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Marnes feuilletées, micacées, de diverses couleurs

4. Grès tendre bigarré, rouge et jaune, avec intercalations de veines sableuses, blanches et grises, d'épaisseurs très variables.

5. Marnes bigarrées, le plus souvent rouges, dans lesquelles se trouvent des fragments de roches anguleux et des veines sableuses qui deviennent plus rares dans leur partie supérieure où se trouvent quelques bancs calcaires.

6. Calcaire dolomitiqne de 20*" de puissance, alternant avec quelques couches sableuses et renfermant un banc d'une marne calcaire, bréchoîde, contenant quelques fossiles (IWebrattda Moutoniana.)

7. Couches sableuses et calcaires qui présentent la succession suivante : a) Calcaire dur, blanc, compact, alternant avec des couches minces de marne feuilletée et un grès jaune, tendre, qui renferme des coraux et des moules de gastéropodes mal conservés ; cette alternance se répète plusieurs fois; &^. couche marneuse, mince, avec du lignite ; c^ calcaire dolomitique compact ou bréchoîde, en bancs d'épaisseur variant de 0°',30 à 1"',30, et associé à un calcaire bleuâtre tacheté, 10*"; d) calcaire bleuâtre tacheté, pétri de petites coquilles, caprotines et nérinées, 1"* ; e) calcaire tacheté, 2*" ; f) couches sablo-calcaires compactes à la base, renfermant, dans leur partie supérieure, des fragments de lignite, 8" ; g) couches sablo-calcaires remplies de caprotines et de petits gastéropodes ; certaines couches sont bréchoîdes ; d'autres, plus marneuses, renferment des bivalves ; quelques-unes contiennent des traces charbonneuses et des fragments de lignite ; h) grès quartzeux et calcaire. Ces deux dernières couches forment le col du Nakéral (1210").

8. Calcaire puissant, dur, compact, semi-cristallin, d'un gris blanchâtre, semblable à celui de Eontaîs, passant à sa partie supérieure à un calcaire dolomitiqne, qui forme le sommet du Nakéral (1237"'). Cette dernière couche est abondante en caprotines et en nérinées. M. Abich y signale la Caprotina ammotita, les Terd^ratula tamarindus Sow., MoiUoniana d'Orb. et aff. semistriata d'Orb.

Je n'ai pas pu tracer dans cette série de couches la limite entre la formation crétacée et la formation jurassique. La couche Nro. 6 est certainement crétacée et il est probable que la masse puissante de grès, de marneâ et de brèches comprise entre le gisement de houille et les couches fossilifères appartient en grande partie au terrain néocomien.

§ 8. J'ai observé la même série de roches sur le chemin qui conduit de Tkvibouli à Moukhoura, dans la chaîne qui limite à l'est l'Okriba et qui relie le Nakéral aux montagnes des environs de Eoutais. Le col, où l'on trouve de grandes huîtres {Osbrea CoiiJoni), est dans les calcaires urgoniens et aptiens. Le sol y est jonché de fragments de silex blond qui proviennent probablement de la désagrégation des couches de la craie qui le sarmontent à droite et à gauche. Les calcaires de la craie occupent seulement le sommet de cette partie de la chaîne et dominent, sur les deux versants, les calcaires urgoniens, superposés eux-mêmes à de puissantes assises de grès et de schistes néocomiens et jurassiques.

Cette obaîne s'abaisse pea à peu m ayançant vers le sud. Elle est traversée an sud du mont Lagon par la Tkviboula, sans être interrompue par cette rivière, qui disparaît par plusieurs ouvertures à la base d*un escarpement urgonien, pour réapparaître à 2 kilomètres plus à Test, sous le nom de Dséroula (Fig. 7). Le calcaire urgonien (u) est recouvert ici des couches

Pig. 7.

et, Tohkiiftri

TkrlbouU DsérouU B

de la craie (er) dans lesquelles j*ai trouvé plusieurs exemplaires de

Micraster coranguinum Ag.

Terebratula obesa Sow.

M. Âbich y signale aussi YOstrea sanionensis d'Orb. (0. diluviana Qoldf.) La roche est formée d*un calcaire jaunâtre à Textérieur, mais blanc dans les cassures fraîches; certains bancs sont compacts, d'autres' plus crayeux ; d'autres sont corrodés et découpés à la surface ; les couches supérieures renferment beaucoup de rognons de silex blond. Elles plongent à Test sous le terrain miocène ; la limite entre ces deux terrains se trouve un peu à l'ouest des villages de Dsevri, de Tchkhari et de Skandé.

Au sud de Tzoutzkhvati, on trouve dans un ravin une couche peu épaisse de lignite; elle est surmontée de grès et de marnes au-dessus desquels apparaissent les couches du terrain néocomien ; les bois qui recouvrent la montagne, les dislocations produites par les roches éruptives, ne m*ont pas permis de juger de la disposition exacte de cette dernière formation ; mais j'ai observé sur la route de Tzoutzkhvati à Eoutals, à trois kilomètres environ avant le col, des marnes et des calcaires marneux dans lesquels j'ai recueilli, avec un grand nombre de bivalves:

Belemnites semicanaliculatus Bl. Ostrea Couloni Defr.

Belemuites minimus List. Terebratula Moutoniana d'Orb.

Nautilus Neckerianus Pict.

Les bivalves y sont en plus grande abondance que les céphalopodes, mais la faune est la même que celle de Koutals. Les calcaires urgoaiens sont soulevés et brisés audelà du col par des éruptions de basalte et de dolérite. Cette dernière roche est foncée, verdfttre, à grains fins, et composée de plagioclase, de pyroxène et de magnétite ; elle forme une colline élevée, le long de laquelle serpente la grande route de Tiflis. En suivant cette route dans la direction de Simonéti, on arrive bientôt au prolongement méridional de la chaîne du mont Lagori qui ne forme plus qu'un relief peu sensible, constitué par les calcaires urgoniens et ceux de la craie plongeant à l'est sous les couches miocènes de l'étage sarmatique.

Le terrain sarmatiqne occupe tout le plateau qui s'étend entre Tchkhari et Evirila ; il est formé de couches horizontales ou faiblement ondulées, de grès puissants, tendres, se désagrégeant facilement et associés à des marnes ; ces roches sont recouvertes d*un calcaire blanc, lumachelle, presque entièrement formé des coquilles de YAatarte ptdcheUa Baily ^ Elles reposent sur les couches de la craie par lesquelles elles sont limitées à Touest et à Test; au nord, elles sont en contact avec une éruption d'andésite pyroxénique ; elles disparaissent au sud sous les alluvions. Cette plaine est ti-aversée du nord au sud, par les nombreux affluents de la Evirila, la Rokiana, la Dséroula, la Tchkharra, la Ehrmerdola, la Dsousa et la Boudja.

§ 9. La nouvelle route qui unit Timportante station de Evirila à Satchkhéri, longe continuellement les bords de la Evirila. Pendant les premiers kilomètres, elle est tracée dans des mélaphyres identiques à ceux de rOkriba et présentant des variétés amygdaloîdes ; à quatre kilomètres au-dessus de la jonction de la Evirila et de la Tchériméla, elle traverse une masse de porphyrite formée d'une pâte d'un gris-clair sur laquelle se détachent des cristaux blancs de plagioclase associés à des feuillets noirs de mica et à des cristaux plus rares d'amphibole ; après six kilomètres, elle entre dans les roches granitiques. La plus grande masse est formée d'un granit à grains moyens ; le feldspath orihoclase est de couleur jaunâtre; le quartz et le mica y sont en égale proportion. A quelque distance de là, le granit prend un grain plus fin; il est composé, en majeure partie, d'orthoclase et de mica vert clair; on y trouve peu de quartz et une faible proportion de mica noir; cette roche occupe pendant plusieurs kilomètres la vallée de la Evirila ; puis elle passe à une syénite granitoîde, à grains fins, composée de petits cristaux de feldspath rose, de quartz et d'amphibole, avec des cristaux disséminés de mica vert. Le granit présente, près de Boslévi, un passage au gneiss ; c'est une roche à gros grains, un peu schistoîde, formée de grands cristaux d'orthoclase et de quartz enveloppés de paillettes noires de biotite. Au-delà de ce village, à quelques kilomètres avant Skindori, la roche redevient massive et l'on trouve un beau granit à grains moyens, très quartzifère, avec des cristaux d'orthoclase de 10 à 15°"" ; le mica noir y est régulièrement disséminé et se détache nettement sur le fond blanc de la roche ; le mica blanc est rare et accompagne le mica noir.

Le granit disparait un peu plus au nord sous les couches de la craie dont les escarpements considérables dominent le cours de la rivière. Ce terrain est formé, d'un calcaire jaunâtre en bancs puissants et en couches presque horizontales ; un peu plus au nord, on trouve, audessous de lui, le calcaire urgonien compact qui passe à une dolomie grise ; les couches en sont très découpées, fissurées et creusées en cavernes. M. Abich attribue l'origine de cette dolomie à la modification qu'auraient subie les calcaires crétacés par suites des éruptions de

* Le Boubassement et rescalier de la station de poste de Simonéti, sont construits avec le grès tertiaire où les coquilles de Venu8 et de Cardium forment aussi une vraie lumachelle.

manganèse qni ont eu lien, snr le plateau de la rive droite de la Kvirila, à Tépoque miocène. C'est dans la partie la plus belle de cette gorge qu'a été élevé le monastère de Gvimi, dont plusieurs bâtiments sont construits dans les grottes mêmes ^.

Les couc)ies miocènes de l'étage sarmatique formées de calcaires, de grès et de marnes surmontent les escarpements crétacés. Sur la rive droite, les calcaires sont puissants; ils alternent avec des sables et des argiles, et on trouve au milieu d'eux un dépôt de manganèse terreux, qui a été décrit par M. Âbich '. L'argile prend presque subitement une couleur d'un brun foncé ; puis le terrain devient de plus en plus noir jusqu'en un point où l'on voit, à la surface du sol, des masses noires et fracturées, au contact desquelles le calcaire a été changé en marbre. Le minerai de manganèse est en masses irrégulières, en rognons et en grains fins ; il est formé d'un mélange de pyrolusite et de psilomélane et contient 76,8% d'hypéroxyde de manganèse pur; il renferme des géodes tapissées de cristaux de pyrolusite et présente sur les cassures fraîches un faible éclat métallique.

