SCÈNE VI
Les Précédens , CESAR . apportant it'i panier de vins.
CÉSAR , entrant par le fond , et causant tout seul .
Va porter ce panier de vins, qu'il m'a dit comme ça, l'autre... un bonnet de coton sur l'oreille... certainement que je le porterai , ça me réchauffera... (Soufflant dans ses doigts.) C'est qu'il ne fait pas chaud à lapoite... C'estdrùle, ils n'avaient jamais voulu me laisser entrer dans les appartenons. .. et aujourd'hui ils m'y envoient... ils me disaient toujours : « A c'te cour. » C'était bon quand Dragon y était... mais maintenant... pauvre Dragon !
GEORGETTE , qui pendant ce temps- là a aaUné avec le chevalier.
C'est ce bon César, avec un panier énorme! ci':s\r.
Oui, mamzelle, c'est le bonnet de coton qui ma dit
(Lésant les yeux , / egardant autour de lui, et laissant tomba le panier.) Oh !
(L'orchestre joue l'air du chevalier crAvenel, daus la Dame Blanche.)
GEOBGETT&.
Qu'est-ce qu'il a donc ? [Regardant le panier.) Heureusement rien n'est cassé.
césar , iiitiiiini avec ion- auteur de l'appartement. () mou Dieu! mon Dieu! je suis bien content! (' Parlant an » meuhhs. Bonjour! bonjour! aiu giaml fauteuil qui est auprès <le la tahle.) Ali ! ;ili ! grand iaulciiil.. . bien vieux... bien malade... ab! ça fait plaisir de se voir. .. (;4pen i\<aut le bureau.) Et toi aussi , mon ancien... [S' asseyant et se plaçant comme un enfant tjui écrit.) Musa, la muse . musirum, musarum... LE CI1E\ ALIER*.
Du lutin , maintenant.
CEORIETTE.
C'est du latin?
LE CIIEVAUEn.
Eli! oui... tais-toi donc.
CÉSAR , se lésant et donnant un coup de pi d au bureau.
Je neveux pas de loi... je ne veux pas écrire ce matin... et puis... ( faisant le geste de féryje ipt'on donne sur les doigts) je ne veux pas d ça. ..((Chantant-,) Ti a. la, la, la, congé, récréation...
n'est-ce pas? j'ai bien travaillé... bien sage... danser (Il
danse ; il chante un air de menuet , et imite son maître Jouant de la pochette. Il prend la main de Georgette3 et chante en formant ipic loues pas asec elle ; puis set yeux se portent sur le ca<lrc vide, ot ne voyant pa< de portrait, il s'a rie **.) Ali ! mon Dieu ! GEORGETTE.
Qu'a-t-il donc?
CÉSXR.
Il n'y est plus... il n'est pas encore revenu.
GEORGETTE
Qui donc?
CÉSAR
Le grand... ( montrant les bordures de son habit ) là... doré... (faisant le signe d'un grand ruban (pti traverse la poitrine) et puis là... enfin... le grand...
Le portrait du marquis, qui était là et que l'on a détruit. CÉSAR, se retournant du côté de la cheminée, où il aperçoit le magot , et [oussant un cri de joie.
Ab 1 le petit... le petit gentilhomme! (// court au magot , le salue, saule désuni lui, et fait aller sa tête***.) Salue, salue, mon
* Georgette, le chevalier, Ce'sar.
** Ce'sar, Georgette, le chevalier.
*** Le chevalier, Georgette, Ce'sar.
petit ami... bien honnête, bien élevé. (II continue de jouer avec le magot de la Chine, le prend, le met sur la table et fait toujours aller sa tête.) Et ton petit camarade, où est-il donc? GEORGETTE.
C'est inconcevable sa joie à l'aspect de ce magot de la
Chine
LE CHEVALIER
Qui servait autrefois à l'amusement de mon cousin Arthur... Il y a là-dessous un mystère... Il est donc venu ici autrefois?
GEORGETTE
Il y a donc habité?
LE CHEVALIER
Interroge-le, Georgette, il te répond mieux qu'à moi.
CÉSAR, toujours avec le magot.
Ils étaient deux... où donc est ton petit camarade?
GEORGETTE
Ici, César, ici... allons, viens ici. (César vient auprès de Georgette.) Dis-moi, d'où te venaient les six francs que voilà... que tu m'as donnés ?
Ah! oui , six francs, pour des papiers... une bonne affaire, n'est-ce pas ?
LE CHEVALIER, vivement.
Des papiers?
CÉSAR
Oui , de mauvais chiffons de papiers qui étaient dans mon sac.
LE CHEVALIER
Qui les y avait mis?
CÉSAR, cherchant.
Je ne sais ^8... (Regardant le magot.) Si, si, je me rappelle; ils étaient deux comme celui-là.
GEORGETTE, l empêchant de jeter les j eux sur le magot. Ne pense donc pas à ça. .. réponds-moi... Qu'est-ce que tu as fait ce matin?... où as-tu été?...
CÉSAR
Nulle part.
GEORGETTE
Tu mens.
CÉSAR
Non... parole!
GEORGETTE
D'abord, tu as vu quelqu'un qui t'a remis un paquet, là, dans ton sac.
Ali! oui... c'est vrai... il était maigre.., il était pâle... il pleurait, il nie serrait les mains... et puis un mauvais matelas, c est-à-dire une paillasse... voilà toute la vérité... parole!.. georgette. le caressant comme unchien qu'on flatte. Ala lionne heure... c'est bien,!... beau. César... il est beau..; je suis contente île lui.
