I \ VIEUX CENTURION, UN JEUNE SOLDAT
LE VIEUX CENTURION
Triste expédition ! que n'allons-nous en Gaule !
LE SOLDAT
Par les dieux ! conviens-en, ta préférence est drôle. Au lieu d'un ciel brumeux et de noires forêts, Un clair soleil, des bois où murmure un vent frais.
LE VIEUX CENTURION
Mais nous marchons sur Rome.
LE SOLDAT
Eh bien ! tant mieux, j'espère Revoir dans peu de jours mon épouse et ma mère.
LE VIEUX CENTURION
Ma mère est la patrie et je vais l'égorger.
LE SOLDAT
Bah ! nous suivons César.
LE VIEUX CENTURION
César va se venger D'ennemis qui tramaient sa perte en son absence, Puis, va dans Rome esclave établir sa puissance.
LE SOLDAT
Il faut bien que quelqu'un commande, et je ne vois Personne de plus fait pour commander,
LE VIEUX CENTURION
I 3 lois.
LE SOLDAT
Pour moi, je ne connais d'autres lois que la sienne.
LE VIEUX CENTURION
Ce n'était pas ainsi jadis, dans Rome ancienne. Un général sortait, par ordre du .-ruât,
De son commandement, même un jour de combat.
LE SOLDAT
Cela ne se fait plus.
LE VIEUX CENTURION
Je m'en souviens, mon père, Enfant, me racontait ce que de son grand-père Il avait entendu ; c'était dans les vieux temps : Il me disait qu'alors toujours les mécontents Avaient flatté le peuple et que la république Les punissait de mort. Eli bien ! leur politique Fut celle de César.
LE SOLDAT
Je suis un plébéien, Et cette politique, à moi, me va très-bien.
LE VIEUX CENTURION
Les miens l'étaient aussi; mon père et mon grand-père
Etaient fort attachés au parti populaire,
Mais ils ne pensaient pas que l'on dût menacer
Le sénat, et bien moins le sénat renverser.
LE SOLDAT
Ah ! le sénat n'est plus qu'un vieillard qui bavarde.