Cercueils anthropoïdes des prêtres de Montou
Les cercueils qui font lobjet de ce volume ont été trouvés par Mariette en 1 858 au cours dos fouilles qu'il entreprit au temple de Deir-el-Baliari; ils appartiennent donc au plus ancien fonds de la collection réunie à Boulaq par les soins de Mariette et de ses collaborateurs. Les renseignements sur les circonstances de la découverte sont rares et aucun d entre ces cercueils ne figure au Journal d'enlrée du Musée.
Les diverses Notices du Musée de Boulaq, publiées successivement de i864 à 1876, mentionnent quelques-uns des cercueils, mais toujours rapidement et sans en donner de description détaillée. C/est ainsi que l'édition de 186/t nous apprend que a tous ces monuments ont été trouvés dans la même chambre souterraine:: et qu'rrils appartiennent vraisemblablement au commencement de la XXVP dynastie."). Puis l'édition de 187/1, la cinquième en date et la plus complète, en donne une notice d'ensemble un peu plus explicite : .dis sont tous à peu près du même temps, c'est-à-dire qu'ils sont compris dans la période historique qui s'étend des Scheschonq de la XXIP dynastie aux Psammétichus de la XXVP. C'est surtout à ce moment que le temple de Deir-el-Bahari, vraisemblablement déjà délaissé, est devenu une sorte de nécropole à l'usage de quelques familles de Thèbes appartenant à l'époque que nous venons d'indiquer. Parmi les cercueils que nous cataloguons, il en est d'énormes''^); il en est de proportions relativement beaucoup plus modestes; c'est que ces monuments entraient les uns dans les autres, et recouvraient successivement les momies enfermées dans le plus petit d'entre euxn'^^.
L. Vassalli, conservateur du Musée de Boulaq sous la direction de Mariette, a publié aussi une description des cercueils qui nous occupent, à propos des
(" AuG. Mariette Bey, Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du Musée d'antiquités égyptiennes de S. A. le Vice-Roi, à Boulaq, ,"édit., Alexandrie, 1866, p. ,n5 (Salle de l'Est, n" 7). i j \
'^) Ce sont ceux dont M. A. Moret a dressé le Catalogue sous le titre Sarcophages de Vépoquc bubastue à l'époque sàxte (Le Caire, igiS).
'') Mariette, op. cit., 5' édit., ,87/., p. 281, n" 6o4 à C2. [Salle de l'Est). Cf. aussi p. ,96 (groupe 452 à 467); p. 2^5 (groupe 7^6 à 762); - p. 253 (groupe 800 à 8o3); - etc. . .
souterrains du temple de Deir-el-l?ali;ui où ils ont été trouvés. rcNelle dinastie posteriori, dit-il''', si servirono di questi sotterranei per seppellirvi le mummie, le quali vennero pure sepolte intorno al tempio in una quantità di camere che i lavori misero a giorno. Forse appartenevano a varie famiglie sacerdotali addette al culto del tempio; la maggior [)arte dei sarcofagi ivi trovati abbelliscono ora le sale del nostro uiuseo. Pare fosse la moda di quest'epoca di rincliiudere la mummia in una prima cassa di cartone o di legno, che veniva riposta in una seconda, terza, ((uarta ed anche quinta cassa di legno, ricoperte di leggende e di rap[)resenlazioni funerarie. L'ultima di queste casse era quadrangolare col coperchio rotondo e sui quattro lati vedevansi rappresentazioni simbolico-religiose in relazione colla vita futura del defunto ... Le casse interne di legno di sicomoro fatte a modo di mummia avevano talvolta la faccia colorita di rosso, o di giallo, tal'altra dorata; sotto la cufTia sul petto un ricco collare dipinto con vari colori ed una fascia verticale di geroglifici verdi scorreva fino ai piedi, ed un'altra fascia orizzontale faceva il giro di tutto il sarcofago. Questi sarcofagi erano per la maggior parte violati ah antico, e la doratura délie faccie diligentemente raschiata. E fuori di dubbio che la spogliazione di queste tombe data dal tempo degli ullimi faraoni egizi; e che fu consumata da niani egizie, come avvenne di quelle citate nel papiro Abbot. n
Enfin, Mariette encore, dans sa description du temple de Deir-el-Bahari publiée en 187-, nous a laissé deux phrases instructives concernant les cercueils qui nous occupent, rf A partir de la XXII'' dynastie, et jusque sous les empereurs, le temple lui-même a servi de nécropole; on a empilé des momies dans ses chambres, on en a mis dans les fondations et sous les dallages; les spéos du nord et du sud en étaient remplis du haut en bas. Il ne faudrait pas croire cependant que cette sorte de n('cropole improvisée ait été réservée aux momies de mauvais styles et aux habitants de Thèbes appartenant aux classes pauvres de la société; quelques-unes, au contraire, sont des sépultures de fonctionnaires d'un rang élevé, ensevelis avec un luxe qu'on ne trouve pas toujours dans les autres tombes de la nécropole de Thèbes ;7 '-'.