Le terrain tertiaire est limité au nord par la bande néocomienne qui passe à Mokhorotoubani. Bien que j'aie traversé cette région, je n'ai piï en faire une coupe complète ; je reproduis donc ici (Fig. 8) celle qu'en a donnée M. Âbich * :

Fig. 8.

KTlrUa

Mokhorotovbanl

A mesure qu'on remonte la Kvirila les escarpements qui la bordent deviennent moins élevés, la gorge moins profonde, et l'on sort des couches de la craie, dans le voisinage de Satchkhéri pour se trouver dans la formation miocène.

§ 10. Lorsqu'on gravit à quelques verstes au sud de Ovimi, la rive droite de la Kvirila, OD arrive sur un plateau très découpé, formé par les couches de la craie et ou s'élève l'antique église de Katzkhi. Non loin de Ih sur le bord de la Boudja, M. Abich a observé des

' Voyez Dubois, Voyage. Atlas, Série pittor., pi. 15.

* Mélanges physiques et chimiques. Acad. St-Pétersbourg. 1858, ni, 327.

' Loc. cit. Explication des signes : seh grés et schistes argileux, ne calcaire néocomien, d dolomie, cr calcaire de la craie, te tertiaire miocène, tmg tertiaire avec dépôt de manganèse terreux, m concrétions de manganèsOy e roche éruptive pyroxénique.

couches d*ooIite fenugineiiâe ^ dans lesquelles fl a recueilli plusieurs espèces d e téristiques du terrain jurassique supérieur:

Bh/nchonella triloboides Queust. Pentacrinus cingulatus SA an s t.

Bhynchonella strioplicata Quenst. Eugeniacrinus sp. «

Ce terrain, qui a une étendue très limitée est recouvert en discordance jp^mr l:i Au N. 0. de ce point, s*étend une grande éruption d'andésite pyroxénique cette roche, compacte, d'un gris Terdàtre, contient de petits cristaux brillan ts 'i qui renferment des gouttelettes liquides; on y reconnait aussi, au microscope^ de pyroxène, de la magnétite et un produit brunâtre de décomposition. Cette rocLe M. le professeur Zsabo, identique à Tandésite du jfatra en Hongrie, qu*il & doid En me dirigeant au nord, je suivis les couches de la craie (Fig. 9« cr.) 4

Fig. 9.

E«liM KreîU SotoaUko

Ëûblement Ters le sud, puis, passant successivement sur les têtes de couches de cet: tion, j'arrivai à Féglise de Khreîti, située sur un récif de calcaire urgonien /u/ en presque verticales ; la roche, identique à celle des environs de Koutaîs, porte à la beaucoup de traces de coquilles, petites caprotines, brachiopodes etc. ' Cette é%l\>^ un vallon profond dans lequel la Boudja prend sa source sous le nom de Khreîta. Le qui d^cend au fond de la vallée par une pente rapide, coupe une formation puissa:: de grès et de marnes compactes ou feuilletées dans lesquelles se trouve à 20 oq3' au-dessous de Téglise un petit banc de lignite (/) ; toutes ces couches plongent an s;: le terrain néocomien. Le fond de la vallée est occupé par des schistes mameoi et /'^ (sch) présentant en quelques points une voûte complète. L'autre côté du vallon offre U succession de couches ; elles sont encore plus puissamment développées et plongent •■ nord sous les grands escarpements de calcaire néocomien (u) du Sotsaliko, qui sc>ct '.. longement de ceux du Nakéral. Le vaUon de Ehréîti est donc formé par une voûié r :

' Aperçu de mes Tojaget en Traivcaucane, 1864.

' Dubois regardait oe« couches comme appartenant k la craie proprement dite. Voj^> ^

P ^eon easî x terrûn néocomien, , laissant voir au centre les schistes et les grès du terrain jurassique férieur. J*ai recueilli dans le calcaire urgonien du Sotsaliko un bon échantillon de la ^s cm^ii- i:aproiina Landsdaln^ et des moules de gastéropodes (Turbo^ Natica, Nerinea). ûoi >p. § 11. La chaîne crétacée tourne ici brusquement vers le nord, en présentant toujours

D &o::iî:gj38 têtes de couches du côté du S. et du S. E. La zone urgonienne de l'église de Khreïti ^û'i^jiîc rr":c® prolonge au contraire en une arête, dirigée de Test à l'ouest, et qui s'étend par Mokhoroî cniU3 -i^-oubani (Fig. 8) jusqu'au-delà de Satchkhéri (498") ; elle forme au nord de cette petite ville nssi. 2; rr- ^^ grand escarpement ^ dont les couches fortement redressées portent les ruines du château de :p:<::.i .c.-^ôdanakhé (663") *, puis elle s'abaisse et disparaît bientôt à l'est. y-^Tie. ::':; Au nord de cette bande calcaire, s'étend une vaste formation de schistes argileux et

criif :: .• sableux, de marnes et de roches élastiques, au milieu desquelles apparaissent en maints endroits des roches éruptives; une des masses les plus considérables est celle sur laquelle est construit le charmant monastère de Djroutchi ; au-delà de ce point sur la route du Kadcha, on trouve plusieurs éruptions d'un porphyre pyroxénique à pâte rouge&tre. Ces schistes sont ^. dominés à l'ouest et au nord par le prolongement de la chaîne du Sotsaliko ; ils sont limités

à l'est par les grandes éruptions de porphyre et de mélaphyre du Tagvéroula, du Syrkhlé- ■ ^^^ berta et du Péranga. Ils se prolongent au-delà de Satchkhéri et bordent à l'est le bassin tertiaire de la rive gauche de la Evirila. Les collines boisées qui s'étendent à l'est de Savani sont constituées par la partie supérieure de cette formation. Ce sont des grès puissants dont certaines couches sont compactes, tandis que d'autres, comme dans les environs de Tkvibouli, paraissent formées de gros rognons juxtaposés. Il y a dans ces collines de nombreux afiSeurements de lignite; j'en ai reconnu plusieurs couches de 0",20 à 0",40 d'épaisseur, à cinq kilomètres de Savani, au-dessus du village de Eto, où les grès alternent avec de vrais - - ' ~ conglomérats ; les habitants en retirent du jais.

- • - -- La partie inférieure de ces grès jurassiques apparaît plus au sud, dans la vallée de la

- '^- - " Dsiroula, entre le granit sur lequel elle repose à six kilomètres au N. de Béréouli, et l'érup- > ''- ' "'' tion de diabase du Lokhoni qui la limite au N. E. Ses couches schisteuses ont le même : - -- - caractère que celles de la partie centrale de l'Okriba. Elles sont traversées dans la vallée de ir 'i-* - la Dsiroula, par des porphyres pyroxéniques qui présentent, de même que ceux de la vallée : ' • - de la Djroutchoula et ceux de la rive droite du Rion, la plus grande ressemblance avec les : :- '^^ roches de même nom du Tyrol méridional ; de nombreux cristaux blancs d'oligodase et ■zj'. de grands cristaux de pyroxène d'un vert foncé, moins abondants que les précédents, se détachent nettement sur une pftte brune, compacte. Près de Béréouli, au bord de l'eau, se trouve aussi une éruption d'andésite amphibolique.

* Voyez Dubois, Voyage. Atlas, 8ér. pittor., pi. 16.

* Ce ch&tean est le berceau de la famille des princes Tséritelli dont Satchkhéri est encore anjonrd*hni la résidence. Les Tséritelli étaient les souverains du pays que je décris maintenant, qui portait le nom de Satsaretlo.

§ 12. La zone granitique qui commence près de Béréonli est dirigée d'abord du N. E. au S. 0., puis presque de Test à Touest et parcourue dans sa plus grande longueur par la vallée de la Dsiroula. Recouverte en partie par les formations crétacées et tertiaires, elle forme une chaîne, ou plutôt un plateau élevé, qui porte le nom de montagnes de Liki ou montagnes Mesques, et qui réunit le Caucase proprement dit au petit Caucase ou montagnes d'Akhalzik ; elle se prolonge au nord par les monts Péranga et Morekha qui aboutissent à la crête centrale du Caucase et constitue avec eux la ligne de partage des eaux du bassin de la Colchide ou du Bion et de celui de la Géorgie ou du Kour. Elle joue un rôle important dans la végétation et la climatologie du versant sud du Caucase, ainsi que dans Thistoire des peuples qui envahirent successivement ce pays, aux empires éphémères desquels elle servit souvent de limite.

La roche est généralement un granit normal, à grains moyens, avec cristaux également répartis d'orthoclase, de quartz et de mica vert, auxquels sont associés en proportions variables, Toligoclase et le mica noir. Au nord de Béréouli, le granit est d'un gris foncé ; le quartz y est beaucoup plus abondant que le feldspath et le mica vert foncé y forme de grandes paillettes. Plus au sud, à Makatoubani, c'est une roche à grains moyens dans laquelle les cristaux d'orthoclase et de quartz sont également disséminés ; l'oligoclase y est plus rare ; le mica noir y est abondant et prédomine sur le mica vert clair. Près de Eorbaouli, le granit se change* en un gneiss granitique à grains moyens, puis en un gneiss très quartzifère qui se rapproche du micaschiste. En plusieurs points, ces roches passent à une syénite granitique et à une véritable syénite. Mais, en général, le granit varie peu dans son apparence ; il se désagrège facilement et se transforme à la surface en un sable quartzeux et micacé ; il forme la vallée de la Dsiroula, jusqu'à deux kilomètres avant Nadobouri.

Des masses éruptives de mélaphyre et de porphyrite percent ici le granit et s'étendent jusqu^à Bachlébi; le mélaphyre est noir et renferme de petits feuillets de plagioclase longs de 1 à 2™™ ainsi que des cristaux d'olivine ; la porphyrite est formée d'une pâte verdâtre qui contient des cristaux de plagioclase ainsi que de l'amphibole, de la biotite et de la magnétite.

