‹ César; ou, Le chien du châteauChapitre 1 sur 41 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

GEORGETTE, DESROSIERS, entrant ensemble*.

( Us sortent de l'auberge. )

GEORGETTE

Vous ne voulez pas qu'on vous donne des clie-

* Les acteurs sont placés en tête de chaque scène comme ils doivent l'être sur le théâtre : le premier inscrit tient toujours en scène la gauche du spectateur, ainsi de suite. Les changements de position dans le courant des scènes sont indiqués par des notes au bas des pages.

DESROSIERS

Non, non, je n'irai pas plus loin aujourd'hui. Qu'on mette ma chaise de poste sous la remise, si toutefois il y en a une dans cette misérable auberge. Que diable de pays est celui-ci?

GEORGETTE

Dam !... vous êtes en pleine Bretagne...

Comme qui dirait la Vendée... Et les routes sont -elles bien sûres?

GEORGETTE

Maintenant, oui, vraiment ! on ne se bat plus. Vlà la paix qui revient, les paysans retournent

nota. S'adresser , pour la musique de cette pièce, à M. Heisser, bibliothécaire et copiste, au théâtre.

CESAR

chez eux, elles nobles, à qui on rend leurs biens, se hâtent de les reprendre.

DESROSIERS

Ils ont raison : le gouvernement n'aurait qu'à changer d'idée... ça lui arrive si souvent! Quel est ce beau domaine?

GEORGETTE

Le château de Caradec, où mon père a été concierge et mon oncle garde-chasse. J'y ai été élevée.

DESROSIERS

De Caradec?... C'est une grande famille.

GEORGETTE

Je crois bien... et un beau château... dix lieues de pays... Monsieur le marquis de Caradec qui en était propriétaire était un grand seigneur qui, après avoir éprouvé des pertes considérables, était allé à Saint-Domingue pour rétablir sa foifc tune... 11 y est mort, il y a dix ans de ça, et le petit marquis son fils, qu'il avait emmené avec lui, un petit blondin si gentil que je crois voir encore, aura sans doute été tué par les nègres, car on n'en a plus jamais entendu parler... Pour lors, et pendant la révolution, la nation s'était emparée du château... Mon père avait été condamné par le tribunal de Vannes, comme un cidevant... un ci-devant concierge de grand seigneur. . mon oncle le garde-chasse était parti soldat... il m'a fallu alors quitter ce pauvre château où j'étais si bien! Je me suis mise en service, là, en face, afin d'en être plus près et de le voir tous les jours... Mais pardon, citoyen, de vous conter tout cela.

DESROSIERS

Pourquoi donc? c'est très touchant... Moi, d'abord, je suis comme toi, j'ai toujours eu un faible pour les châteaux... (à part. ) une passion malheureuse qui n'a jamais eu de résultats. ( haut. ) Et qui habite maintenant ce domaine ? car il me semble habité.

GEORGETTE

Depuis hier soir... madame la comtesse de Caradec, à qui le gouvernement a rendu tous ses biens, est venue en prendre possession, à défaut du petit marquis son neveu, qu'on dit être mort.

DESROSIERS

Bah! il se ravisera... avec un château comme celui-là on ne se décide guère à mourir... ( changeant de ton. ) Je déjeunerai avec plaisir, si tu veux bien le permettre.

GEORGETTE

A l'instant... Vous restez donc quelque temps ici?

DESROSIERS

Cela dépend de quelque chose que j'attends.

Cela suffit ; je suis à vous, citoyen.

( Elle entre dans l'auberge. )

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