‹ chaine du caucaseChapitre 10 sur 23 · Banc rempli à^Ostrea Let/merii Desb · texte numérisé non relu

Banc rempli à^Ostrea Let/merii Desb

10. Calcaire fossilifère, Ostrea Leymerii Desh., Hinnites Leymerii Desh., Gastrochœna dUaiata Leym.

11. Marnes calcaires et sableuses alternant avec des bancs calcaires : OervïUia, Pholado-mya^ Trigoniay Ostrea Leymerii Desh., 0. aquila d'Orb.

12. Couche «oolitique ferrugineuse, remplie d'huîtres K Cette couche constitue un horizon bien marqué qui forme partout aux environs de Eislovodsk une terrasse sur les bords de la Bérésovsbi et de TAlkovka. Des collines de grès vert, dans lesquelles on remarque les couches suivantes liées, du reste, par une transition insensible aux couches néocomiennes, s^élèvent en retrait sur cette formation.

13. Grès jaun&tre passant à un grès vert sans fossiles contenant des concrétions.

14. Grès rougeâtre fossilifère : Ammonites fissicostatus d'Orb., Toxoceras Emericiamim d'Orb., Heteroceras nov. sp., Arca cf. securis d'Orb.

13 et 14 ont ensemble 42™ d'épaisseur et appartiennent probablement encore au terrain nëocomien quoique M. Abich les range déjà dans le gault inférieur.

15. Couche fossilifère d'une couleur rougeâtre, calcaréo-sableùse, de 0*,50 d'épaisseur, contenant : Ammonites MiUetianvs d'Orb., crassicostatus d'Orb., Cornuelianus d'Orb., nodosocostatus d'Orb., VeUedœ Mich., mammiUaris SchL, Deshayesi Leym., TQxoceras Royerianum d'Orb., Oardiiim Batdinianum d'Orb., Venus ovalis Sow., Oyprina Bemensis Leym., TheHs major Sow., T. minor Sow., OervïUia ançeps Desh., Trigonia dasdalea Part., aliformis Park., Eocogyra sinuata Leym., E. aquila Ooldf., Lingula Batdiniana d'Orb.

16. Grès blanchâtre renfermant dans sa partie supérieure une couche de calcaire sableux avec beaucoup de concrétions calcaires qui contiennent les espèces suivantes: Natica gaultina d'Orb., RosteUaria macrostoma Sow., Ftioladomya Favrina Ag., Cyprina Bemensis Leym., Rctunculu>s stûfconcentricus Lam., P. altematus d'Orb., Rriploma simpkx d'Orb., Oar-

* M. Âbieh les nomme : Bxogyra harpa Goldf. et E. cf. plieata Goldf.

dium Batdù^ianum d*Orb., Ventia OrUgnyana d*Orb., 7. omlis Sow., MytUus lanceolatus Sow., Solecurtus œqualis d'Orb., Arcopagia Rauliniana d*Orb., Arca OottaMina dJOrb., T^rigonia longa Âg., Ludtia pisiim Sow., GervUlia anceps Desh., etc.

17. Grès sableux avec intercalations de bancs calcaires : Hamites armattis d*Orb., Na- Uca Dupinii Leym., N. gavltina d'Orb., Ihnopœa sp.

18. Grès vert puissant de 50 à 60" contenant des bancs épais d'un grès calcaire grossier de couleur foncée, renfermant beaucoup de bivalves surtout de Tethys.

19. Couches argilo-sableuses dépourvues de fossiles et devenant de plus en plus calcaires.

La puissance totale de cette formation est, d'après les mesures de M. Âbich, de 350".

Ces dernières couches sont surmontées de calcaires marneux d'un gris blanchâtre qui appartiennent à la craie, et qui ont environ 200" d'épaisseur. Les couches inférieures sont calcaréo-mameuses et renferment un grand nombre d'inocérames mais peu d'autres fossiles : Inoceramus Ouvieri Goldf., cordifonnis Goldf., Oripsii Mant., Oàlerites cf. albogalenis Lam., Ananchytes striata Lam. Ces couches couronnent Tescarpement qui domine la rive gauche du Podkoumok.