Le granit réapparaît, dans le fond de la vallée, au-delà de ces éruptions, et il est surmonté de calcaires néocomiens qui occupent sur la rive gauche de la rivière une grande étendue. Sur la rive droite, ils sont plus restreints et la région ondulée qui s'étend d'Oubisi à Makatoubani et à Tchéréouli est entièrement formée par le granit.

§ 13. Tout le plateau compris entre la chaîne granitique et la Evirila, est occupé par les terrains crétacés et tertiaires. Des calcaires de la craie puissants, de couleur jaunâtre à l'extérieur, mais blancs dans les cassures fraîches, fortement corrodés par les eaux, et toutà-fait semblables à ceux que j'ai observés près de Tchkhari, reposent en couches horizontales sur le granit sur la rive gauche de la Evirila, aux environs de SMndori, et sont recouverts par le terrain miocène ; ils s'étendent au sud jusque près de Tchéréouli. Ce plateau est traversé par des cours d'eau profondément encaissés qui ont, pour ainsi dire, découpé ce

pays 60 une série de compartiments. En avançant à Test, ce caractère tend toutefois à s'effacer par suite de la disparition des roches crétacées ; le terrain tertiaire qui recouvre cette formation et dont les couches inférieures sont difficiles à distinguer de celles de la craie, reposa eu effet directement sur le granit. Il est constitué par un calcaire à texture crayeuse jaunâtre, des couches de grès peu consistant, de sable, de marn<^ compacte ou feuilletée et par un calcaire luraachelle rempli de coquilles de VAstarte pulcheUa Baily. Les couches en sont horizontales ou légèrement onduleuses. Elles sont traversées à Pérévisa par deux éruptions de dolérite; cette roche est formée d'une pâte foncée, verdâtre, dans laquelle se trouvent beaucoup de cristaux de plagioclase, de pyroxène et d'olivine.

La jonction du granit et des couches tertiaires se voit à trois kilomètres de Korbaouli sur le chemin de Béréouli ; ces dernières commencent ici par des couches sableuses et non par des calcaires comme dans la partie occidentale du bassin. M. Abich en a donné la coupe suivante (Fig. 10) qu'il a prise à Bakhioti :

a. Couches sablo-calcaires, d*un jaune clair, remplies de petites astartes, de lucines, de cythérées, de venus.

b. Grès argileux, peu consistants.

c. Grès calcaires, jaunâtres, remplis de fossiles, Cardium protractum Eichw., Astarte pusïUu, restes de cétacés.

d. Couches grises, argilo-schisteuses, sans fossiles, assez puissantes, alternant avec des couches minces, calcaires, remplies de fossiles. Venus, Trochm^ Corbida, Sbfen, Dentalium, Serpida.

e. Mêmes couches que c.

/. Couches argileuses, rougeâtres, commençant par des bancs sableux et schisteux renfermant des fragments de coquilles ; elles forment la partie supérieure de cette série.

§ 14. Pour traverser les montagnes Mesques, qui séparent le bassin de la Mer Noire de celui de la Caspienne, la route de Tiflis remonte la vallée boisée de la Tchériméla, franchit le col de Souram, puis descend vers la petite ville de ce nom, située à l'entrée de la plaine. Peu au-delà de la station de poste de Kvirila, elle traverse une masse éruptive de mélaphyre et de porphyre pyroxénique, qui s'étend jusqu'à Charopani et se trouve au confluent de la Kvirila et de la Dsiroula. Je n'ai pas observé, sur le trajet actuel de la

route, les couches tertiaires que Dubois indique dans le voisinage de Cbaropani ; ce sont des argiles feuilletées et des mollasses avec des néritines, des mélanopsis, des cjclades, qui disparaissent à Touest sous les alluvions. Cette formation est la même que celle qui occupe les plaines de la rive droite de la Kvirila. Je l'ai trouvée à l'ouest du Rion à Martvili, et Dubois Ta reconnue, sur le bord méridional du bassin mingrélien, dans les environs de Bagdad ; elle occupait donc tout l'ancien golf^ de la Colchide, dont le centre est recouvert aujourd'hui par les alluvions. C'est probablement de la même localité que proviennent les fossiles suivants, signalés par M. Eichwald ^ :

Trochus Cardinm plicatam

Venus incrassata Cardinm trigonoides

Tellina (Donax) reflexa Cardinm obsoletum

Aneylns marginatas Serpola

Des grès et des calcaires jurassiques succèdent aux éruptions porphyriques. La partie inférieure, formée de grès argileux micacés dans lesquels on trouve des traces de lignite, est semblable aux grès de TOkriha et repose directement sur le granit ; elle est recouverte par les couches d'une oolite ferrugineuse que M. Âbich * regarde comme un excellent gisement de minerai de fer et dans laquelle ce savant naturaliste a recueilli à cinq kilomètres environ du confluent de la Dsiroula et de la Tchériméla, sur le bord de cette rivière :

Ammonites altemans v. Bnch Terebratnla lacnnosa 8chl.

Terebratula bisuffarcinata Scbl. Terebratnla sparsicosta Qnenst.

et des crinoïdes. Ces couches sont de même âge que celles des bords de la Boudja (§ 10) ; ce sont deux des rares localités où le terrain jurassique supérieur est reconnu sur le versant méridional de cette partie du Caucase.

Au delà des calcaires jurassiques, la route entre dans les terrains crétacés dont les escarpements forment un défilé pittoresque ; ils sont composés de calcaire urgonien et de grès vert surmonté des couches de la craie blanche. C'est dans cette dernière formation seulement que j'ai pu trouver des fossiles. En remontant d'une centaine de pas le ruissean qui aboutit à la station de Bélogor (251 "") ^ on recueille en abondance dans un escarpement de craie blanche un peu marneuse :

Ananchytes ovata Lam.

Inoceramns Cripsii Mant.

Inoceramns Cnvieri Lam.

^ Lethea rossica, III, 512.

' Aperçu de mes voyages en Transcancasie, 17.

• C'est peut-être ici qne M. Abich a trouvé les espèces suivantes, qu'il dit avoir recueillies entre Moliti et Charopani. (Vergleich. Grnndz., 497) : Ammonites Decheni Rœm., Scaphites omatns Rœm., Janira quinqoecostata d'Orb., Ostrea haliotidea Sow., 0. hippopodium Nils., 0. flabelliformis Nils., 0. snlcata Bluni. 0. vesicnlaris Lam., 0. carinata Lam.

Plus loin, les terrains sédimentaires sont interrompus par de nouvelles roches éruptiyes ; la ro]^te pénètre dans une gorge étroite, dominée par la haute forteresse de Tchkhéris-tsikhé. £lle traverse une grande éruption de mélaphyre compact, noir, dans lequel a percé une masse d^andésite ; la pâte de cette roche, d*un gris clair, se compose de feldspath, de pyroxène et de magnétite ; elle renferme des cristaux de plagioclase et Ton y voit au microscope de petits cristaux allongés de pyroxène et d'amphibole. On chemine au milieu de ces roches éruptives jusqu'au pont qui conduit sur la rive droite de la Tchériméla où apparaît le granit.

Les calcaires néocomiens se montrent de nouveau à Moliti (452") ; ils sont cristallins, ^ blancs, puissants, pétris d'huîtres et de* brachiopodes. M. Abich y signale : Bxnopcea iVevostii Desh., Férna Muleti Leym., Exogyra sinuata Leym., Terdyratvla sdla d'Orb., T. dedpiem Dub. Puis la route traverse des granits, des mélaphyres, des couches de calcaire néocomien et de grès vert. Dubois dit avoir recueilli, peu après Moliti, des céphalopodes déroulés. J'ai trouvé dans une marne sableuse, verdàtre, un peu feuilletée, entre le dixième et le onzième kilomètre de Moliti, plusieurs bons échantillons de

Ammonites Beudanti Brongn.

Belemnites roinimos List.

De nouvelles éruptions de mélaphyre apparaissent près du col ; le col lui-même (922") est dans des marnes et des calcaires blanchâtres de la craie ^ M. Abich ^ indique sur le prolongement de ces couches vers le nord, près du village de Ali, de nombreux fossiles des étages céuQmanien et sénonien :

Belemnitella macronata d'Orb. Ostrea haliotidea d'Orb.

Pecten Nilssoni Goldf. (orbicnlaris Nils). Pholadomya.

Janira quinquecostata d'Orb. Spondylus.

Ostrea carinata d'Orb. Inoceramns.

Ces couches reposent sur le granit tandis que, sur le versant ouest de ces montagnes, elles reposent sur le calcaire urgonien ou sur le grès vert; elles sont recouvertes de grès et de marnes tertiaires. Souram est sur le grès miocène ; la ruine qui domine le village est construite sur un rocher à pic de mollasse, resté comme un témoin des dénudations antérieures, et non, comme Ta dit Dubois, sur un récif de la craie, surgissant au milieu des couches tertiaires.

§ 15. C'est près d'ici que le Kour sort des montagnes d'Akhalzik '. Les collines tertiaires s'éloignent au nord, et la route est tracée jusqu'à Gori, dans une plaine presque unie, recouverte de lœss et de diluvium, qui domine le fleuve de 10 à 15 mètres et ne laisse

^ Dabois (Voyage, II, 354) signale en ce point des grypbées et la Ten^cUtda plieaHlis,

' Vergleich. Gmndzûge.

* A 655 mètres au-dessus du niveau de la mer.

voir que rarement la roche sous-jacente. Au delà de Bouisi, la route rejoint le bord du fleuve et traverse des mollasses alternant avec des marnes gypseuses. Le gypse se présente en zones plus ou moins allongées ou recouvre concentriquement de grands rognons argilosableux.

