TROISIÈME PARTIE
Exténués de faim dans leur retranchement, De racines faisant leur pain peu proprement. Comme un en peut juger par ceux qu'en nos murailles Ils jettent fort souvent.
CICÉRON
On gagne des batailles Même en étant mauvais boulanger.
MURÉNA
Nous verrons:
Que l'on en vienne aux mains, et nous les traiterons...
CICÉRON
Prenez garde aux soldats de César ; en Espagne Ils ont fait à vrai dire une belle campagne, Supporté la fatigue et la soif et la faim, Et vingt fois en péril d'être pris ont enfin Vaincu comme partout. Car César — on méprise Ici beaucoup César; — mais dans chaque entreprise Son bonheur a fini toujours par remporter,
PISON
C'est qu'on n'a jamais su, vois-tu, lui résister. Ses lieutenants ont fait ses succès, gens habiles Que lui tenait dans l'ombre, à son nom fort utiles; Vers nous avait passé déjà Labiénus, Très-expérimenté; depuis nous sont venus Les généraux d'Espagne et...
CICÉROX.
C'est un avantage.
Mais comment trouvez-vous César? pour son partage, Il garde les soldats, et quant aux commandants, Il les envoie ici.
MURÉNA
Des actes imprudents
Comme toujours !
CICÉRON
Et tout, jusqu'à l'outrecuidance Lui réussit.
MURÉNA
Pompée a bien plus de prudence ; Puis, César veut toujours paraître singulier.
CICÉRON
Il Test beaucoup vraiment.
MURÉNA
Génie irrégulier !
CICÉRON
Avec LaLiénus tu connais sa conduite. Pour venir vous trouver ce général le quitte ; César lui fait tenir, certes bien indulgent, Ses bagages laissés et même son argent.
MURÉNA
Labiénus, qui sait par longue expérience,
Ce qu'est au fond César, a grande confiance:
Il dit que ses soldats vieillis et mécontents,
S.' Lassent à la fin de servir si longtemps.
Dans les marches souvent ils poussent des murmurée,
L'Afrique est soulevée et les Gaules peu sûres.
CICÉRON
L'Afrique, il se peut bien ; mais, quant à ses soldats, Contre un mot de César leur courroux ne lient pas