§ 46. Lorsqu'on marche de Eislovodsk dans la direction de l'Elbrous, on suit d'abord pendant longtemps un plateau doucement incliné et couvert de magnifiques pâturages qui masquent la nature du terrain et le point de contact des formations crétacées et jurassiques La roche néocomienne disparaît avant la sommité du Bermamout qui est formée du terrain jurassique supérieur. Ou trouve en ce point des calcaires gris, compacts et dolomitiques dans lesquels abondent les gastéropodes, particulièrement des nérinées; j'y ai recueilli la Natica hemisphaerica d'Orb., une grande espèce de ptérocère et de nombreux moules de nérinées mal conservés. La montagne du Bermamout (2591") est une des sommités les plus connues du grand contrefort jurassique qui longe le versant nord du Caucase. On y jouit d'une vue admirable sur l'Elbrous en face duquel elle est située et elle domine la vaUée de Ehasaout Les calcaires jurassiques surmontent une puissante formation de grès et de marnes qui contient quelques empreintes de plantes et des traces de lignite. Les grès y sont plus développés que les marnes, contrairement à ce qui existe dans une région plus orientale ; ils reposent avec une faible inclinaison vers le nord sur des roches cristallines de la nature la plus variée; ce sont des gneiss granitiques et de^ micaschistes alternant avec des schistes dioritiques, amphiboliques et chloriteux, des schistes talqueux et des serpentines ; ces roches sont traversées par de grandes éruptions de roches pyroxéniques, de porphyres et de grûnstein. M. Âbich a signalé dans les environs de Ehassaout des filons de cuivre et de baryte sulfatée contenant un peu de plomb. Cette localité est encore remarquable par une source acidulée, semblable à celle du Narzan, qui sort en grande abondance à une température de 7^R. Le

* M. Abich y signale aussi les AmmowiUB Deàhayeti et neoetmienm.

haut plateau de Bechtassin ^ limité an nord par la vallée de Ehassout est entièrement formé des grès jurassiques régulièrement stratifiés, et plongeant faiblement vers le sud. Ils commencent par un conglomérat quartzeux. On trouve dans cette puissante formation de nombreuses traces de plantes et des veines de bouille dans des grès psammitiques fins, semblables à ceux que j'ai déjà décrits ; Tune de ces veines se voit dans la vallée d'Ârbous au sud de Becbtassin. La partie supérieure de ces grès est recouverte par une oolite ferrugineuse de peu d'épaisseur dans laquelle M. Abich a recueilli plusieurs espèces de fossiles. Il y indique la Trigonia signala Ag., le Becten disci/ormis Schubl. et la Terébratula impressa de Buch, dont les deux premiers appartiennent au terrain bajocien, le troisième au terrain liasique. Ces roches reposent sur le granit et le gneiss qu'on voit à découvert dans la valléq de la Malka. Elles sont bornées au sud par des roches granitiques et par les roches éruptives du Tachly-sirt dans le voisinage desquelles elles sont très contournées.

§ 47. Le cône trachytique de TElbrous est la cime la plus élevée du Caucase. Sa hauteur est de 5646 mètres, sa base de 14 kilomètres de diamètre environ. Q a une forme conique déprimée très régulière et se termine par deux sommités qui laissent entre elles une profonde dépression, reste d'un ancien cratère. La montagne porte les traces de plusieurs cônes secondaires d'où les laves se sont épanchées à une époque relativement récente. De grandes coulées de lave trachytique descendent soit dans la vallée du Baksan soit dans celle de la Malka. M. Tschermak a décrit la roche de l'Elbrous d'après les échantillons que j'en ai rapportés. C'est une andésite formée d'une pâte noire semi-vitreuse qui renferme beaucoup de petits cristaux blancs d'oligoclase et de grains de quartz un peu plus gros, de 2"" de diamètre. Ces derniers se détachent facilement tandis que le feldspath est plus intimement lié avec la pâte. L'examen au microscope de celle-ci permet d'y constater des cristaux d'orthoclase et d'oligoclase, beaucoup de cristaux de pyroxène, un peu de biotite et de magnétite. Cette roche qui appartient aux andésites quartzifères présente un bon exemple de la subdivision de ces roches à laquelle on donne le nom de rhyolite. Elle a déjà été décrite par Kupfer et par M. Abich ; mais l'étude microscopique seule a permis d'y constater la présence du pyroxène.