La rive droite du Eour est bordée par une série de collines miocènes, dont les couches plongent au nord et sont formées d'argiles feuilletées, de grès plus ou moins grossiers et d'argiles bigarrées et gypseuses K

Gori est situé sur les alluvions à quelques mètres au-dessus du niveau des eaux près de la jonction de la Liakhva et du Eour (447"). La ville est dominée par un rocher escarpé qui porte une ancienne forteresse et qui est formé de couches de grès et de conglomérat alternant avec des bancs plus rares de marnes feuilletées. Ce pic, aujourd'hui entièrement isolé, est sur le prolongement de la ch^ne de collines tertiaires, qui longe, plus à Test, la rive gauche du Kour. D'abord peu élevée» cette chaîne atteint eu s'éloignant de Gori, une hauteur de plus en plus grande ; elle est taillée presque à pic du côté sud, mais elle s'abaisse en pente douce vers le nord où elle est recouverte d'un diluvium épais. C'est dans ces collines, sur le bord du fleuve, à huit kilomètres de Gori, que se voit la ville crypte d'Ouplis-tsikhé, qui a été décrite par Dubois de Montpéreux. Cette chaîne, formée de même que le bassin de Satchkhéri, par les couches sarroatiques, présente quelques localités riches en fossiles ; M. Eichwald ^ a trouvé, près de Dségvi, à l'ouest de Mtskhet, non loin du confluent de l'Aragva et du Kour, les espèces suivantes :

Trochns podolicos Venus incrassata

Trochns Cordieranua Venus dissita

Trochus papilla Venus tricuspis

Paladina protracta Venus obliqua

Paludina nympha Cardium obsoletum

Faludina exigua Tellina reflexa

Paludina zonata Donax dentiger

Rissoa elongata Crassatella concinna?

Tomatella conspicua? Corbula dilatata

Buccinum dissitum Corbula ibera

Mactra podolica Nucnla Poli?

Mactra ponderosa

La route de poste qui suit la rive droite du Eour depuis Gori, s'éloigne pour quelque temps des bords du fleuve, qu'elle rejoint à Mtskhet (441"), la dernière station avant Tiflis. Ici, les couches miocènes qui bordent la rive gauche, plongent avec une inclinaison rapide vers le sud ; on les traverse entièrement lorsque, après avoir quitté la route de Tiflis et dépassé Mtskhet, on suit la route militaire qui remonte le cours de l'Aragva. On tra-

* Voyez Dubois, Voyage. Atlas V* sér., pi. 3 b., fig. 2.

* Lethea rossica.

averse alors, dans ane gorge étroite, une grande épaisseur de grès et de marnes plongieant an nord, puis on arrive, sur le versant nord de ces collines, à un diluvium de 25 à 30" de puissance, composé d'un sable fin jaunâtre et de cailloux aixoudis de petites dimensions (Fig. U).

Fig. 11.

Rorlnta Mtskliet

IkoU Kour

.te ^

gg^^^M^KS?^^i^y^:j^^:^^;^ jf ^ , Ml ^^//m\

Ksan «»• Aragva

seh c te a da d te d tu

La plaine formée de sable, d'argile et de cailloux roulés, qui borde au nord ces collines, est évidemment le fond «d'un ancien lac desséché, compris entre celles-ci et les pentes inférieures du Caucase proprement dit. Dubois a reconnu aux environs de Gori, sur le versant nord de cette même chaîne, une teri-asse diluvienne, à 13" environ au-dessus du niveau de la plaine. Il admet Tancienne existence d'une série de bassins réunis entre eux par les eaux du Kour qui les aurait traversés successivement, en suivant, à cette époque, le pied nord des collines au lieu du pied sud qu'il suit actuellement. Mais la hauteur du diluvium audessus des. bords de l'Âragva, semble indiquer qu'il n'y avait là qu'un seul bassin étendu, qui se rétrécissait de plus en plus de l'ouest à l'est.

§ 16. Le terrain diluvien est très puissant dans la vallée de l'Aragva et dans celle du Esan, et il recouvre jusqu'à une grande hauteur le terrain tertiaire. Dans la première, on trouve, jusque dans les environs de Douchet (eSP"), des conglomérats d'une épaisseur considérable, et suivant les observations de Dubois ^ ces dépôts se prolongent à l'est dans les vallées de la Jora et de l'Alazan. Ce savant géologue les regardait comme tertiaires et comme contemporains des mollasses qui constituent la chaîne de Gori à Mtskbet; toutefois cette opijiion ne me paraît pas admissible ; on les voit en plusieurs points reposer sur la mollasse, et ils sont évidemment contemporains des dépôts quaternaires qui occupent le versant nord de celte chaîne de collines.

Le Esan sort des montagnes à Esovrisi au milieu d'un diluvium épais (Fig. 11, d). Les cailloux roulés sont de grosseur variée ; beaucoup d'entre eux ont jusqu'à un ou deux pieds de diamètre, tandis que ceux du bord sud du bassin sont toujours très petits.

Près d^kota, une éruption d'anamésite (a) a traversé le terrain miocène; une seconde

* Bull. Soo. géol. de France, 1837, VIII, 383.

éruption de cette même roche occupe, à Tsircoli, les deux rives du fleuve. Un peu pks au nord, entre les villages de Eorinta et d'Alévi, le terrain tertiaire vient butler contre une zone de calcaires (c) très disloqués, dirigée de Test à Touest, au delà de laquelle commence une puissante formation schisteuse (sch), La largeur des calcaires est faible ; tout au plus, peut-on l'évaluer à une cinquantaine de mètres ; leur stratification est difficile à reconnaître ; la roche est tantôt compacte, tantôt cristalline, et rappelle le calcaire à caprotines de Eoutaîs ; certains bancs renferment de nombreuses traces de polypiers, de rudistes et de nérinées. Cette zone de calcaires bouleversés marque la place d'une ligne de fracture qui suit sur une grande longueur le versant méridional du Caucase et qui a déjà été signalée par M. Abich. Je n'ai pas vu ces calcaires plus à l'est, sur la route de Géorgie qui conduit de Vladicavcas à TiSis : les schistes, sur lesquels sont construits le village et la belle église d'Ânanour (712"), disparaissent à deux ou trois kilomètres plus au sud : leur contact avec les grès tertiaires qui leur succèdent est masqué ; il est probable toutefois que s'il y avait des calcaires de quelque puissance, au point de jonction, ils formeraient un relief plus ou moins proéminant.

Au-dessus de cette zone, la vallée du Ksan est entièrejnent occupée par des schistes noirfttres, argileux, sableux et calcaires. Ils renferment des bancs d'une roche compacte siliceuse de couleur claire, faisant peu d'effervescence avec les acides et des couches psammitiques. Ces schistes qui m'ont paru devoir être rapportés au terrain jurassique inférieur, plongent constamment vers le N.N.E., c'est-à-dire du côté du centre de la chaîne ; ils sont très contournés et présentent des plissements aigus, résultat d'une forte pression latérale, qui, en froissant les couches, les a en même temps renversées, de sorte que les plus jeunes sont constamment recouvertes par les plus anciennes (Fig. 11, sch). Ces roches sont dépourvues de fossiles ; je n'y ai trouvé aucune trace organique, sauf, en un point, une couche charbonneuse, avec quelques débris de plantes. Au-delà d'une ancienne forteresse Ossète, où la vallée fait brusquement un coude à l'ouest pour reprendre ensuite sa direction vers le nord, ces schistes sont remplacés par des schistes plus foncés et plus feuilletés qui ont un éclat soyeux et renferment moins d'intercalations calcaires.

Les roches de la vallée de l'Aragva présentent les mêmes caractères. Au terrain tertiaire succède une grande formation schisteuse constituée par des grès, des psammites, des marnes feuilletées, alternant avec des calcaires et dont les couclies très plissées plongent vers le nord avec des inclinaisons variables. A moitié chemin entre Ananour et Pasanaonr, ce terrain paraît changer de nature et l'on arrive à des schistes argileux, très probablement paléozoîques, qui forment avec les roches cristallines toute la partie centrale de la chaîne.

J'étais, à la fin de mai, dans le haut de la vallée du Ksan et je désirais passer par le plateau volcanique de Eély où cette rivière prend sa source, pour descendre de là dai^ la vallée de la Liakhva ; mais l'abondance de la neige avait rendu les chemins impraticables ; je dus me borner à voir de loin une grande coulée de lave trachytique qui descend de ce plateau dans la vallée du Ksan jusqu'à Bagani, et dont les escarpements abrupts sont couronnées par un grand

nombre de villages et de tours Ossètes. Je rebroussai chemin jusqu'à Monastiri d'oà, gravissant les pentes rapides de la vallée, je passai dans celle de la Médjouda par les villages de Sakoréti, de Boselta et de Eoloti.

§ 17. Les schistes de cette vallée, semblables à ceux des rives du Esan, sont aussi constamment inclinés vers le nord, sauf à Kvémo-Bécari, où, sur une petite distance, ils plongent au sud. Au sud de ce village, ils renferment, de même qu'aux environs de Korinta, de puissantes intercalations de grès et de calcaires plus ou moins siliceux (Fig. 12, sch).

Fig. 12.

Près de Goréti, la rivière traverse une zone peu épaisse de calcaires (cj redressés et contournés, formant un relief beaucoup plus prononcé que ceux d'Âlévi ; ce sont des calcaires cristallins et un calcaire compact bréchoîde entremêlé de couches un peu feuilletées; les couches se dirigent ici du S.E. au N.O. K Le dernier ravin que reçoit la Médjouda, du côté droit, avant d'arriver à la plaine présente un affleurement de couches tertiaires (te). C'est une marne bleue ou plutôt une argile bleuâtre, sableuse, renfermant de petits cailloux et de petites bivalves très délicates et presque toutes réduites en fragments. Elles sont recouvertes d'un conglomérat alternant avec un grès grossier; elles plongent au S.O. du c6té de la plaine et disparaissent sous les dépôts diluviens (d).

La faille dont j'ai déjà parlé se prolonge dans la vallée de la petite Liakhva (Malinka Liakhva) ; elle est indiquée, un peu au-dessus de Béloti, par une forte dislocation et un grand escarpement des schistes ; les calcaires couronnent les hauteurs à une certaine distance sur la rive droite de la rivière ; la direction de cette ligne de fracture me semble être ici presque du sud au nord. Béloti est encore sur les schistes qui disparaissent bientôt au delà sous un puissant conglomérat miocène auquel succèdent des grès tendres et des marnes.

§ 18. Tout le massif montagneux qui s'étend entre Yanati et Djava, et qui est limité au sud par la plaine de la Carthalinie ou du Kartli, est formé par le terrain miocène partiellement recouvert de puissants dépôts quaternaires. Des terrasses diluviennes bordent, à 30" au-de^suB du fond des vallées, les cours du Esan, de la Médjouda, de la petite et de la grande Liakhva. Djava même est construit sur le diluvium de la rive droite de la Liakhva au pied de grandes masses de roches éruptives.