'" IjUigi Vassai.li , / monumcnti storici egizi, il miiseo e gli scavi d'antichitù eseguiti per ordine di S. A . il Vicerè Ismail Pasrià, Nolizia sommaria (Milano, iSr)^), p. liS-iii.
'-' AuG. Mariette Bey, Deir el Bahari. Documents topographiques , historiques et ethnographiques recueillis dans ce temple pendant les fouilles (Texte), 1877, p. 6. La note 2 de la page 6 contient une liste (fdes objets recueillis pendant l'exploration souterraine du tcmplen, avec référence aux numéros sous lesquels ils sont décrits dans la Notice sommaire du Musée de Boulaq. Voir aussi la planche 1 5 de ï Album, du Musée de Boulaq publié au Caire en 1871 par Mariette.
Le Guide du Visileur au Musée de Boulm/ publié en i883 par M. G. Maspero contient aussi quelques lignes d'ensemble sur les sarcopbages et les cercueils trouvés à Deir-el-Bahari : fcLes sarcopbages et les cercueils saïtes et ptolémaïques forment notre principale richesse en ce genre de monuments, depuis que Mariette a découvert, à TAssassif et à Deir-el-Babari, les sépultures qui reçurent, pendant une dizaine au moins de générations, les momies des prophètes de Montou, maître de Thèbes. On reconnaîtra aisément cette série aux couleurs vives, rouge, jaune, verte, rose, dont sont bariolés les visages, aux scènes nombreuses, aux ornements multiples et aux légendes pressées qui recouvrent la gaine, la cuve, les parois intérieures. Beaucoup de ces cercueils n ont pu être exposés faute de place, et sont dans nos magasins à la disposition des savants qui désireront les étudier»''^. Le Guide imprimé ne décrit ensuite, de toute cette série, qui ne compte pas moins de soixante numéros, de /iga i à /igSo inclus, que deux cercueils, les n°' /1967 et 6968 appartenant lous deux à ffla dame Talotihh (var. Dimoulshopnonkh), surnommée Miamoun, fille du prophète de Montou thébain Nibnoulir et de la dame Bibi-n, et ce cercueil est attribué par M. Maspero à la XXVI' dynastie'-'. Mais les fiches manuscrites rédigées par M. Maspero en vue de ce Guide nous ont conservé une description de tous les numéros de la série, insistant particulièrement sur les renseignements d'ordre généalogique que ces cercueils fournissent en abondance'^'. J'ai pu retrouver et identifier quinze de ces cercueils et ils sont décrits ici sous les numéros AioA/i, /no65, Aio/i6, htoàn, Aio56, /no58, liioSç), /iioGo, /noGi, /uo63, /iio64, /iioGB, /uo66, ^ 1 067 et /i 1 068. Les autres n'appartiennent pas à la série des prêtres de Montou et restent encore à publier. Un assez grand nombre des cercueils décrits sur les fiches de M. Maspero paraissent aussi avoir disparu de l'ancienne collection et être passés dans les divers Musées d'Europe. Enfin les sarcophages quadrangulaires, qui font aussi partie de cette série de soixante numéros, ont été l'objet d'un volume spécial du Catalogue général, publié par M. A. Moret.
