LA MORT LE CÉSAR
LA MAISON DE CESAR
CÉSAR seul, ensuite CALPLRNIE.
CÉSAR
Je veux donc être roi; c'en est fait, je vais l'être.
Ma carrière à son terme aussi touche peut-être.
Oui, je serai, ce soir, au faîle parvenu.
Ou bien dans mon tombeau je serai couché nu.
Je ne veux plus songer à la chance fatale,
La nature t'a fait, César, l'àme royale,
Règne donc. Est-ce en vain que durant tant de jours
Un bonheur merveilleux m'accompagna toujours? .
N'est-il pas des destins singuliers et des hommes
Dont le sort est à part? Dans la nuit où nous sommes
Tous se trompent-ils donc quand ils croient voir en moi
Plus qu'un homme ordinaire? Oui, par moment, je croi.
Que César, en effet, sort d'une autre origine
Et qu'en mon sein je porte une essence divine.
Serais- tu dieu, César?.. Mais il n'est pas de dieux...
Pas de dieux habitants de l'Olympe ou des cieux,
Dieux à foudre ou trident que le vulgaire adore.
Mais des divinités réelles ([u'on ignore.
S'il cil «''lait?., si moi?.. Ci'ltc iiiiil, je ivvais
Qu'aiipic's (le Jupiter par ic.»^ airs j'ai rivais,
(Jiie je touillais sa main, cpi'il me disail : mon frère...
lVul-(î(re il est des dieux cachés sur (clte terre...
Eh non, je suis un honinie usé par des excès
l.l (|iii du mal caduc craint d'avoir un accès,
Car je le sens venir... Ma femme! Calpurnie.
Li,iru CALPURNIE.
J'ohservc sur ton front la fièvre, l'insomnie; Une agitation que je ne vis jamais Altère ton regard, dôconijiose tes traits. Qu'as-tu donc?
CÉSAR
Je ne sais.
CALPURNIE
Mais tu sourires, te dis-jc.
Qu'éprouvcs-tu, César?
CÉSAR
Moi, c'est comme un vertige, Je ne suis plus moi-même et tombe à tout moment De l'exaltation dans un abattement Que je n'ai pas connu durant ma vie entière, Je redoute une crise.
calpurSie.
Ecoute ma prière :
Reste dans ta maison tout le jour.
césar.
Jtï ne'puis.
QUATllIÉME PARTIE. 401
CALPURNIK.
Le médecin te dit malade.
CÉSAR
Je le suis.
CALPURNIE
Et puis, si tu savais quelle image odieuse En songe...
Tu n'es pas si superstitieuse D'ordinaire.
CALPURNIE
Oh ! jamais... Dieux ! quel songe effrayant ! Ne va pas au sénat. Ton air est souriant, Mais tout ton corps frémit...
CÉSAR
C'est le mal qui me mine, L'épilepsie; allons, une crise est voisine.
CALPURNIE
Ke va pas au sénat.
CÉSAR
Je crois en vérité Qu'il serait mieux... Mais non, pusillanimité! Que dirait-on de moi? que j'ai craint quelque songe.
CALPURNIE
Il en est un, César, qui dans l'effroi me plonge. Je croyais sur mon sein te tenir embrassé, Mais j'avais dans les bras un cadavre glacé.