^ Une petite faille, parallèle à la vallée, interrpmpt ici la régalante des couches, qai ne se correspondent pas d*an bord de la vallée à Taatre.

M. Âbich ^ a décrit trois cônes d'éruption qai se trouvent au nord de ce village ; le plus occidental, situé dans la vallée de Kimas, porte Téglise de Tchourvo * et les laves qu'il a épanchées ont rempli le fond de la vallée sur une longueur de 14 kilomètres. Cek du Mtavrangfaelos domine le village de Kimas; ses laves sombres et compactes, renfermam beaucoup de quartz et d'amandes de carbonate de chaux ont recouvert les couches miocène.' redressées de la vallée de la Liakhva qu'elles ont envahies sur une longueur de trois à quatit kilomètres ; celui du Gori-Djouari, formé d'une roche trachytique, terreuse, grise, contenaii: des cristaux disséminés de sanidine, se trouve sur la rive droite de la Liakhva. Une coul^ basaltique s'est épanchée près de là sur les couches tertiaires redressées ; sa roche, qui ressemble beaucoup, d'après M. Tschermak, au basalte de Détoumala en Tmnsylvanie, a une pâte compacte d'un gris foncé formée de plagioclase, de pyroxène et de magnétite sur laquelle se détache nettement de l'olivine blanche. J'ai trouvé encore sur le bord de la Liakhva, au nord de Djava, des mélaphyres qui présentent une belle structure porphyrique. La pâte compacte, brune, renferme des cristaux verdâtres de plagioclase et des géodes de carbonate de chaux ; d'autres échantillons, pris sur la rive gauche de la rivière, présentent de grandes lamelles de plagioclase et de petits cristaux de pyroxène dans une pâte duo vert foncé.

La vallée de Kimas est sur le prolongement de la ligne de fracture qui longe le versant sud du Caucase et M. Abich a signalé, dans sa partie supérieure, une zôue de calcaire identique à celui d'Âlévi, au contact des schistes et de la mollasse.

Au delà des grès et des marnes tertiaires qui se voient à l'entrée de cette va'lée, celJe de la Liakhva est constituée en entier par des schistes semblables à ceux de la vallée du Ksan ; ils plongent également vers le N.N.E. et présentent les mêmes plissements aigus. Dans la partie supérieure de la vallée, de même que dans celle du Ksan, ils sont feuilletés. parfois même ardoisiers et renferment de nombreux filons de quartz ; on ne trouve plus là les plis aigus, mais un plongement régulier des couches vers le nord. Ils appartiennent très probablement à une formation paléozoîque tandis que ceux de la partie iuférieure de la même vallée doivent être rapportés au terrain jurassique inférieur. Une puissante codée de lave trachytique descendant du plateau volcanique de Kély, a rempli tout le haut de la vallée et se termine à Kanikantkari ; cette coulée, qui a plusieurs centaines de pieds de puissance est large de plus de quatre kilomètres près d'Eriraani, et présente au-dessus de ce village sur le chemin de Kély, une série de gradins très imposants. Elle est formée d'une andésite pyroxénique, tantôt poreuse, tantôt compacte ; près d'Idisi, la pâte en est poreuse. sémi-vitreuse et contient des cristaux de plagioclase. Je dus renoncer encore à pénétrer

* Aperçu de mes voyages en Transcaucasie.

* Probablement Tchriva.

sur le plateau de Kély à cause des grandes masses de ueige fondante. La pluie que je recevais sans interruption, rendit mon retour d^Erimani à Djava très difficile dans cette vallée étroite dans laquelle le chemin avait été en plusieurs points emporté par la rivière.

§ 19. La Liakhva reçoit du côté droit un afQuent considérable, la Natza, à cinq kilomètres au sud de Djava; le triangle formé par ces deux rivières entre Djava et Eotanta est entièrement occupé par les couches miocènes de Tétage sarmatique, qui s^élèvent jusqu'à 1550" et plongent constamment au N.E. ; elles sont formées de grès tendres, puissants, alternant à leur base avec des marnes bigarrées et contenant dans leur partie supérieure, des conglomérats et des couches riches en fossiles; j*y ai recueilli en abondance

Cftrdiam obsoletam Eichw.

Tapes greg&ria Parisch.

Près de Eotanta, des couches de grès compact de couleur brun&tre, sont remplis de Gar^ dium Beaumontianum d*Orb. La Eéchelta forme, au nord de ce village, la limite septentrionale du terrain miocène ; on trouve, sur sa rive droite, des calcaires jurassiques auxquels saccèdent des schistes marneux et des grès semblables à ceux que j*ai observés dans rOkriba.

La chaîne de collines au pied de laquelle est construit Erzo et qui borde au nord la petite plaine et le lac de ce nom, m*a paru appartenir à la même formation, c'est-à-dire au terrain jurassique inférieur qui est traversé près de là par une éruption de mélaphyre. Le lac d'Ërzo (1710"), qui n'a guère plus d'un kilomètre de longueur et qm donne naissance à une des sources de la Evirila est en grande partie encaissé dans des calcaires durs, compacts ou semi-cristallins, blancs, contenant des traces de coraux et de nérinées et qui sont probablement urgoniens (Fig. 13, a) ; les couches en sont redressées de diverses manières et

Pig. 13,

on les voit plonger en discordance sous les grès jurassiques (b) sur le chemin de Samtoréti.

§ 20. Une seconde source de bt Evirila sort du pied nord du Syrkh-Léberta et

traverse la petite plaine de Tsona (1714"); celle-ci a un kilomètre de large environ, sur

3 kilomètres de longueur; elle est limitée au sud par des schistes et des grès (Fig. 14, a) du

Syrkh-Lôberta

Fig. 14.

Kvirila

Tsooa

terrain jurassique inférieur qui s^appuient contre la haute masse porpbyrique (P) du Syrkh- Léberta; les schistes renferment au pied de cette montagne une couche bitumineuse (h). Le bourg de Tsona est construit, au nord de la plaine d'aUuvions (c)^ sur des grès du même âge (a) qui plongent vers le nord et sont recouverts eux-mêmes en discordance de stratificatioU) par une puissante masse de calcaires blancs (d) en couches presque horizontales, semblables à ceux qui bordent le lac d*Erzo. Le Syrkh-Léberta est formé par une grande éruption de mélaphyre qui a une ressemblance frappante avec celui du Tyrol méridional; de nombreux cristaux de plagioclase et de rares cristaux de pyroxène, y sont disséminés dans une pâte verdâtre; on trouve aussi dans la même montagne des mélaphyres amygdaloîdes avec des géodes de carbonate de chaux.

A Test de Tsona, s'élève le mont Tchikhata qui domine au sud la plaine et le lac d'Erzo ; il est formé de grée jurassiques dans lesquels j'ai trouvé en plusieurs points des traces de plantée et même quelques veines de lignite et qui sont recouverts de calcaires urgoniens. Toute cette région qui est très boisée est d'une étude difficile ; on n'y trouve, pour ainsi dire, pas d'indications paléontologiques et les terrains y. sont fort bouleversés. La pluie qui ne cessait de tomber depuis mon départ de Tiflis compliquait aussi mes excursions. La route de Tsona à, Satchkhéri conduit d'abord au pied de Syrkh-Léberta, à travers les grès jurassiques ; plus loin, s'élevant rapidement, elle traverse les calcaires néocomiens qui font de nombreuses ondulations et plongent tantôt vers*. le nord, tantôt vers le sud; elle rentre ensuite dans les grès jurassiques et les porphyres ; puis elle s'éloigne pendant quelque temps des rives de la Evirila qui coule au milieu des roches éruptives jusqu'aux villages de Tchala (SIS") et de Spéti, dans les environs de Satchkhéri, où elle quitte ces roches pour entrer dans le bassin tertiaire. Le massif du Syrkh-Léberta se prolonge à l'ouest par le Mont Tagvéroula \

Ml 7 a, à Tédéléti, aa S.O. du Syrkh-Léberta, d'après M. Bayern de Tiflis, une source d*oiokérite.

La chaîne crétacée qui domine le village de Tsona se continue vers TO.N.O. ; elle est traversée par la Djedjora au village de Tchasavali ; elle forme ensuite la partie supérieure du mont Yiliouanta (Fig. 15, d) ^, dont la base est constituée par des marnes schisteuses et

Pig. 15.

des grès (h) traversés par des éruptions de porphyre pyroxénique (a). Les mines de fer de Tsédisi, décrites en premier lieu par Dubois, puis par M. Abich, se trouvent au point de contact entre les calcaires crétacés et les roches sous-jacentes. Le minerai de fer, composé de fer oxydé rouge et de fer oligiste, s'exploite dans une profonde caverne (c)y au milieu des blocs tombés de la voûte. •

One région de schistes semblables à ceux qui forment les parties supérieures des vallées du Esan et de la Liakhva, s'étend jusqu'à la crête de la chaîne, au N.E. de ces montagnes. Ce pays, que je n'ai pas visité, se nomme le Eoudaro ; il est parcouru par les eaux qui descendent des monts Sikari et Ebalatsa. Un cône trachytique s^élève au milieu des schistes argileux entre les villages de Eobiet et de Eista.

§ 21. Le Lethkhoum occupe une grande partie du bassin du Tskhénis-tskhali et une portion de celui du Bien. Je commencerai sa description par celle de la montagne du Ehvamli (1997°*), située entre ces deux cours d'eau et qui forme le prolongement occidental de la chaîne du Nakéral. Les couches de cette montagne, déjà connue par les travaux de H. Abich, plongent régulièrement vers le nord avec une inclinaison d'environ 20^ (Fig. 16). Le somniet est formé d'une masse puissante de calcaire dolomitique urgonien (u) dont l'escarpement vertical domine, du côté du sud, les schistes argilo-sableux et les roches éruptives de l'Okriba. Ce calcaire est identique à celui du Nakéral et du Sotsalikô. Le Bien

* Cette figure est tirée de: Abich, Vergleich* Grands., 423.

Fig. 16.

