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DES PRIX

parfaire le mauvais goût originel des gens qu'il gorge ; aussi la richesse va-t-elle, en peinture là où son groin la mène, aux Meissonnier, et aux Jacquet, aux Munkacsy et aux Henner, aux Bouguereau et aux Détaille !

Mieux que l'exécrable Banque encore, le grand négoce américain l'atteste :

A la mort d'un archimillionnaire nommé Stewart qui s'était enrichi dans la vente des soies et des jupes, une vente de tableaux eut lieu :

Les toiles récoltées par ce haut mufle et logées par lui dans un palais de marbre à New-York, ne le cédaient en rien aux panneaux recueillis par un sieur Morgan, un autre galopechopine promu nabab, et dont la collection composée de Vibert, de Jules Breton, d'un tas d'autres huiliers, se vendit l'exorbitante somme de 4,427,500 francs.

Aussi, tous les potentats des puits à pétrole, tous les caciques du cochon salé accoururent à la vente Stewart, et, après dix vacations, enlevèrent aux prix que l'on va dire:

Le Retour de la Moisson, de Bouguereau 40,5oofr.

L'Agneau nouveau-né, du même . . . 2 5, 000 »

Le Pâturage^ de Troyon 55,ooofr.

L' Enfant prodigue, de DvBVFK . . . i5,200 »

Une Collaboration, de Gérome . . . 5o,5oo •

Un Soir sur une terrasse^ de B.CotiSTAîiT. 20,000 » Le Repos pendant la manœuvre, de

Détaille 18,000 »

Trois œuvres atteignirent :

Le Marché aux chevaux, de RosA

Bonheur 280,000 fr,

L'Assemblée d'enfants, de Knauss . . io6,5oo »

Et enfin Le i8oj, de Meissonnier. . 33o,ooo »

Ce dernier tableau fut acquis par un sieur Henri Hilton, qui me semble bien ladre, si je le compare à un autre Américain, à un marchand de chaussettes de Philadelphie, à un certain John Wanamaker qui ne craignit pas d'acheter, quelques semaines auparavant, 600,000 francs, « Le Christ devant Pilate, » cet indigent décor brossé par le Brésilien de la piété, par le rastaquouère de la peinture, par Munkacsy!

Les supplices joyeusement délibérés par les anciens despotes avaient leur utilité peut-être. Ils satisfaisaient au moins, dans certains cas, le besoin de justice qui est en nous. En songeant à la prodigieuse imbécillité de ces dollars et à la rare infamie de ces toiles, je rêve volontiers

DES FRfX T2^

devant la vieille planche c des Martyrs » de Jan Luyken. Elle contient, en effet, quelques tortures qu'en imagination j'appliquerais avec une certaine aise, je crois, à la plupart de ces acquéreurs.

Celles-ci, peut-être : les attacher, nus, sur une roue qui, emmanchée d'une manivelle, tourne et pose le corps, alors qu'il descend et atteint la terre, sur une rangée aiguë de très longs clous ; ou bien asseoir ces suppliciés sur des chaises rouges et les coiffer délicatement de casques chauffés à blancs; — les attacher encore par un seul poing à un poteau, après leur avoir lié préalablement les jambes, et leur enfoncer difficilement, presque à tâtons, à cause du va-etvient du corps qui se recule et cherche à fuir, la spirale ébréchée d'un vilebrequin énorme.

Mais quoi ! ces nécessaires représailles nous lasseraient aussi ! Et puis les chevalets, les bassines à poix, les tenailles et les pinces, les doloires et les scies s'useraient à tourmenter la multitude des acheteurs et des peintres. On enrichirait ainsi les manufacturiers de l'acier médical et du fer et comme, eux aussi, ils achèteraient des Gérome et des Bouguereau^ ce serait une chaîne

ininterrompue de supplices que prolongeraient, dans les siècles à venir, les générations issues de leur misérable commerce avec des femmes elles-mêmes enfantées, dans des oublis de négociants véreux et repus.

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