CÉSAR, avec joie.
Et moi aussi.
GEORGETTE
Tu as bien l'ait de me le dire, car je le savais.
CÉSAR
Ali! vous le saviez ?..
GEORGETTE
Il était pâle... il était maigre...
CÉSAR
Ah! vous le saviez... vous le connaissez?
GEORGETTE
Oui... il était bien malade.
CÉSAR
C'est vrai, bien faible.
GEORGETTE
INIais il parlait... il te disait... je l'entends encore... il te disait, en te serrant les mains...
césar, riant.
Ah! ah! ah! oui... ça me faisait rire...
GEORGETTE, riant aussi.
C'est vrai, c'était drôle il te disait...
Monsieur le marquis... monsieur le marquis.
LE chevalier , vivement.
A toi, monsieur le marquis ?
CÉSAR, de même.
Non... non... ce n'est pas vrai, Mlle Georgelte ne veut pas.
GEORGETTE
Quand c'est pour se moquer... mais celui-là, il ne se moquait pas de toi.
CÉSAR
Vous croyez ?
GEORGETTE
Puisqu'il pleurait.
CÉSAR
Oui... de gro.ses larmes.
GLORGETTE.
Et il était tout seul ?
CÉSAR, regardant (lu cote du magot.
Non... ils étaient deux.
GEORGETTE, continuant à /'interroger.
De grosses larmes...
CÉSAR, regardant toujours le magot.
Avec un pantalon vert.
Qui , . le malade ?
CÉSAR
Et une veste de porcelaine... et il saluait... comme ça, avec une figure peinte en rouge, et des moustaches. LE CHF.VALIER, avec impatience .
Ce n'est pas celui-là dont il s'agit mais l'autre....
l'autre...
GEORGETTE
Oui, l'autre... l'autre.
CÉSAR
Oh! l'autre... (// fait un geste de soutenir, court vivement de côté cl d'autre dans /.'«ppar/ement, comme s'il ch.ercliait quelque objet caché; et, arrivé près de l'armoire qui est au-dessous du cadre vide, il Vou.re, en retire Vautre magot qui y était renfermé, le prend dans ses bras, et d'un air de triomphe vient le placer sur la table en s'écriant.) Les voilà tous réunis... toute la petite famille.
LE CHEVALIER, avec colère.
Est-il possible ! un pareil souvenir?., et ce malheureux imbécile qui ne peut nous dire...
(Il veut aller à César, qui est à la table, occupe avec les deux magots.) GEORGETTE, l'arrêtant.
Au nom du ciel, taisez-vous... si vous le brusquez, nous n'obtiendrons rien. {Elle revient au milieu du théâtre, et appelle César, qui est toujours auprès de la table et des magots. )César, mon petit César. (Elle va le prendre et le ramène avec elle.) Si je te suis chère, si tu m'aimes...
CÉSAR, vivement.
De tout mon cœur.
Tu me répondras, tu me diras quel était cet homme... cherche... cherche bien.
CÉSAR
Oui, je cherche... je voudrais vous dire... tout cela se brouille... Attendez, attendez.... 11 disait mon maître, mon
maître... ses mains tremblaient, sa tète aussi. {Regardant les magots.) Oui, oui, il la remuait comme ça.
(Il imite le mouvement de tête «les magot*.
GEORGETTE
Et où élait-il?
CÉSAR, montrant La gauche.
Là, sur la cheminée.
LE CHEVALIER, impatienté.
Au moment de tout savoir...
CÉSAR, suivant une autre idée.
Non, pas de cheminée, pas de feu... un mauvais lit... {Regardant les murs de l'appartement) Non, un riche appartement... avec beaucoup de monde... oui... et puis... non... ça tourne, ça tourne... je ne vois rien, je souffre. {Portant lu main à sa tête. ) Je souffre là. {Avec désespoir.) Je ne peux pas, mamzelle, je ne peux pas.
GEORGETTE, à Césars.
Allons, calme-toi, calme-toi... je ne te demande plus rien... rien du tout... mais j'ai une commission à te donner.
CÉSAR
Ah! promener, courir...
Tu veux donc bien me rendre un service ?
CÉSAR
Toujours.
GEORGETTE
Ce pauvre homme... dont nous parlions... est bien malade, bien faible... et du bon vin le ranimerait... parce que du bon vin, ça vous ranime.
CÉSAR
Oui, c'est bien fort.
GEORGETTE, allant au panier de vin que César a apporté , y prenant deux bouteilles, et les mettant dans les mains de César.
Tiens , porte-lui sur-le-champ ces deux bouteilles de ma part.
CÉSAR
Oui, mamzelle.
GEORGETTE
Sur-le-champ, sans t'arrèter, sans t'amuser en route... {Au chevalier.) Et vous, suivez-le et ne le perdez pas de vue.
CESAR
Oui, mamzelle.
GEORGETTE, lui commandai it comme a un chien. Porte, César... porte vite.
CÉSAR
Oui, c'est ça, c'est ça... je vas courir comme Dragon.
(11 soit en courant et en saulant.) GEORUETTE, nu chevalier.
Allez, allez.
LE CHEVALIER, sortant, cl suivant César. Soyez tranquille, je ne le quitte pas.
(Il sort.)