I.\ MAISON DE CÉSAR
CÉSAR, HIRPINLS, chevalier romain.
HIRPINUS.
Sur trenle-cinq tribus, seize sont assurées.
CÉSAR
Les sommes à cliai-une ont ('té délivrées?
HIRPINUS.
Oui, très-fRlélement.
CÉSAR
Allons, c'est deux encer.
Les honneurs coûtent cher, mais au moins pour de l'or On est ce que l'on veut dans cette noble ville : De tribun militaire on devient un édile Et même un grand pontife. Oh ! titre révéré Qu'on ne saurait payer trop cher, il est sacré.
HIRPINUS.
Ton succès est douteux, César; la brigue est forte. De tes deux concurrents, il se peut qu'un l'emporte, Et surtout Catulus, c'est le plus dangereux; Un vieux nom.
CÉSAR
Suis-je d'hier, ami?
HIRPINUS.
Cl'.SAR.
De plus, heureux.
E( moi ?
HIRPINUS.
Le destin peut...
CÉSAR
Destin et providence Sont des noms faux, les vrais sont audace et prudence. Catulus me redoute et m'a secrètement Fait olîrir beaucoup d'or pour mon désistement.
HIRPINUS.
Tu n'as pas accepté ?
CÉSAR
Qui? moi? j'ai fait répondre Que j'en emprunterais bien plus pour le confondre. Va, porte à ces tribus qu'il me reste à gagner. Ce qu'aux autres par toi j'ai déjà fait donner.
34 CÉSAU.
m n PI NU S.
Tronli^ talents !
CÉSAR
Sans doute.
IIIIIPINUS. '
Où trouver cette somme ?
CESAR montrant SUD front.
Mais, OÙ jo liouve tout.
HIRPINUS.
César est un grand homme.
Il sort, piitrc méroclès, pbilosophe épicurien.
CÉSAR, HIÉROCLÈS, ensuite la MKRE DE CÉSAR. CÉSAR.
C'est toi, cherlliéroclès, aimable épicurien, Dont la philosophie est de ne rroire à rien De ce que Thonime a cru partout dans sa faiblesse, Sauf aux atomes, sauf peut-ûlre à la sagesse.
HIÉROCLÈS
Et toi-même. César, dans ton opinion
Rien n'est vrai, sauf peut-être un peu l'ambition.
Je ne puis plus souffrir que de chose divine On se raille avec moi, je vais être... devine.
PREiMlÈRE PARTIE. 35
HIÉROCLÈS
Quoi?
CÉSAR
Grand pontife.
- HIÉROCLÈS
Toi ! le fait est curieux.
CÉSAR
J'ai tout le jour encor, pour parler mal des dieux, Je ne suis pas nommé.
HIÉROCLÈS
De ces dieux ridicules, Toi pontife !
CÉSAR
Écoutez, vous êtes trop crédules, Mes chers épicuriens, qui toujours vous vantez D'être sans préjugés, et pourtant admettez De je ne sais quels dieux le sort imaginaire Qui sont je ne sais où, qui vivent sans rien faire, Comme vivent nos grands dans un béat loisir. Et vivra le consul que je ferai choisir Pour être mon collègue. Eh ! bien, je le déclare. Moi, j'aimerais autant croire au Slyx, au Tartare, A Vénus mon aïeule.
HIÉROCLÈS
Il faut bien cependant Par des dieux mieux compris...
36 CÉSAK.
CÉSAR
Non, c'est surahondanl.
Il n'est ilo dieu que l'hommo, il n'est d'autic puissance Que la sienne, et lui seul a donne la naissance A ces dieux prétendus (lu'jxlore l'univers, Qui ne sont vrais qu'en songe et ne sont bons i|u"on vers;
HlÉnOCLÈS.
Je ne m'attendais pas, César, à les défendre Contre un futur pontife.
CÉSAR
Oîi pouvez-vous les prendre?
Où? dans l'espace vide et seul illimité Qui, nous enveloppant de son infinité, Nous fait sentir le peu qu'est le monde où nous sommes. Mais nous pouvons un jour y commander aux lionimes, C'est notre seul Olympe et je veux y monter, Et rien, dans mon chemin, ne saura m'arrêter. Je ne suis pas bien sûr, pour moi, de votre atome ; Mais, là vous dites vrai, notre âme est un fantôme Qui doit s'évanouir et nous ne serons plus. Il ne restera rien alors de Julius.
Cet esprit qui voit clair en tout et dans tout homme Et cette volonté si forte seront comme Ils étaient un quart d'heure avant le seul moment Oïl l'être m'est venu, je ne sais pas conuneni. Pour jouir, pour agir, et dans la nuit profonde Où je marche, avancer en agitant le monde. 0 destins des mortels au fond indifférents ! Mais les uns sont petits et les autres sont grands, Mais tous vont au néant, quelques-uns à l'histoire. Ami, décidément je ne crois qu'à la gloire.
Au sein d'un sort étroit je périrais d'ennui.
Voilà pourquoi je veux qu'on me nomme aujourd'hui
Grand pontife, et demain nous verrons.
HIÉROCLÈS
Moi j'admire Qu'en méprisant la vie on y cherche l'empire.
CÉSAR
Qu'y faire sans cela? mais ma mère paraît, Elle pleure.