Le cône de l'Elbrous repose entièrement sur les roches cristallines, granit, gneiss et schistes cristallins. Ces roches forment ici toute la chaîne centrale ; elles occupent la partie supérieure de la vallée du Baksan, et réapparaissent à l'ouest de cette montagne du côté des sources du Eouban. On les voit dans le fond de la vallée de la Maïka, et elles sont recouvertes des deux côtés par les grès jurassiques; enfin, on les retrouve beaucoup plus

' Les détails sur la région comprise entre la vaUée de Ehassaout et TElbroQs sont en grande partie tirés de la belle coupe de cette région publiée par M. Abich (Zeitschr. fûr allgemeine Erdknndei 1, 1858), mes notes sur cette région et mes échantillons 8*étant en partie égarés dans le voyage.

' Minerai. Mittheil., 1872, 108.

au nord dans la vallée d*Eschakoo. Elles sont formées d*an bean granit à cristaux d'orthoclase et d'oligoclase, passant parfois à la protogine et présentant beaucoup de variétés. Ce granit alterne avec des gneiss et des micaschistes qui se montrent surtout dans le haut des vallées de la Malka, du Baksan et de ses premiers afKuents ; enfin on voit aussi, soit dans le haut de cette vallée au nord d'Ourouspief, soit dans sa partie moyenne près de Eorkhoujan, des masses assez considérables de schistes chloriteux et amphiboliques.

L'Elbrous donne naissance à plusieurs grands glaciers qui descendent dans la vallée du Baksan et dans celle du Eouban. Le plus connu d'entre eux est celui qui alimente les sources du Baksan ; il a été décrit en premier lieu par M. Abich. C'est un glacier de premier ordre qui suit dans sa marche la direction d'une ancienne coulée de lave et qui se termine au-dessous de la limite des arbres à 2154°' au-dessus du niveau de la mer avec une largeur d'environ 400".

§ 48. J'ai déjà parlé de la structure de la vallée de l'Aragva jusqu'à Pasanaour. J'en reprends ici la description. La grande route de Géorgie suit de Pasanaour à Mléti les bords de la rivière dans des schistes argileux dont l'inclinaison vers le nord est très constante et qui sont identiques à ceux de la partie supérieure des vallées du Esan et de la Liakhva; ils s'étendent jusqu'à la crête centrale et au delà. Une grande coulée de lave trachytique à l'ouest de laquelle l'Aragva a creusé son lit, remplit la partie supérieure de la vallée et se termine à Mléti. La route en gravit les flancs en zigzag et l'on y voit nettement par places la structure columnaire. « Arrivé au haut de l'escarpement, dit Dubois \ je me trouvai sur le plan de la coulée jonché de débris de lave grise, tantôt compacte, tantôt poreuse. Les différentes éruptions sont séparées par des lits de cendres volcaniques >. La route suit cette coulée jusqu'à Goudaour. Ces laves proviennent d'un grand massif trachytique situé à l'est de la route et auquel on donne le nom de Montagnes Bouges ^ Les schistes sont ici percés de toutes parts par des éruptions volcaniques. Dubois ' a donné une vue de ce sauvage et grandiose paysage.

Les Montagnes Bouges furent un foyer volcanique très actif à la fin de la période tertiaire et pendant la période quaternaire ; leur roche est formée en partie d'andésite pyroxénique dont M. Tschermak ^ a donné la description. La pâte est d'un gris cendré ; elle est composée de petits cristaux de plagioclase et de pyroxène et de grains de magnétite. Elle contient de nombreux cristaux blancs de plagioclase et de petits granules qui sont probablement de la tridymite. Une partie de ces montagnes est aussi constituée par des andésites amphiboliques K Cette roche est grise et contient des cristaux de plagioclase qui ont parfois jusqu'à 7°"" de long ; on y trouve aussi beaucoup de petits cristaux d'amphibole et de

» Voyage, IV, 253.

> £n géorgien Tsitéli-mta.

> Atlas 2* série, pi. 27.

* Minerai. Mittheil., 1872, 108.

