SCÈNE XIII
Les Précédens, LE CHEVALIER, amenant CESAR.
TOUS
O ciel ! César !
DESROSIERS , au général.
Permis à vous d'exécuter à son égard les lois existantes... ça lui est tout-à- fait égal.
LA COMTESSE, avec dédain.
Ali !.. quelle indignité!., ce serait ça mon neveu !
LE CHEVALIER*
Oui , madame!., notre parent '..je vous l'atteste... nous en avons toutes les preuves ! . .
* Le gênerai, la comtesse, Georgette, le chevalier, César, Desrosiers.
LA COMTESSE
Le dernier des Caradecs!.. fi donc!., fi donc!..
CÉSAR
Qu'est-ce qu'elle a donc, la vieille?
(Il s'assied sur le grand fauteuil auprès de la table.) LA COMTESSE.
Vous l'entendez !.. et j'espère, général, que vous ne lui ferez pas l'honneur de le fusiller comme marquis de Garadec... je m'y oppose pour l'honneur du nom et la dignité de la famille...
LE GÉNÉRAL
Je ne doute point, madame, que vos réclamations ne soient
admises mais, quant à moi , mes ordres sont formels
voyez plutôt...
(Il lui donne la lettre, Georgette passe auprès du gênerai.)
Quel ordre absurde!.. ( Lisant.) « Général, il existe des » lois rigoureuses contre les anciens nobles. . . «{Regardant César, qui s' est assis près de la table, et qui déjeune tranquillement avec un morceau de pain et de fromage .) Un ancien noble... qui déjeune là avec du... comme un paysan... {Continuant.) « Ces rigueurs » doivent cesser... le premier consul vient de déchirer toutes >» les listes d'émigrés. »
DESROSlEttS et LES AUTRES , excepté César, qui continue à déjeuner.
Est-il possible !
LA COMTESSE
« Accordez donc appui et protection à tous ceux qui se » présenteraient dans votre département. >» DESROSIERS, à part.
Je suis pris !... j'ai eu peur trop tôt !
LA COMTESSE
Eh que disait donc le général ?
GEORGETTE
Il a voulu faire une bonne action... démasquer un imposteur. . .
LE GÉNÉRAL , s' efforçant de rire.
Oui , madame... ( D'un ton sévère.) Georgette !
GEORGETTE, à demi-voix.
Grâce, général!
LE GÉNÉRAL
Le général devrait faire fusiller son aide-de-camp.
GEOBGETTË.
Tenez , regardez ce pauvre garçon , à qui nous venons de faire rendre ses biens et ses titres.
(Elle passe à la gauche de César, <jiti déjeune toujours.) LE CHEVALIER , s'approchant de César.
Oui, vraiment, ce château, ce domaine, tout vous appartient.
GEORGETTE, prenant les papiers (pic Desrosiers a mis sur lu table et les donnant à César.
Et en voici les preuves.
CÉSAR
Qu'est-ce que c'est que ça ?
GEORGETTE
Les papiers de ce matin... ne les reconnaissez-vous pas ?
CÉSAR
Moi , non.
LA COMTESSE
Tous voyez.
GEORGETTE
Laissez.
CÉSAR
Des papiers... c'est donc bien beau. (Il les regarde.) Il n'y a pas d'images... Ali! je me rappelle... (Au chevalier.) Vous me les demandiez ce matin... je vous les donne... et ce château... vous disiez qu'il était...
LE CHEVALIER
A vous.
A moi, tout entier... tout le château?.. Eh bien ! à Georgette... Et ces papiers...
LE CHEVALIER
Mais ils vous appartiennent, ce sont vos titres de marquis. CÉSAR, se lésant vivement , et allant se placer devant le cadre
vide.
Le marquis!... oh ! non... ce n'est pas vrai.,, il n'est pas revenu.
GEORGETTE , prenant le petit portrait qui était dans les papiers. Ah ! ce portrait! (à part) celui de son père...
(Elle le met devant les yeux de César.) CÉSAR , regardant le portrait un instant avec attention , pousse
un cri.
Ah!
(Il s'évanouit el tondu' dans les bra6 du chevalier et de Georgettu.)
GEORGETTE
Laissez, laissez bien des jours se passeront avant qu'il
nous soit tout-à-fait rendu... mais le temps, nos soins, guériront sa tête, qui n'est qu'affaiblie... Il revient à lui. CÉSAR, revenant à lui, et fixant ses yeux sur le portrait qu'il
lient.
Mon père... oui, c'est mon père... je l'entends. .. il me dit.. .
GEORGETTE, d'une voix forte.
Arthur !
CÉSAR
Oh ! oui... c'était ici... où donc? si je pouvais me rappeler!.. ( // cherche de tous côtés, et regarde où peut se trouver l'endroit indiqué par son père ; enfin il le reconnaît, s 'élance sur le devant à droite du théâtre, ouvre une petite porte, et saisit une e'pée qu'il trouve. Illa contemple, la baise avec transport et s,écrîe.)'La. voilà ! je la reconnais...
LA COMTESSE
Et moi, je reconnais le gentilhomme.
LE GÉNÉRAL
Un gentilhomme qui sera des nôtres!... Nous en ferons un sous-lieutenant de la République.