ACTE II, SCÈNE VI
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GEORGETTE
Qu'a-t-il donc?
CÉSAR
Il n'y est plus... il n'est pas encore revenu.
GEORGETTE
Qui donc?
CÉSAR
Le grand... (montrant les bordures de son habit.) la... doré... (faisant le signe d'un grand ruban qui traverse la poitrine.) et puis là... enfin... le grand...
Le portrait du marquis qui était là et que l'on a détruit.
CESAR, se retournant du côté delà cheminée où il aperçoit le magot, et poussant un cri de joie. Ah ! le petit... le petit gentilhomme ! ( Il court au magot, le salue, saute devant lui, et fait aller sa
tête.) Salue, salue, mon petit ami... bien honnête, bien élevé, (il continue de jouer avec le magot de la Chine, le prend, le met sur la table et fait toujours
aller sa tête. ) Et ton petit camarade, où est-il donc?
GEORGETTE
C'est inconcevable... sa joie à l'aspect de ce magot delà Chine...
LE CHEVALIER
Oui servait autrefois à l'amusement de mon cousin Arthur... Il y a là-dessous un mystère... Il est donc venu ici autrefois ?
GEORGETTE
Il y a donc habité ?
LE CHEVALIER*
Interroge-le, Georgette ; il te répond mieux qu'à moi.
CESAR, toujours avec le magot.
Us étaient deux... Où donc est ton petit camarade ?
GEORGETTE
Ici, César, ici... allons! viens ici. (César vient auprès de Georgette.) Dis-moi, d'où te venaient les six francs que voilà. . . que tu m'as donnés ?
CÉSAR
Ah ! oui, six francs pour des papiers . . . une bonne affaire, n'est-ce pas?
LE CHEVALIER, vivement.
Des papiers?
CÉSAR
Oui , de mauvais chiffons de papiers qui étaient dans mon sac.
LE CHEVALIER
Qui les y avait mis?
CÉSAR, cherchant, .le ne sais pas... (regardant le magot ) Si, si. je
me rappelle ; ils étaient deux commo celui-là. * ! o chevalier, r,om rotti ■ ■ ■
GEORGETTE, l'empêchant de jeter les yeux sur le magot.
Ne pense donc pas à ça... Réponds-moi... Qu'est-ce que tu as fait ce matin ? . . . où as -tu été?...
CÉSAR
Nulle part.
GEORGETTE
Tu mens.
Non... parole!
GEORGETTE
D'abord, tu as vu quelqu'un qui t'a remis un paquet, là, dans ton sac.
CÉSAR
Ah! oui... c'est vrai... il était maigre... il était pâle... il pleurait, il me serrait les mains... et puis un mauvais matelas, c'est-à-dire une paillasse... voilà toute la vérité... parole!...
GEORGETTE, le caressant comme un chien qu'on flatte.
A la bonne heure... c'est bien!,.. Beau, César... il est beau... je suis contente de lui.
CÉSAR, avec joie.
Et moi aussi.
GEORGETTE
Tu as bien fait de me le dire, car je le savais.
CÉSAR
Ah ! vous le saviez?...
GEORGETTE
Il était pâle... il était maigre...
CÉSAR
Ah ! vous le saviez... vous le connaissez ?
GEORGETTE
Oui... il était bien malade.
C'est vrai, bien faible.
GEORGETTE
Mais il parlait... il te disait... je l'entends encore... il te disait, en te serrant les mains...
CÉSAR, riant.
Ah! ah! ah! oui... ça me faisait rire...
GEORGETTE, riant aussi.
C'est vrai, c'était drôle... il te disait...
CÉSAR
Monsieur le marquis... monsieur le marquis...
LE CHEVALIER, vivement.
A toi, monsieur le marquis?
CÉSAR, de même.
Non... non... ce n'est pas vrai, mademoiselle Georgette ne veut pas.
GEORGETTE
Quand c'est pour se moquer .. mais celui-là, il ne se moquait pas de toi.
césar.
CÉSAR
GEORGETTE
Puisqu'il pleurait.
CÉSAR
Oui... de grosses larmes.