<" Minerai. Mittheil., 1872, 109.

pyroxène, la magnétite y est plus rare ; la pâte est formée d'nn mélange de cristaux très fins de sanidine et de plagioclase avec quelques cristaux de pyroxène et un peu de magnétite. Une autre roche de la même provenance est d'un gris rougeâtre ; elle contient également beaucoup de cristaux blancs de plagioclase et de petits cristaux noirs d'amphibole. Le microscope y révèle de petits cristaux de pyroxène et de la magnétite qui forme des aiguilles dans lesquelles on trouve encore des traces d'amphibole et qui recouvrent en particules innombrables les cristaux de cette dernière substance. D'autres échantillons de ces roches contiennent beaucoup de grands cristaux de plagioclase, de longues colonnettes composées presque uniquement de magnétite et des cristaux de pyroxène ; on y reconnaît aussi de l'épidote soit dans les cristaux de plagioclase décomposés, soit dans la pâte même qui a une texture granuleuse.

Une petite plaine unie et marécageuse précède le col de la Croix (2431''), situé au milieu des schistes argileux et près duquel une source ferrugineuse a déposé une couche épaisse de tuf rougeâtre.

§ 49. Le haut de la vallée du Térek est bordé des deux côtés par des escarpements de schistes ardoisiers, noirs, compacts, homogènes, dont les couches redressées plongent vers le sud. Kobi est situé à la jonction du Térek qui vient de la vallée de Trousse, avec l'affluent qui descend du col de la Croix ; la station de poste est construite au pied d'une grande masse éruptive d'andésite dont on voit parfaitement la structure prismatique. C'est une roche d'un gris rouge, mate et un peu poreuse, composée de nombreux cristaux de plagioclase, d'amphibole et de pyroxène d'égale grosseur. La pâte est formée de petits cristaux de plagioclase et de sanidine et renferme un peu de pyroxène et de magnétite. M. Tschermak a remarqué dans une de ces andésites des cristaux de feldspath blanc, qui sont formés d'une association de cristaux d'orthoclase et d'oligoclase et renferment des particules vitreuses. C'est à Kobi que le Térek prend sa direction vers le nord. Le haut de la vallée du Térek qui borde au sud le massif du Easbek, porte le nom de Trousse ; il est entièrement formé par les schistes argileux et par des roches trachytiques. Des passages élevés unissent cette vallée à celles de l'Ârdon, du Fiagdon et de la Liakhva. La route longe presque continuellement des masses trachytiques entre Kobi et Sion. Une grande coulée de lave descend du Kasbek, à la surface des schistes argileux et s'étale dans la vallée où elle est limitée par le cotirs de la rivière. Au delà, jusqu'à la station de poste de Easbek, la vaUée est formée par les schistes argileux noirs à texture ardoisière.

De cette station on a une vue magnifique sur le Easbek (5043") dont la grande pyramide neigeuse se détache en blanc au dessus des masses puissantes de schistes et de trachyte qui en forment le pied. Ce grand cône trachytique a la forme d'un dôme dont la base est plus étroite que celle de l'Elbrous et dont la pente est par conséquent plus rapide ; il présente deux sommets de grandeur inégale visibles du nord et du sud. Le guide qui accompagna, il y a 4 ans, trois touristes anglais au sommet du Easbek, me remit un échantillon qu'il m^assura en provenir ; c'est une roche d'un gris foncé, à pâte semi-vitreuse dans laquelle se trou-

vent des cristaux blancs d'ollgoclase. «Tai recueilli de nombreux échantillons d'andésite sur les flancs de ce cône volcanique. Leur pâte est d'un gris foncé et renferme de grands cristaux blancs d'oligoclase dont quelques-uns ont jusqu'à S""' de longueur; on y voit aussi à Tœil nu de petits feuillets de biotite et ^ et là, des grains de quartz. La p&te qui est compacte et qui a Taspect gras contient des cristaux de sanidine qui renferment souvent de petits bulles de gaz, et de petits cristaux d'oligoclase et de pyroxène. Des grains de magnétite y sont soit épars, soit en petits amas qui présentent des formes cristallines. 1

Cette disposition est commune à un grand nombre d'andésites.

