puisqu'elles datent du commencement de l'année 1855. Mais, ayant repris depuis quelques années nos études générales sur les Nautilides, nous avons eu récemment l'occasion de trouver la confirmation de nos anciennes vues, dans de nouveaux spécimens de cette espèce, préparés pour montrer son extrémité initiale. Voir la description dé Naut. Pmnpilius, dans la première partie du présent chapitre, p. 1337. Cette description étant très détaillée sur le sujet qui nous occupe et nous paraissant complète, il serait inutile de la reproduire ici.
Nous ferons seulement remarquer, que 2 des nouveaux spécimens, que nous figurons sur la PI. 489, case X, montrent un trait, qui n'avait pas été antérieurement observé et qui consiste dans 1 ou 2 dépressions linéaires, qui traversent la cicatrice. Elles sont dissemblables sur les 2 spécimens fig. 2 et 7, ce qui indique leur faible importance. Mais, elles rappellent en même temps des traits analogues, observés sur la calotte initiale de divers Nautilides siluriens.
Nous nous plaisons à répéter, que toutes nos observations sur l'extrémité initiale de Naut. Pompilius sont en parfaite harmonie avec celles qui ont été publiées sur le même sujet par M. Alph.
Concordance entre les Nautiles anciens et actuels. 61
Hyatt, dans son beau mémoire sur l'embryologie des Céphalopodes, 1872. Les seules différences, qu'on puisse remarquer entre notre description et celle de ce savant, dérivent de la diversité des individus observés; diversité qui ne se manifeste que dans des détails très secondaires, comme les dépressions que nous venons de mentionner en travers de la cicatrice.
D'après ces faits, nous pouvons admettra sans hésitation une complète concordance entre le principal représentant des Nautiles vivants et les Nautilides siluriens de la Bohême, sous le rapport de l'extrémité initiale de leur coquille.
Pour confirmer cette conclusion, nous ajouterons, que nous avons eu l'occasion d'étudier, en même temps que Naut, Pompilius, un exemplaire de NauL umbilicatus, également préparé par M.Munier- Chalmas. Les apparences de la calotte initiale et de la cicîitrice dans cette seconde espèce, étant en parfaite harmonie avec celles que nous avons décrites pour NoMt. Pompilius, nous n'avons pas jugé nécessaire de la figurer sur nos planches.
Interprétations opposées au sujet de la cicatrice.
Après avoir constaté la concordance de nos observations avec celles de M. Hyatt, dans la description et les figures de la partie initiale de Naut Pompilius, nous devons appeler l'attention sur la divergence notable d'opinion entre ce savant et nous, au sujet du but de la cicatrice, sur la calotte.
Nous avons exposé ci-dessus, p. 45, notre interprétation, en considérant cette cicatrice comme donnant passage à un ligament, rattachant au jeune mollusque un appendice temporaire.
Au contraire, M. Hyatt pense, que cette cicatrice a donné passage au mollusque lui-même, lorsqu'il a quitté son oeuf, pour prendre sa première station dans sa coquille.
Cette manière de voir suppose, que cette partie initiale de la coquille était déjà construite ou du moins, que la calotte existait déjà, et que le mollusque était obligé de la traverser d'une manière quelconque, pour atteindre sa première station.
Nous rappelons que, d'après nos mesures approximatives, la surface de la fissure sur la calotte initiale de Naut, Pompilius peut être évaluée à environ gV, de celle de la calotte elle-même.
62 Partie initiale de la coquille.
Il suivrait de ces proportions, que le jeune Nautile aurait dû, dans un court espace de temps, se transformer d'une manière inconcevable.
En effet, pour sécréter au dessus de sa tête la calotte convexe appliquée sur l'oeuf, ce jeune mollusque aurait dû prendre à sa partie supérieure une forme aussi large que la calotte et présentant une concavité correspondante à la convexité de celle-ci. Ensuite, pour passer de la surface inférieure à la surface supérieure de cette calotte, il aurait dû s'allonger ou s'effiler, sous la forme d'un ver, tantôt cylindrique, tantôt elliptique, tantôt en ruban, mais toujours d'un diamètre minime. Après avoir franchi la calotte, à travers la filière de la cicatrice, il aurait dû s'étaler de nouveau sur toute la surface concave de la calotte initiale, pour commencer à construire les parois cylindroides de la coquille.
Comme, dans la nature, tout se fait de la manière la plus simple, nous ne concevons pas pourquoi le jeune Nautile aurait dû recourir à de telles transformations. D nous paraît beaucoup plus rationnel de supposer, qu'au sortir de l'oeuf, l'embryon, plus ou moins allongé, s'entourait immédiatement de la sécrétion constituant sa coquille cylindroide. Nous concevons aussi, qu'il sécrétait la calotte initiale au-dessous de son corps, comme il construisait plus tard toutes ses cloisons.
D'après cette interprétation, le passage par la cicatrice n'est plus nécessaire et toute difficulté disparaît.
Les ornements extérieurs de la calotte, semblables à ceux qui couvrent la partie cylindrique, initiale, nous indiquent qu'ils dérivent de la même source, c. à d. des bords du manteau, avec ou sans l'aide des bras ou tentacules.
Ces considérations confirment les interprétations, que nous venons d'exposer, au sujet du but, auquel a servi la cicatrice, sur la calotte initiale des Nautilides. (p. 45.)
Contrastes entre les Nautilides et les GoniatideSr Ç3