SCÈNE II
DESROSIERS, seul.
Ce que j'attends... c'est de L'argent! or, connue personne ne m'en doit... au contraire!.... je ne sais pas trop d'où il pourra m'en arriver, et la position est assez critique. Coiffeur distingué sous l'ancien régime, la révolution, qui a défrisé tout le inonde , a brisé entre mes doigts le fer à papillotes ; niais, en abolissant la poudre, elle ne défendait pas d'en jeter aux yeux : c'est ce que j'ai fait. Je me suis lancé dans lvs muscadins, dans l'agiotage, dans les entreprises... Tout le monde spéculait, la moitié de la nation trompait L'autre : je me suis mis du bon côté... de ceux qui trompaient... J'ai donné dans les fêtes publiques, Tivoli, Frascati, ÏWarbceuf et l'Elysée- Bourbon.. . ça a réussi d'abord : on avait tant besoin de s'amuser ! Mais tout le monde s'en est mêlé ; les mauvaises affaires sont arrivées, avec elles les prises de corps, les buissiers et caetera... La révolution, qui a détruit tant d'abus, devrait bien rendre une loi qui dispensât de payer sas dettes... c'est bien ce que le gouvernement a fait pour lui, mais en grand... et moi, qui ne pouvais pas donnera mes créanciers du tiers consolidé, je me suis enfui de Paris, dans une voiture que je dois, courant toujours devant moi et ne m'arr étant qu'ici, où s'arrêtent mes fonds... {Fouillant dans sa poche.) Deux écus de six livres ! Impossible d'aller plus loin, la poste est inexorable... elle ne fait pas crédit... encore un abus !.. Et si je trouvais moyen de
vendre ma cliaise de poste à celte comtesse de Car.idec
peut-être même de me faire passer à ses yeux pour un ci-devant... une victime... pourquoi pas?... je me coiife bien...
Air du f andeville de lu Somnambule.
Je me mets bien, j'ai l'usage du momie : Car il m'en est lant passe par les maius ! J'ai de grands aivs, et certaine faconde... Enfin, j'ai tout... dormis les parchemins. Et, profilant de la ruine commune, Je puis, seigneur de Gascogne ou d'Anjou, Dire comme eux : j'ai perdu ma fortune ! Csu il est vrai que je n'ai pas le sou. Je dirai vrai, car je n'ai pas le sou. II est trop vrai que je n'ai pas le sou.
Et si, sensible à mes malheurs, elle m'offrait quelques jours d'hospitalité, on peut toujours accepter et attendre les événemens. C'est à y songer. On sort du château... lin jeune homme et une dame... si c'était la comtesse... Je vais m'en informer
en déjeunant. Je peux toujours, à tout hasard, risquer une salutation respectueuse et mélancolique... ça ne peut pas faire de mal.
( La comtesse et le clievalicr sortent du château. Desrosiers salue la comtesse d'un air respectueux , pais la regarde tristement , pousse un profond soupir, et rentre dans l'auberge à gauche.)
SCÈZVE III.