§ 50. D'après ]es calculs de M. Abich basés sur les travaux de l'état-major russe, l'étendue des glaces et des neiges étemelles du massif du Kasbek serait de 62 verstes carrées. Cette masse considérable est entièrement tributaire du bassin du Térek et ce fleuve enveloppe lui-même plus qu'à moitié le cône du Kasbek. Plusieurs glaciers dont les plus importantsr sont ceux de Souatis et de Mna se trouvent dans le canton de Trousse sur le versant méridional de cette montagne. Un grand glacier occupe du côté nord le haut de la vallée du Ouisaldon dans laquelle on voit des traces de grandes moraines latérales.

Le plus célèbre des glaciers du Easbek est celui du Devdorok qui en descend vers le N.E. et dont les eaux s'écoulent par le Kabakhi dans la vallée du Térek, un peu en amont de la gorge du Darial. Il a été étudié à diverses reprises par M. le colonel B. Statkovski \ par M. Khatissian, par moi-même ^ et dernièrement par M. Abich ^ Je résumerai brièvement les observations dont il a été l'objet. Il tire son origine d'un vaste plateau de névés, situé au pied septentrional du cône du Easbek entre 3600 et 3900" au-dessus du niveau de la mer. Le glacier descend jusqu'à 3200"' par une forte pente, divisé en deux masses dont celle de gauche est la plus considérable ; après qu'il a franchi ce rapide, sa pente s'adoucit peu à peu ; il prend sa plus grande largeur à 2500°*, puis il diminue de nouveau et vient se terminer à l'entrée d'une gorge étroite à 2298''. Depuis quelques années, la branche de droite du glacier a beaucoup diminué relativement à celle de gauche. Dans sa partie inférieure, il vient butter contre un promontoire rocheux contre lequel il 's'élève beaucoup avant d'être rejeté plus à gauche. L'extrémité de la surface du glacier était en 1867 à 2387", Textrémité même du glacier à 2295". D'après les données de M. Abich, la largeur du glacier à 2391" de hauteur était en 1863 de 237", en 1867 de 351". Son mouvement de progression a été de 1863 à 1866 de 35" par an, soit 97"" par jour ; de 1866 à 1867 de 132" par an, soit 366"" par jour. Q estime son épaisseur en 1867 à 92" pour sa partie inférieure,

^ Rechercbes sur les oanses des avalanches du glacier du Easbek. Archives des Se. phys. et nat, 1869; extrait et traduit dn russe. Soc. géogr. de Tiflis, 1866, t. Vil.

' Note sur quelques glaciers de la chaîne da Caucase et particulièrement sur le glacier de Devdorok. Arch. des Se. phys. et nat., 1869.

' Etudes sur les glaciers actuels et anciens dn Caucase, 1^ partie, 1870.

à 76 et 61" pour les paMies moyennes et gnpérienres. L'é^aissenr de l'extrémité dn glacier 8*était augmentée du double depuis 1861.

Des avalanches gigantesques formées par la chute de la partie inférieure du glacier qui entraîne avec elle une masse énorme de blocs, de gravier et de boue ont eu lieu à diverses reprises dans la vallée de Devdorok à laquelle elles ont donné une triste célébrité; elles barrent la vallée du Térek dont les eaux s'amassent au-dessus de l'obstacle jusqu'à ce qu'elles aient réussi & se frayer un passage. Dubois de Montpéreux vit, en 1834, les restes de celle qui était tombée l'année précédente et qui recouvrait encore entièrement le lit du fleuve. Elles ont détruit à diverses reprises la seule grande route militaire qui relie la Russie aux provinces transcaucasiennes. On comprend donc l'importance que le gouvernement russe attache à l'étude des causes de ces débâcles. Ces avalanches n'ont pas lieu, comme on le croyait, à des intervalles réguliers. J'ai cherché à établir ^ en me basant sur la situation même dn glacier, sur la comparaison avec le glacier de Bofen-Vernagt dans l'Oetzthal et BUT les diverses relations qui existent de cette débâcle, quo celle-ci est due : 1^ à une crue sDbite et extraordinaire du glacier ; 2^ à une intervention de l'eau qui augmente la pression et fecilite l'écoulement et le glissement des masses éboulées.

§ 51. La vallée de Devdorok est située à peu près à la jonction des schistes argileux et des roches granitiques (Fig. 31) ; il est vrai que les grands escarpements qui bordent

Pig. 31.