Les Catalogues postérieurs à ceux de Boulaq, la Notice des principaux monuments exposés au Musée de Gizeh (années 1899 et suivantes) et le Guide du Visiteur an Musée du Caire, aussi bien dans ses éditions françaises et anglaises que dans son édition arabe (années 1902 à 1912), ne mentionnent que pour mémoire les
'') Maspero, Guide du Visiteur au Musée de Boulaq, p. 3) i-3i 9.
'-' Ibi/L, p. 3i2-3i3. — Ce sont les numéros 6o9 et ']3ti de ta Notice Marielle et les numéros /i to6t et 4 1060 du présent Catalogue [d. i^\us bas, p. 363-38 1). Le grand sarcophage quadrangulaire de la même personne a été catalogué sous le n° iioig par M. Moret.
'^' Ces fiches sont conservées à la Bibliothèque du Musée du Caire.
cercueils et les sarcophages de cette série. Et, tandis (jue la Notice de Gizeh les range tous, indistinctement, dans la XXVP dynastie ('', M. Maspero les fait descendre, nu contraire, après la XWP dynastie : w Galerie A'. Elle contient des cercueils et des sarcophajjes, la pluj)urt de l'époque persane ou de l'âge ptolémaïque, provenant presque tous d'Akhmini ou de Thèbes, ces derniers appartenant à des membres de la grande famille des prêtres de Montou. Après la chute de la XXVP dynastie, ces gens exercèrent à Thèbes l'autorité religieuse, qui avait été jusqu'alors concentrée entre les mains du sacerdoce d'Amon»'-'. En dehors de ces renseignements tirés des Cnlalognes mêmes des Musées de Boulaq, Gizeh et Le Caire, il n'existe, à ma connaissance, qu'un seul travail d'ensemble concernant les cercueils des prêtres de Montou : c'est un article publié en 189G par Aug. Baillet dans le Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie egtfpticnnes et assyrienneu^''^ sous le titre Une famille sacerdotale contemporaine des XXH'-XyÏVI' dynasties (^800-600 avant Jésus-Christ^ Cet article paraît avoir été écrit en l'absence des originaux, ou, tout au moins, son auteur ne se réfère qu'au Dictionnaire des noms hiérogbfphifptes publié par le savant norvégien J. Lieblein en 1871 et 1892. A l'aide des généalogies éparses dans les deux volumes de Lieblein, Aug. Baillet tente de reconstituer le tableau généalogique de neuf générations de grands-prêtres de Montou tel que nous permet de le rétablir la collection de sarcophages du Musée de Gizeh, «tirés, dit- il, d'un même tombeau, et ayant, on peut le présumer tout d'abord, appartenu aux membres d'une même familier. Remarquant ensuite ^que, dans cette longue généalogie, qui dure deux siècles et qui comprend plus de trente noms, pas un ne fait allusion à la XXVP dynastie», Baillet en conclut que tous ces personnages n'ont pas vécu sous la XXVI' dynastie, mais avant elle. Voilà donc une troisième opinion à ajouter aux deux que nous avons vues émises plus haut et qui plaçaient nos grands-prêtres de Montou sous la XXVP dynastie [Notice de Boulaq et Notice de Gizeh) et après la XXVI'' dynastie [Guide du Visiteur au Musée du Caire et Guide to the Cairo Muséum). L'opinion de Baillet a été adoptée complètement par M. Alexandre Moret dans son Catalogue des sarcophages quadrangulaires, et il a intitulé son ouvrage Sarcophages de l'époque huhastite à l'époque suite. Je pense
'" Cf. ]i. 255 cl 1526 de i'édilion de 1H92.
''■^l Cl", p. 396 du Guide du Visiteur au Musée du Caire, t" édit. française de 1902; p. 485 de la 1" édition anjjlaise de 1908; p. SaS de ia 2' édit. anglaise de 1905, etc. . .; enfin p. 277 de la 2° édit. française de 1912.
