‹ Ces bons docteurs! [par] GypChapitre 15 sur 15 · j6 CES UONS DUCTLUltS · texte numérisé non relu

j6 CES UONS DUCTLUltS

si simple?... Ah! mais non!... quand vous n'aviez pas de malades, pas de consultations, rien enfin, ou à peu près, je ne disais rien... je souffrais en dedans de cette situation mesquine... que je vous devais... car un autre aurait su se débarbouiller plus adroitement... je souffrais de voir ma beauté se perdre sans que personne en profitât...

le docteur, ahuri. — Mais, ma chérie...

madame déchar. — Il n'y a pas de « mais, ma chérie! «...j'en ai assez, je vous dis!... grâce à vous, j'ai raté la vie, la vraie., celle pour laquelle je suis faite...

le docteur. — Mais, ma chère enfant, je ne t'ai pas épousée de force... je t'ai urise...

madame déciiar. — Sans dot!... c'est là ce que vous allez me dire, n'est-ce pas?...

le docteur. — Non... ce n'est pas cela!... je veux vous rappeler qu'en vous demandant si vous vouliez être ma femme, je vous ai dit que j'étais sans fortune, sans situa-

tion, sans clientèle, mais non pas sans savoir... que je n'étais ni un charlatan m même un malin... et que jamais je ne deviendrais ni l'un ni l'autre...

madame déciiar. — Je sais... après?...

le docteur. — Après... je vous ai dit que je gagnais une dizaine de mille francs... que j'arriverais peut-être à en gagner trente un jour... je ne vous ai pas trompée... il y a six ans que nous sommes mariés et je gagne vingt-cinq mille francs...

madame déchar. — Où voulez-vous en venir?...

le docteur. — A ceci... je ferai mon métier comme je l'entends faire... sans tripotages malpropres et sans compromissions douteuses... voilà!...

madame déchar. — Eh bien, moi... j'ai supporté cette existence étroite qui me donnait envie de crier et de me cogner la tête aux meubles... je l'ai supportée parce que je ne voyais aucun moyen d'en sortir!...

258 CES BONS DOCTEUIÎS !

aujourd'hui que je sais que tout peut changer... que la vie peut devenir, sinon bonne, du moins meilleure... je refuse d'obéir à un caprice...

le docteur. — A un caprice est joli!... quand c'est mon honnêteté, ma probité de médecin qui sont en jeu...

madame déchar. — Oh! pas de grands mots!... et écoutez-moi bien?... Si vous ne profitez pas des offres du docteur Rappass... si vous ne jouez pas de lui vite et bien... je retourne chez mes parents...

le docteur, atterré. — Chez tes parents!... dans cette petite boutique sans air et sans lumière?...

.MADAME DÉCHAR. Oui... (lailS Cette

petite boutique sans air et sans lumière... mais rassurez-vous!... avec ma tigure, je n'y moisirai pas !...

le docteur. — Oh! ! ! ...meparlerainsi!.. me dire ces horribles choses!... même pour plaisanter!...

madame déchar. — Plaisanter?... Ah! vous croyez que je plaisante?...

le docteur. — Si encore tu manquais de quelque chose?... mais non!...

madame dé char. — C'est vrai ! j'ai des bottines... et même des gants!... que puis-je vouloir de plus?... (Un temps.) Et ce serait si simple... au lieu de se gendarmer... de partir en guerre contre des moulins à vent... de chercher là... gentiment... tous les deux... un moyen d'arranger les choses?...

le docteur. —

madame déchar. — De voir, par exemple... comme je vous le demandais tout à l'heure... s'il n'y a pas quelqu'un de vos clients qui ait besoin du docteur Rappass... Eh bien?... qu'y a-t-il là de si extraordinaire?... ainsi, cette jeune femme que vous croyiez phtisique... que vous soigniez depuis un an... qui avait une tumeur...

le docteur. — Ah! ouiche!... je l'ai envoyée au docteur Libermann, à Boulogne...

260 i I - BONS DOCTEURS !

il Fa guérie en un tour de main... par l'électricité, par des frictions, enfin comme il guérit les phtisiques...

madame déchai;. — Ah!... tant pis!...

et le vieux marquis de la rue de Miromesnil?... celui qui a la pierre... on peut bien le faire opérer par Rappass, celui-là?...

le docteur. — D'abord, si je le faisais opérer, ce ne serait pas par Rappass, mais par un spécialiste... ensuite, le maiheureux est hors d'état de supporter l'opération...

madame déchar. — Qu'est-ce que ça fait?... qu'il meure d'une façon ou de l'autre, il mourra tout de môme, ainsi... enfin... cherchons autre chose!... (Illuminée.) Ah!... j'ai trouvé!...

le docteuk . — Quoi?...

madame dé char. — Le cocher de la duchesse!... cet homme qui a reçu un coup de pied à la tête!...

le docteur. — Eh bien?...

madame déchar. — Eh bien, la voilà, l'opération de quinze mille!... vous savez à quel point, la duchesse est riche!... qu'est-ce que c'est que ça pour elle?... d'autant plus qu'elle tient beaucoup à son cocher. . .

le docteur. — Sans doute, elle y tient!... mais comme il est tiré d'affaire...

madame déchar. — Vous n'en savez rien ! . . .

le docteur. — Gomment, je n'en sais rien?... je viens encore de le voir avant de rentrer...

madame déchar. — C'est vous-même qui aviez parlé d'une opération?...

le docteur. — C'est vrai!... pendant les cinq ou six premiers jours, l'évacuation des tumeurs intracraniennes ne se faisait pas... je craignais un épanchement au dedans du crâne... mais, grâce à Dieu, toul ça est loin!...

madame déchar. — Enfin, appelez toujours Rappass!... il verra!...

le docteur. — Jamais!... il serait capable de faire l'opération!...

madame déchar, se levant et allant s'asseoir sur le bras du fauteuil de son mari. — Je vous en prie?...

le docteur, se reculant un peu. — Mais non... cela ne se peut pas!...

madame déchar, câline. — Mais si...

le docteur. — Ça pourrait le tuer, cet homme !...

madame déchar, passant ses bras autour du cou du docteur. — Voyons!... lu en tues assez pour rien... tu peux bien en tuer une fois un pour me faire plaisir?...

le docteur, «ffolé, cherchant à la repousser. — Mais... vous êtes féroce... féroce...

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