VaUée de I>«Ydorok

Pierre de Yermoloff Lan

Oonm du Térek

Balte

Colonie ai- VladioaTcaa lemande

les deut flancs de la vallée sont formés de schistes argileux en couches presque verticales, mais le granit se voit en quelques endroits sur la rive droite de la vallée, un peu au-dessous de la base du glacier ; cette roche y est complètement polie. L'épaisseur de la zone de roches cristallines (gr) traversée par le Térek est très faible relativement à l'immense développement qu'elle prend plus à l'ouest. Dubois a donné une flgure de la manière dont le granit a pénétré et empâté les schistes argileux dans la gorge du Darial \ Cette masse granitique

* Areblres des Se phys. etnatar., 1869.

' Voyage. Atlas., Sér. gM.y p!.< 8, fig. 8.

est bordée par des schistes cristallins et des micaschistes, au delà desquels les schistes argileux réapparaissent près de la station de Lars (sch). Ces derniers ainsi que les grès et les marnes du terrain jurassique inférieur (ji), s'étendent jusqu'au delà du fort russe de Djérakhovski ; ils sont recouverts là par les calcaires du terrain jurassique supérieur (js) dont les couches, fortement inclinées dans le fond de la vallée, deviennent plus horizontales à mesure qu'elles s'élèvent. Au delà de Balta, vient une nouvelle gorge formée par une seconde chaîne calcaire, jurassique et néocomienne. Les terrains crétacés supérieurs et tertiaires ne se trouvent pas sur les mêmes rives du Térek qui ont été dénudées par le fleuve et recouvertes par les alluvions et le terrain glaciaire, mais on les voit plus à Fouest.

§ 52. Le bassin du Térek est une des vallées du Caucase dans laquelle les phénomènes glaciaires sont les plus frappants. Dans la vallée même de Devdorok, les roches sont polies jusqu'à une grande hauteur et l'on trouve sur la rive droite, à trois niveaux différents les traces de moraines glaciaires qui forment une suite de terrasses élevées les unes au-dessus des autres. La terrasse inférieure se confond avec les masses de terrain erratique qui proviennent des débâcles du glacier et qui présentent au débouché de cette vallée dans celle du Térek un escarpement de près de 100" de gravier, de sable et de blocs ; la roche granitique est polie et moutonnée en face de ce point sur la rive droite du fleuve. Dans la gorge du Darial le granit est marqué jusqu'à plusieurs centaines de pieds de hauteur de stries et de traces du polissage glaciaire. En aval de cette gorge les schistes argileux qui n'ont pas conservé ces traces montrent dans certaines parties une égalité de surfuce qui est certainement due aux glaciers et M. Abich a trouvé à 200°* au-dessus de Lars des dépôts erratiques composés de boue glaciaire et de trachyte du Kasbek. On peut reconnaître sur les grands escarpements calcaires qui succèdent à cette formation les restes de polissage des glaciers jusqu'à une hauteur de ISO*". Les blocs erratiques sont très fréquents dans cette vallée ; ils se trouvent en grande abondance au-dessous du point de jonction des vallées de Devdorok et du Térek, puis ils diminuent peu à peu de nombre. On y trouve beaucoup de roches cristallines et des blocs d'une brèche silicieuse verdàtre nommée Jachnm. On remarque en particulier un énorme bloc granitique dans le lit du Térek près de la station de Lars, au sortir de la gorge du Darial (Fig. 31); il a 29 mètres de long, 15 de large et 13 de haut, soit 5655"^; on le nomme pierre de Termoloff. Entre ce point éloigné de 10 kilomètres du bas de la vallée de Devdorok, et le débouché du Térek dans la plaine on ne voit pas de blocs erratiques, mais des terrasses puissantes qui s'étendent le long des rives du fleuve,* elles renferment peu de cailloux anguleux, mais elles sont formées de sables, de gravier et de cailloux arrondis de roches cristallines; les tracbytes paraissent y manquer. Ces terrasses s'étendent beaucoup en largeur au delà de la cluse calcaire et elles s'étalent en divergeant sur la plaine formée par les attérissements du Térek. M. Abich qui a examiné avec grand soin ces formations a reconnu au-dessus d'une argile sablonneuse feuilletée qui se trouve au niveau du fleuve trois terrasses en retrait les unes sur les autres. Elles sont surtout développées^sur la rive droite et contiennent un grand nombre de blocs plus ou moins