W Tome XVIII, p. 187-196. Héimprimé dans ia Bibliothèque égyptologique , t. XV (1905), p. i45-i6i.
que Baillet el M. Moret ont raison en gros, mais que la période embrassée par ces cercueils et ces sarcophages est plus vaste qu'ils ne le pensent, qu'elle s'étend au moins sur douze générations au lieu des neuf reconstituées par Baillet, et ([u'il y a dans les cercueils des différences de style permettant de faire descendre les plus jeunes jusqu'assez avant dans la XXV^ dynastie, sinon jusqu'à la fin. En tout cas, je ne pense pas qu'on puisse, du moins pour ceux de Thèbes (les seuls dont nous ayons à nous occuper ici), attribuer ces cercueils aux époques persane et ptolémaïque : ces sont les seuls cercueils d'Akhmim, d'Edfou, et d'autres localités diverses, qui appartiennent sans conteste à une époque aussi avancée.
Je dois enfin signaler que Brugsch (Zcàschrift der dexUschen morgenlàndisckcn GeseUschaJt, t. XIV. 1860, p. 8) attribue à Maunier la découverte de soixante cercueils dans neuf puits du temple de Deir-el-Bahari, et que le passage de Brugsch relatif à cette trouvaille a été repris à nouveau par M. Wiedemann {Aegyptische Gescinchte, i88Zi, p. 332 ) dans les termes suivants : rtEs gelang hier Maunier 60 Mumien in 9 wohlverschlossenen Brunnen zu finden, von denen die meisten nach Bulaq gekommen sind, wâhrend einzelne sich in verschiedenen Museen zerstreut finden; andere sind in Luqsor selbst geblieben. Aus den Inschriften geht hervor, dass dièse Siirge fast aile einer Famille angehôrten, vvelche von der Zeit der 21. bis zu der der 28. Dynastie das Priestertum des Mont in Theben unter ihren Mitgliedern vererbte-'
J'ai déjà indiqué que Lieblein avait, dans son Dictionnaire de noms hiéroglyphiques, publié les généalogies de plusieurs de nos cercueils; sur les trente et un numéros qui sont décrits dans ce volume, vingt ont été utilisés par lui; on en verra la liste à YInde.v I.
Mais, outre Lieblein, il convient de citer encore l'ouvrage de J. de Bougé : Inscriptions hiéroghjphifjues copiées en Egypte pendant ht mission scientiffjue dr M. le Vicomte Emm. de Bougé, tome I (1877), où les planches XLVIII et suivantes reproduisent quelques généalogies et fragments de textes empruntés à nos cercueils. Les Inscriptions hiéroglyphiipies recueillies en Europe et en Égi/pte par Karl Piehl contiennent aussi quelques textes tirés des sarcophages quadrangulaires de cette série, mais ne donnent rien des cercueils anthropoïdes qui font l'objet de ce volume.
Le présent Catalogue contient la description de trente et un cercueils ou fragments de cercueils et la reproduction intégrale de tous les textes religieux qui y ont été peints à profusion tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. UIndex V donne une concordance de tous les chapitres du Livre des Morts tracés sur ces cercueils
et Vlndiw ]I une liste des chapitres, beaucou|) plus rares, des textes des Pyramides et autres recueils de textes religieux qu'il m'a été donné d'identifier. Enfin \ Index F//énumère ceux des textes qui m'ont paru ne pouvoir être identifiés ni avec ceux du Jjvre des Morts, ni avec ceux des Pyramides, ni avec ceux des autres recueils connus.
Quatre autres index donnent une concordance des numéros du présent Catalogue avec les notices antérieures et avec les numéros des Sarcophages de M. Moret l^lndex /), et des listes alphabétiques des noms de personnes (^Indexll), des titres et fonctions {^Index III) et des divinités (^Indrx IV), qu'on rencontre sur ces trente et un cercueils.
Les quarante planches en phototypie qui illustrent ce Catalogue et font l'objet d'un volume spécial sont dues à S. E. E. Bru{jsch Pacha, qui voudra bien agréer les remerciements et les félicitations que je suis heureux de lui adresser ici pour la parfaite exécution de ses photogra|)hies.
Qu'il me soit permis enfin d'exprimer à l'aimable conservateur adjoint du Musée du Caire, M. G. Daressy, ma bien vive gratitude pour les renseignements précieux qu'il n'a cessé de me prodiguer à tout instant pendant l'exécution de ce volume.
Le Caire, mars i 91 -î.
H. Gauthier.