Khyamll

Nakoraleehi

OrMIl

iÉfe^

le traverse dans une gorge profonde. Les fossiles y sont rares et mal conservés. M. Abich 7 a signalé la Caiproimoi ammonia; j'y ai recueilli quelques fragments de bélemnites. En descendant vers le nord, on arrive à un ravin creusé dans des marnes grises, un peu feuilletées, qui affleurent sur le bord du Bien au-dessous de Lakhéna, et sont recouvertes parles calcaires de la craie (cr) riches en rognons de silex ; j'y ai recueilli un excellent échantillon de Ylnoceramus Cripsii et d'autres fragments d'inocérames.

Aux couches de la craie succèdent entre Agvi et Nakoraleehi (1053*), des calcaires nummulitiques (nu)^ marneux, jaunâtres, qui, reposant en stratification concordante sur la craie, sont recouverts par le terrain miocène (mi). M. Abich ^ y a signalé:

Nommalites Morchisoni Bnmn.

Nommolites Biaritzana d^Arch.

Orbitolites disons Batixn.

Le terrain sarmatique présente ici une grande puissance ; il est formé de marnes bigarrées et de grès plus ou moins grossiers et occupe le vaste espace compris entre Nakoraleehi et Mouri ; il s'étend à l'ouest du Tskhénis-tskhali, et communique à l'est par une bande étroite avec le bassin du Badcha. Il recouvre les couches nummulitiques et crétacées; toutefois les premières n'ont qu'un développement tout-à-fait local et, sauf au Ehvamli, c'est généralement sur les dernières qu'on le voit reposer. La route de Liaflachi à Mouri le parcourt sur une grande étendue et j'y ai trouvé, soit près d'Orbéli, soit près de Mouri, les

espèces suivantes qui y sont très abondantes :

Bnccinum VerneuîUi d*Orb. Cardimn Demidof&i BaUy

Trochns Podolicus Eichw. Gardium sp.

Trocbos Lygonii Bast. Mactra Podolica Eichw.

Modiola marginata Eichw. Tapes gregaria Partsch. '

Cardinm obsoletum Eichw. Syndosmja sannatica Fnchs noY. sp.

Le village de Mouri est dominé par un escarpement de calcaires crétacés en couches presque verticales, sur lequel est construite l'antique résidence des Dadian, et que le Tskhé-

* Vergleich. Grands., p. 467.

nis-tskhali traverse dans une gorge profonde. Cet escarpement est formé des calcaires à silex de la craie et des calcaires compacts du terrain néocomien. Le terrain nummulitiqne ne se voit pas en ce point, mais il se trouve sur le prolongement de ces couches dans le voisinage d'Orbéli (Fig. 16). H. Abich y signale les fossiles suivantes:

Nnmmnlites Murchisoni Brun. Orbitolites patellaris Bntim.

NammnliteB Bamondi Defr. Orbitolites Fortisii d^Aich.

Nominiilites intermedia d^Aich. Orbitolites. sella d^Aich.

Orbitolites papyracea d'Arch. Cancer Desmarestii Munst. *

On trouve au delà des calcaires crétacés de Mouri et d'Orbéli une puissante formation de grès et de marnes traversés par des roches éruptives (P. sch).

§ 22. Au nord de Lakhéna, le lit du Bion est creusé dans les calcaires de la craie qui, plongeant d*abord rapidement vers le nord, deviennent ensuite horizontaux, puis se relèvent vers le nord et dominent souvent d*une hauteur considérable les bords du fleuve. Celui-ci les traverse perpendiculairement, tandis que, plus haut, il coule parallèlement à la direction de leurs couches. Au delà du confluent du Bion et de la Lidjanoura, près du monastère d'Oudabno, les couches de la craie, découpées par des érosions, forment des pyramides, des rochers abrupts, qui rappellent les ruines d'une gigantesque forteresse. Dubois de Montr péreux a donné une coupe détaillée des assises de la craie en ce point; elles se composent d'une alternance de marne bleuâtre et de calcaire compact blanc, en couches plus ou moins épaisses, dans lequel il a recueilli la Terébratula camea Sow. et la Disc.idea maodma Ag. La vallée de la Lidjanoura traverse dans une partie de leur épaisseur les couches crétacées dans lesquelles elle est profondément encaissée ; à quelques kilomètres au nord du Bion, on y voit une voûte complète du terrain urgonien (Fig. 17, a, 18 u). Les bancs de calcaire com-

Pig. 17.

dj c I *> *j *"^^* Ll^anoura

pact, blanc dans les cassures fraîches, d'un gris foncé à l'extérieur, alternent avec des bancs dolomitiques poreux ou celluleux. Sur ces dolomies reposent des marnes grises peu épaisses (h')^ des calcaires blancs et gris en bancs minces (h) et une puissante masse de calcaire (c)^

* Le mAme auteur signale enoore une huître voisine de VOstrea vesieuhria et plusieurs espèces de Térébratules parmi lesquelles les T. semgkbasa et eamea qui appartiennent à la craie, et une Terd)ratula très voisine, dit-il, de la T, numimioZis ; il fait remarquer Tanalogie de ces couches avec celles du Kressenberg.

gria clair, compact, contenant des rognons de silex, recouvert de calcaire d'an gris mat, à snre conchoîdale, en bancs de 0'°,30 à O'SO d'épaissenr; à ces couches qui appartiennent à la craie, succède sur le chemin de Lif^lachi, une paissante série de marnes et de grès miocènes (Flg. 18, mi). Plus loin, le chemin gravit un escarpement rapide de calcaires créta<^

Pig. 18.

Saîermi Bion

Lianaehl

ne tft er P $eh

sur lequel se trouve la petite ville de LiaUachi, le chef-lieu du Letchkhoum. La vallée s'élargit bientôt au delà de Saîermi et, tandis que les roches crétacées accompagnent encore pendant quelque temps la rive gauche du Rion, elles s'en éloignent sur la rive droite et sont remplacées par les grès et les marnes de l'étage sarmatique sur lesquels est construit le village de Tchvichi.

§ 23. Les terrains crétacés, et particulièrement la formation néocomienne, constituent la majeure partie du Radcha au sud du Bion. Les couches urgoniennes de la chaîne du Nakéral (PL I, fig. 1, u) plongent en pente douce vers Ehotévi, Nikortsminda et la vallée de la Tchéraoula \ puis elles se relèvent et forment une voûte qui s'abaisse du côté du Bion où elles sont recouvertes par les couches de la craie qui plongent elles-mêmes sous le terrain tertiaire (mi). En montant du fond de la vallée à l'église de Nikorstminda, on trouve des grès marneux supérieurs au terrain urgonien qui m'ont paru appartenir soit au terrain aptien soit au gault '. Les grès tendres, puissants, qui sont entre Nikortsminda et Ehotévi et dans lesquels la Ehotéva prend sa source, appartiennent sans doute au même horizon. Khotévi lui-même est contruit en grande partie sur la craie dont, les couches minces, abondantes en rognons de silex, plongent sous le terrain miocène, sans en être séparées par les couches nummulitiques.

^ Cette rivière qai prend sa soarce sur les pentes da Nakéral sons le nom de Chaonri, se perd pendant trois kilomètres an sud de Nikortsminda. Il y a an nord de ce TiUage dans le calcaire urgonien, une grande cayeme qui contient de la glace pendant tout Tété ; les habitants du pays disent que cette glace disparaît en hiver.

* M. Abich les a regardé comme néocomiens. Vergleich. Grandz., 495.

Les couches sarmatiqaes, pen développées sur la rive gauche du Bien, s'étendent d*une manière plus régulière sur la rive droite où elles sont limitées au nord par des couches crétacéeS) contre lesquelles elles plongent (PL I, fig. 1, mi) Elles sont formées de marnes tantôt compactes, tantôt feuilletées et de grès dont les bancs qui ont quelquefois jusqu'à un mètre d'épaisseur sont exploités pour la construction dans les environs de Sadméli. J'y ai trouvé près de ce village plusieurs espèces caractéristiques:

Cardinm obsoletum Eichw.

Mactra Podolica Eichw.

Tapes gregaria Eichw.

Les couches de tout ce bassin tertiaire sont fortement plissées et plongent en général vers le N.O., quelquefois aussi au S.E. ; une profonde dénudation du sol me permit de voir, dans un ravin entre Sadméli et Tola, ces couches qui plongeaient au nord décrire un quart de cercle presque complet pour reprendre le plongement vers le sud. Près de Tembouchure de la Ehotéva, sur les bords du Rion, elles sont presque verticales. M. Abich a recueilli dans ces couches les fossiles suivants au pied du uiont Kouapkaro qui, constitué par les calcaires crétacés, forme un promontoire sur la rive gauche du fleuve :

Trochus Podolicus Eichw.

Trochns papilla Eichw.

Cerithium ruhiginosum Eichw.

Le terrain tertiaire s'étend ainsi de l'est à l'ouest, dans le Badcha entre Tchvichi et Ehimtchi et s'avance même un peu au delà de ce dernier village. Ce bassin est bordé an nord par une chaîne crétacée qui forme la continuation de celle que j'ai signalée entre Orbéli et Mouri. Les affluents de la rive droite du Bien et ce fleuve lui-même la traversent dans des gorges profondes. Les bords de la rivière d'Aski qui aboutit au Rion entre Tola et Joska et qui sépare le Badcha du Letchkhoum, en présentent une coupe intéressante (Fig. 19). Les couches sarmatiques Cmi)y inclinées au nord, viennent butter contre

Pig. 19.

aion

Court de l'Aakt

les calcaires de la craie (cr)^ qui sont presque verticaux, mais qui plongent faiblement dans la même direction. Ces calcaires, riches en rognons de silex, se redressent de plus en plus,

pois s'inclinent peu à pen an sud ; ils reposent snr les calcaires argoniwis (u) dans lesquels j*ai trouvé la TerebrahUa Dutefnpleana d*Orb. Ces roches recouvrent elles-mêmes en stratification discordante des grès et des schistes (ach) du terrain jurassique inférieur, booleversés par des éruptions de roches pjroxéniques.