anguleux qui leur donnent le caractère de véritables moraines ; la pins élevée d'entr'elles s'abaisse et disparaît à quelque distance ; la seconde forme une digue allongée de 15" environ de hauteur qui s'étend jusqu'à Vladicavcas où elle s'abaisse en pente douce, se confondant ainsi avec la terrasse inférieure et les alluvions du Térek. Les blocs erratiques sont en nombre considérable soit dans la ville même soit en avant dans la plaine ; plusieurs atteignent jusqu'à 8"" de longueur ; ils forment des traînées rayonnantes plus ou moins régulières dont l'une se prolonge jusqu'à 7 à 8 kilomètres au nord de Vladicavcas vers la colonie allemande; le plus grand bloc observé par M. Abich est granitique et a 10"" de longueur; le plus gros bloc trachytique a 15" de tour. J'ai donné dans un précédent travail ^ une description de ce terrain erratique. Sur la rive gauche du Térek ces blocs sont inférieurs en nombre et en grandeur ; il y a une grande accumulation de terrain erratique sur le bord de la route qui conduit à Arkhon et qui suit le bord occidental du delta d'attérissement du fleuve ; un gros bloc granitique de 6" de longueur est visible sur le bord de cette route à trois kilomètres de Vladicavcas.

M. Abich a reconnu dans la vallée de la Kambléja, à l'est de celle du Térek, de puissants dépôts glaciaires. Le fond de cette vallée est jonché de blocs erratiques parmi lesquels prédomiaent les trachytes. Un gros bloc trachytique de 5" de long, placé transversalement à la vallée se trouve au débouché de celle-ci dans la plaine. Eu remontant le cours de la rivière on trouve un plus grand nombre de ces blocs et deux terrasses formées de sable, de gravier et de nombreux blocs trachytiques. Plus haut, ces terrasses augriffentent en grandeur. Ce terrain c-esse près de Tars à 767" de hauteur, mais il s'étend vers l'ouest pour traverser en bande étioite une large vallée longitudinale par laquelle la plaine de Tars communique avec la vallée du Térek ; il se confond avec les terrasses qui encaissent ce fleuve et se joint à la terrasse supérieure des environs de Vladicavcas.

§ 53. On peut conclure de ces faits, comme le remarque M. Abich, qu'un grand glacier occupant autrefois la vallée du Térek et gêné dans son écoulement par le contrefort calcaire de Bédant, se bifurqua et envoya dans la plaine de Tars et dans la vallée de la Kambléja un embranchement qui vint se terminer à deux kilomètres du débouché de cette vallée dans b plaine.

J'ai fait, il y a quelques années, la remarque confirmée depuis lors par M. Abich, que les blocs erratiques des environs de Vladicavcas sont presque toujours disposés de telle sorte que leur plus grande longueur est perpendiculaire au cours du Térek ; je n'ai pu toutefois donner Texplication de cette disposition si particulière. Dans ses derniers travaux, M. Abich semble croire que le dépôt de ces blocs jusqu'à plusieurs kilomètres en avant dans la plaine serait dû, non aux glaciers, mais à des coulées énormes de boue qui les auraient

' Archives des se. phys. et nat. Genèye, 1869.

entraînés, n appuie cette hypothèse sur les obsenrations qn*il a fiiites à F Axarat âiss h Tallée de rArgonri, oà une grande débftcle entraîna à une distance considâable de gros quartiers de roches. Toutefois cette hypothèse me semble en contradiction a?ec les bits et n'explique nullement la disposition transversale des blocs. Un semblable courant, débonehant dans la vallée du Térek qui est perpendiculaire à celle de Devdorok, traversant la goiçê étroite du Darial, s'étalant dans Télargissement de cette vallée au point où elle traretsel^ schistes argileux, venant butter contre les promontoires calcaires qui rétrécissent hemoof la vallée dans sa partie inférieure, devrait perdre la plus grande partie de sa force et n'aurait plus la puissance, en arrivant à la sortie de la çorge dans la plaine laigement ouverte et peu inclinée de Yladicavcas, de transporter de gros blocs à 8 kilomètres de distance.

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