Et il était tout seul?
CÉSAR, regardant du côté du magot.
Non... ils étaient deux.
GEORGETTE, continuant à l'interroger.
De grosses larmes...
CÉSAR, regardant toujours le magot.
Avec pantalon vert.
LE CHEVALIER
Qui... le malade ?
CÉSAR
Et une veste de porcelaine... Et il saluait... comme ça, avec figure peinte en rouge, et des moustaches.
LE CHEVALIER, avec impatience.
Ce n'est pas celui-là dont il s'agit .. mais l'autre... l'autre...
GEORGETTE
Oui, l'autre... l'autre.
CÉSAR
Oh! l'autre... (Il fait un geste de souvenir, court vivement de côté et d'autre dans l'appartement, comme s'il cherchait quelque objet caché, et, arrivé près de l'armoire qui est au-dessous du cadre vide , il l'ouvre, en retire l'autre magot qui y était renfermé , le prend dans ses bras, et d'un air de triomphe vient le placer sur
la table en s'écriant.) Les voilà tous réunis... toute la petite famille.
LE CHEVALIER, avec colère.
Est -il possible! un pareil souvenir... Et ce malheureux imbécile qui ne peut nous dire...
(Il veut aller à César, qui est à la table, occupé avec les deux magots.)
GEORGETTE, l'arrêtant.
Au nom du ciel ! taisez-vous... Si vous le brusquez, nous n'obtiendrons rien. (Elle revient au milieu du théâtre, et appelle César, qui est toujours auprès de la table et des magots. ) César, mon petit César. (Elle va le prendre et le ramène avec elle.) Si je te suis chère, si tu m'aimes...
CÉSAR, vivement.
De tout mon cœur.
GEORGETTE
Tu me répondras , tu me diras quel était cet homme... Cherche,., cherche bien.j
CÉSAR
Oui, je cherche... je voudrais vous dire... tout cela se brouille... Attendez, attendez... Il disait: Mon maître, mon maître., ses mains tremblaient, sa tète aussi. ( regardant les magots.) Oui. oui, il la remuait comme ça.
(11 imite le mouvement de tête des magots.)
GEORGETTE
Et où était-il?
CÉSAR, montrant la gauche.
Là, sur la cheminée.
LE CHEVALIER, impatienté.
Au moment de tout savoir..
CÉSAR, suivant une autre idée.
Non, pas de cheminée, pas de feu... un mauvais lit. ( regardant les murs de l'appartement.) Non,
un riche appartement... avec beaucoup de monde... oui... et puis... Non... ça tourne, ça tourne... je ne vois rien, je souffre, (portant la main à sa tête. ) Je souffre là. ( avec désespoir.) Je ne peux pas, mam'selle, je ne peux pas.
GEORGETTE, à César.
Allons, calme-toi, calme-toi... je ne te demande plus rien... rien du tout... mais j'ai une commission à te donner.
CÉSAR
Ah! promener, courir...
GEORGETTE
Tu veux donc bien me rendre un service?
CÉSAR
Toujours.
GEORGETTE
Ce pauvre homme... dont nous parlions... est bien malade, bien faible... et du bon vin le ranimerait... parce que du bon vin, ça ranime..
CÉSAR
Oui, c'est bien fort.
GEORGETTE, allant au panier de vin que César a apporté , y prenant deux bouteilles , et les mettant dans les mains de César.
Tiens, porte-lui sur-le-champ ces deux bouteilles de ma part.
CÉSAR
Oui, mam'selle.
GEORGETTE
Sur-le-champ, sans t'arrêter, sans t'amuser en route... (au chevalier.) Et vous, suivez-le et ne le perdez pas de vue.
CÉSAR
Oui, mam'selle.
GEORGETTE, lui commandant comme à un chien.
Porte, César... porte vite.
CÉSAR
Oui , c'est ça , c'est ça ... je vas courir comme Dragon.
(Il sort en courant et en sautant.) GEORGETTE, au chevalier.
Allez , allez.
LE CHEVALIER, sortant, et suivant César.
Soyez tranquille , je ne le quitte pas.
(Il sort.)
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