§ 28. Le défilé que le Tskhénis-tskhali traverse entre Lentékhi et Mouri (PL I, fig. 2) est formé en entier, au delà des calcaires crétacés de Mouri, par des schistes tendres fenilletés alternant avec des bancs de grès durs, compacts, d^épaisseur variable, ou avec des couches psammitiques micacées. La surface des couches de grès est parfois colorée par de Toxyde de fer; elle présente des dépressions arrondies ou ovales, dans lesquelles on trouye souvent en place des fragments de schistes ardoisière roulés qui proviennent des schistes argileux situés plus près du centre de la chaîne. Bien que j'aie traversé ces roches dans diyerses directions, je ne suis pas parvenu à y trouver d'autres traces organiques que des restes de plantes ; une surface de grès est recouverte à Tcholour, de grandes tiges silicifiées, semblables à celles que j'ai trouvées sur le bord du Rion près de Koutals; ailleurs, des couches psammitiques tendres offrent de nombreuses traces charbonneuses et des débris de tiges et de feuilles. M. Âbich ' a vu de belles impressions de plantes sur le Sakéri, montagne qui domine la rive droite du Tskhénis-tskhali.

Les couches plongent presque continuellement vers le N.NJ!., avec des inclinaisons diverses; elles sont froissées de manière à former une quantité de plis à angles aigus, et renversées de sorte que les couches plus jeunes plongent sous les couches plus anciennes . et qu'en avançant vers le centre de la chaîne, on pénètre de plus en plus dans ces dernières.

Cette puissante formation qui paraît être du même ftge que les grès de l'Okriba, est traversée comme eux par de nombreuses roches éruptives ; la première que l'on rencontre audessus de Mouri, est un porphyre pyroxénique, amygdalolde, renfermant de gros cristaux de pyroxène et des cristaux blancs d'oligoclase ; cette roche a, comme celle que j'ai trouvée sur la rive droite du Rion (§ 5), une frappante ressemblance avec le porphyre pyroxénique du Tyrol méridional ; quelques kilomètres plus loin, on trouve des éruptions de mélaphyres ; tantôt la roche est formée d'une pftte d'un brun rougefttre sur laquelle se détachent des cristaux blancs d'oligoclase, tantôt la pftte manque presque entièrement et la roche, de couleur claire, est riche en cristaux d'oligoclase, de pyroxène, de magnétite et d*apatite. Plus loin, je trouvai encore une éruption d'un porphyre quartzifère, riche en cristaux de quartz, d'orthoclase, d'oligoclase et d'amphibole. Les éruptions de ces roches paraissent avoir été en partie contemporaines du dépôt des schistes. EUes forment avec eux une chaîne élevée, dirigée de l'est à l'ouest et dont les principales sommités sont le Tchitkaron-mta, le Sakéri, l'Ohmiach et l'Onrou-

* Ap«rça de met voyages en TraBscaocssie* 40.

lach qui domine la rive ganche de Tlngour. Les grès et les psammites se prolongent à l^ouest jusqu'au bord de ce fleuve et se font partout remarquer par des traces de lignite et la présence de restes de plantes arborescentes ^ Après avoir traversé cette chaîne j'arrivai anx environs de Larach et de Lentékhi (725"*), dans une formation de schistes argileux et ardoisiers d'époque plus ancienne.

§ 25. La Souanétie occupe le haut des vallées de Tlngour et du Tskhénis-tskhali. Ces deux vallées sont séparées dans leur partie supérieure par une chaîne élevée qui se détache de la crête centrale près du Pasimta, forme successivement les cimes du Eouroulach, du Da* diach, du Latpari, du Qour, du Lasoul, du Lakouri et présente plusieurs cols praticables. C'est par celui du Latpari que je pénétrai de la Souanétie des Dadian qui occupe la vallée du Tskhénis-tskhali dans la Souanétie libre ou Haute-Souanétie qui est située au pied même de la chaîne centrale. Au-dessus de Lentékhi, la vallée du Tskhénis-tskhali est creusée dans une formation de schistes argileux feuilletés d'un gris foncé presque noir; certaines couches sont tendres et se délitent facilement, d'autres sont presque ardoisières, d'autres se brisent en fragments longitudinaux ; les couches plongent vers le N.N.E. Le Latpari est entièrement formé de ces schistes qui se divisent souvent en grandes plaques. A mi-hauteur de la montagne, on trouve au milieu d'eux des schistes irrisés, dont les feuillets minces et durs sont parsemés de petites granulations de 1°^ de diamètre, formées par des cristaux de pyrite de fer. Près du col, les schistes se redressent de plus en plus et deviennent verticaux. Sur le versant nord, ils plongent au contraire régulièrement contre la montagne avec une inclinaison, qui, partant de la verticale, devient de plus en plus prononcée. C'est là un excellent exemple de la structure en éventail, structure qui s'étend à toute la longueur de cette chaîne (Pig. 21 et PI. I, fig. 1).

Au moment où j'approchai du col, un violent orage éclata; de temps à autre, une éclaircie se faisait sur quelque point de l'horizon et me montrait pendant quelques instants, soit la gigantesque pyramide du Tetnould, avec son cortège de glaciers, soit les deux cimes de l'Ouchba dont les arêtes aiguës dominent toute la Souanétie ; ces montagnes dont je n'apercevais que la partie supérieure grandissaient encore, supportées sur cette base de nuages et à peine avais-je le temps d'en admirer les formes imposantes, qu'une nouvelle rafale les recouvrait de nuages et les dérobait à mes yeux. A mes pieds, j'apercevais par moments le fond sombre de la vallée, formé d'une roche aride ou recouvert de bois et parcouru par des torrents impétueux ; à ma gauche, la prolongation de la chaîne même où je me trouvais et qui, découpée par de profonds ravins, formait une série d'arêtes parallèles s'abaissant vers les bords de l'Ingour où Ton discernait des.trorteresses blanches, garnies de tours et de murailles crénelées.

' Abich, Aperça de mes voyages ^ Transcftacasie, 22.

En deaoendaiit sur le premier village, je via à 200~ eaviron aa-dessns da flenve des blocs erratiques et du terrain glaciaire ; c'étaient les premiers dép&ts de ce genre bien accusés que je constatais sur le versant méridional dn Caucase.

§ 26. La chaîne centrale forme au nord de la Souanétie une muraille de roches, de neige et de glace dans laquelle aucun passage n'est inférieur à 3000 mètres. Lcb dînes principales en sont, de l'ouest k l'est, le Tsalmag, rOuchba, le Gvalda, le Tetnould, l'Adich, et le Namquam. Toute cette chaîne est constituée par des roches granitiques dont les diverses variétés ont une grande ressemblance avec celtes des Alpes. La plupart des blocs erratiques de la Souanétie sont formés de granit et cette roche compose aussi la majeure partie des cailloux roulés des torrents qni descendent de la ch^e centrale.

L'Ouchba (Fig. 20) est en partie formé d'un granit à grain fin dont les cristaaz n'ont

Fig. 20.

pas plus de 2""° de longueur ; le feldspath de couleur jann&tre et le qnaitz y sont également répandus ; le mica noir est disséminé en fines paillettes dans toute la masse ; la moscovite répandue en plus grandes lamelles de couleur claire donne à l'ensemble une teinte verd&tre. On trouve, dans la même montagne, un granit à grain un peu pins gros, quoique toujours fin; le feldspath et le quartz y sont en propoi-tions égales et forment un fond d'une couleur blanche un peu rosée, sur lequel se détachent les paillettes noires également disséminées du mica. Ce granit présente diverses variétés qui se rapprochent soit du gneiss, soit de la syénite, mais qui sont toujours caractérisées par la finesse de leur grain ; L'une est m

gneiss granitique ; une autre un gneiss syénitique très élégant, composé d*orthocIase jaunâtre, de mica noir très abondant, de mica vert plus rare et d'amphibole; le quartz y est rare. Cette roche passe à un vrai gneiss à grain fin, formé de cristaux de feldspath et de quartz avec une proportion moins forte d'amphibole et peu de mica. On trouve au pied de cette inH)ntagne un micaschiste à grain fin et un schiste chloriteux.

Lie 8 roches les plus abondantes charriées par le glacier de Mestia et qui proviennent de la chaîne centrale, sont : un granit gneissique ; une syénite à grain fin composée de feldspath et d* amphibole avec quelques paillettes de mica disséminées; une pegmatite à gros éléments de quartz et de mica vert clair ; ce dernier forme des lamelles qui ont jusqu'à 0°',06 de longueur ; une granitelle à gros grain composée de feldspath rose et de quartz parfois disséminé, parfois en veines; le mica noir y manque entièrement, le mica vert y est rare.

Au sud de la zone granitique, se trouvent des schistes cristallins, gneiss et micaschistes, qui paraissent plonger sous le granit et qui forment une bande étroite le long des flancs de la chaîne centrale. C'est dans cette zone que se développent surtout les glaciers du versant méridional (Fig. 21, 22, 24 et 25).

§ 27. Des schistes argileux succèdent au sud aux schistes cristallins sous lesquels ils plong^ent. Il y a donc eu là un renversement général de toutes ces formations, par suite d'une faille, d'un affaissement ou d'un refoulement latéral qui a eu sur l'orographie du versant méridional du Caucase une grande influence. La disposition des couches des schistes en Souanétie est la suivante : l'Ingour longe le bord sud de la vallée jusqu'au delà de Lakhmould (OTS") et coule au pied de la chaîne du Latpari dont les couches plongent vers le sud ; sur la rive droite de l'Ingour, les schistes plongent presque partout vers le nord. Le lit du fleuve est donc creusé dans un pli anticlinal des schistes argileux (Fig. 21). Les nombreux

Fig. 21.

Tskhénis-tskhmli

EiAfcparl Ingoar Kaldé

Adioh

Sehistet arfrilenx

Schistes erlstalUns Gnuilt

affluents de la rive droite de Tlngoor, qui descendent des flancs de la chaîne principale, prennent une direction soit oblique, soit parallèle à ce fleuve, avant de se réunir à lui. Dans la partie supérieure de son cours jusqu'au point où il reçoit Taffluent de la vallée d*Adich, les couches plongent régulièrement vers le nord, des bords du fleuve jusque vers la chaîne centrale (Pig. 21) ; mais la montagne qui sépare llngour du Tchalakhi, présente un pli synclinal des schistes qui reprennent au delà du cours de cet affluent, dans la vallée de Moulakh et de Mestia, le ploogement vers le nord (Fig. 22). Ces grands plissements sont

Fig. 22.

Cbmîne da Latparl Ingoor TohaUkhi Glacier dn Toïber

Bchittei argilenz qoartsite mioasohistet Granit

donc très différents de ceux des schistes des chaînes plus extérieures qui présentaient une série de froissements parallèles et aigus.

Ces schistes argileux ont déjà été décrits par M. Âbich ^ Us sont d'un gris foncé sonvent presque noir ; leur aspect est ordinairement soyeux ou luisant, quelquefois terreux et mat ; ils sont feuilletés ; souvent ils deviennent durs, ardoisiers et se délitent en grandes plaques. Ds contiennent quelques intercalations de schistes calcarifères d^une couleur un peu plus claire et de couches psammitiques en bancs minces, surtout dans les vallées d^Âdich et de Kaldé. M. Abich dit avoir trouvé dans la première de ces vallées des restes organiques malheureusement indéterminables. Ils sont assez riches en pyrite de fer et sont pénétrés en tous sens de nombreux filons de quartz d'un blanc laiteux dont la grosseur varie de quelques centimètres à un mètre d'épaisseur. Lorsqu'on va de Moujal aux glaciers du Zanner et du Tuïber dont Tun descend des flancs du Tetnould, l'autre des monts Gvalda, on voit ces schistes plonger avec une inclinaison de 20 à 30 degrés sous de puissantes couches de quartzite, recouvertes elles-mêmes de micaschistes. Ces schistes sont très pauvres en fossiles et bien que je les aie parcourus pendant plusieurs semaines, je n'y ai recueilli que quelques échantillons d'un fiicoîde appartenant au genre Bythrotrephis (Fig. 23) qui est, jusqu'à

^ Aperçu de mes voyages en Transcaucasie.

Fig 23

anjonrd'boi, an genre essentiellement paléozoîque. Ce fait, aussi bien qne la nature même de ces schistes, m'a engi^é à les rapporter à une époque beaucoup plus ancienne que le terrain liasique auquel M, Abich les attribue.

g 28. La Souanétie est la région du versant méridional du Caucase dans laquelle le terrain glaciaire prébente le plus grand développement; cependant, bien qne cette vallée borde la partie la plus hante de la chaîne, les dépôts glaciaires paraissent relativement peu élevés sur son flanc gauche où je ne les ai pas observés à plus de 200" . Peut-être y a-t-il encore au-dessus de ce point des blocs erratiques épars.

L'Ingour doit son origine à deux courants d'eau qui s'unissent an vill^e de Tsouviani. Celui de gauche, le moins considérable, se nomme le Kvichir ; il est formé d'une eau de source parfaitement pure. Celui de droite est alimenté par le glacier de Tchkbarr (Ptg. 24) qui se termine à 2418" au-dessus de la mer, à peu près an point de jonction des schistes argileux et des roches cristallines, et par plusieurs glaciers de second ordre provenant d'un grand massif qui porte le nom de Namquam. De nombreuses moraines formées de roches cristal- Unes garnissent les pentes inférieures de ce massif disposé en ampbitbé&tre. Cette vallée est occupée par une masse' considérable de terrain glaciaire. Mourkmer et Tsouviani, principaux villages de la commune d'Ouchkoul, sont construits sur des restes d'anciennes moraines. Plus bas on trouve sur une longueur de plnaienra kilomètres de grandes accumulations de terrain erratique ; puis il devient plus rare, les blocs diminuent de nombre jusqu'au moment où l'on approche de la commune de Kal. En ce point, un kilomètre environ avant la jonction de la vallée de Ealdé avec celle de l'Ingonr, la formation glaciaire se développe de nouveau -, les blocs recouvrent jusqu'à 150 et 200 mètres les flancs de la vallée. Le glacier de Kaldé descend de l'Adich (Fig. 25) et se termine à 2411' ; le fond de la vallée présente, jusqu'à

Fig. 24.

plusieurs kilométrée en avant du glacier, des blocs de grandeB dimensions ; ses flancs et le promontoire qu'elle forme à sa rencontre avec la vallée de l'Ingour, sont abondants en terrain erratiqne. Les hauteurs qui la séparent de celle d'Adich en sont également recouvertes. Du conBuent du torrent de Ealdé avec l'Ingour jusqu'à BoBretcb, ce terrain disparaît presque entièrement, mais il se développe de nouveau à la jonction de l'Âdich avec l'Ingour ; les restes d'anciennes moraines et des blocs isolés s'élèvent très haut sur le flanc de la vallée près de Zvirmichi. Le glacier d'Âdich (Fig. 25), nommé aussi glacier de Lercha, descend des flancs du Tetnould, entre cette mont^ne et l'Adich ; il forme nne magnifique cascade de glace que le voyageur a en face de lui quand il est au col du LatparJ, puis il s'étale en un glacier de forme ovale bordé par deux moraines latérales, peu élevées mais bien marquées et il se termine à 2186'° de hauteur. Sa forme rappelle d'une manière étonnante celle du glacier du Rhône. Le chainoa qui sépare la vallée d'Adich de celle de Kaldé, et qu'on gravit par un chemin rapide qui passe au pied même du glacier du Lercha, est couvert des deux cOtés jusqu'à 300" environ de terrain glaciaire. La Tue dont on jouit du sommet de la montagne (Fig. 25) sur les grands escarpements du Tetnoold, de l'Adidi, du Namquam et sur les glaciers qui eu découlent est d'une admirable beauté. Je quitta'

à Bosretch la Tallée de l'Ingonr qui se dirige vers l'ouest en traversaot une gorge étroite ; et, gravissant la rive droite du fleuve, j'arrivai à ZTirmichi ; là commence nn plateau élevé, qui, après nn faible bombement, s'incline vers le nord, et dont la pente devient de pins en plus rapide au-d(!s?ii9 de la vallée de Moulakh et de Moujal. Ce platean forme, entre cette vallée et celle d'Adich, une longue arête qui s'élève peu à peu sur les flancs du Tetnould dont il forme les derniers contreforts. On y trouve jusqu'à une hauteur de 300 mètres environ du terrain glaciaire et des blocs, surtout granitiques, dont plusieurs ont plus de 6 mètres de longueur. Le col élevé qui sépare Moulakh d'Adich est couvert de terrain erratique.

g 29. La vallée dans laquelle se trouveat les communes de Monjal, de Monlakh et de Meetia, est une des plus belles et des plus peuplées de la Souanétie. Elle est dominée dans le fond par le Tetnould dont les formes majestueuses rappellent celles du Mont-Blanc et qui a certainement plus de 4&00 mètres de hauteur ; an nord, elle est bordée par la haute crête granitique qui joint le Tetnould h l'Ouchba. De cette grande ch^e découlent de nombreux glaciers. Un des plus importants est celui du Zanner, qui descend du flanc occidental du Tetnonld et qui se termine à 2 kilomètres du village de Djabech et à 2014 mètres au-dessus de la mer.

Fins à l'ouest, se trouve celui du Tronlber On gravit, pour y arriver, une ancienne moraine adossée à la montagne, puis on travei-se une gorge étroite, précisément au point où les schistes argileux plongent sons les micaschistes ; ici, les roches sont polies jusqu'à nne grande hantenr ; le glacier qui est distant

de ce point de 2 kilomètres environ, est formé par la réunion de deux branches considérables; il possède de belles moraines latérales et une grande moraine médiane, qui finit par se réunir à la latérale gauche. On a une très belle vue de ce glacier du col qui sépare la commune de Moujal de celle d'Adich. Au-dessous de Moujal, la vallée revêt un autre caractère ; le torrent coule au pied d'une pente escarpée parsemée de terrain erratique ; sur la rive droite, une série de 4 ou 5 terrasses inclinées en pente douce conduit jusqu'au pied des escarpements de quartzite et de roches cristallines, puis une pointe schisteuse s'avance du côté droit et resserre beaucoup le cours du torrent. Aussitôt après ce défilé, le terrain erratique prend un nouveau développement ; c'est ici que le torrent de Mestia se joint à celui de Moulakh ; le promontoire qui les sépare est recouvert par une longue moraine qui se prolonge sur la rive gauche, et prend ainsi une position oblique au cours de l'eau. Une autre moraine, moins longue, mais plus haute, supporte les dernières maisons du village.

En remontant de 10 à 12 kilomètres la vallée de Mestia, on arrive à deux glaciers qui sont presque unis à leurs extrémités inférieures et dont l'un provient de TOuchba, l'autre du mont Qvalda ; il se terminent à peu près au point de jonction des schistes cristallins et des schistes argileux. Le premier est assez pur à son extrémité ; l'autre présente au contraire une grande moraine terminale formée de gneiss, de micaschistes, de granit de l'aspect le plus varié. De Mestia, on suit le terrain glaciaire jusqu'au village de Latali, situé près du confluent des eaux de la vallée de Mestia avec celle de l'Ingour ; les moraines y sont puissantes ; la principale d'entr'elles est, comme celle de Mestia, oblique à la vallée et ses fragments supportent plusieurs des hameaux de la commune de Latali. On trouve en outre de grandes accumulations de blocs et de boue glaciaire qui garnissent le fond et le flanc gauche de la vallée. La vallée de Betcho qui est unie par un col élevé à celle du Baksan, renferme dans sa partie inférieure beaucoup de terrain erratique. Au delà, ce terrain diminue d'importance et finit par disparaître ; l'Ingour s'encaisse profondément dans les schistes argileux. Je retrouvai encore, près de Pari, les dernières traces de blocs et de cailloux glaciaires.

Il résulte de cette étude que les glaciers ont été une fois beaucoup plus développés dans la Souanétie qu'ils ne le sont aujourd'hui, mais je n'ai pu reconnaître les preuves d'une extension aussi considérable que celle à laquelle on aurait pu s'attendre dans une aussi haute région. Les dépôts glaciaires sont développés surtout aux points de réunion de deux affluents et c'est là qu'on trouve les moraines les mieux caractérisées.

§ 30. Je revins de la Souanétie dans le Badcha par le col du Latpari, par celui du Tatouséli qui est dominé par les rochers abrupts du mont Tchitkaro et par la vallée de la Loukhanoura qui aboutit à Baragone. La chaîne du Tchitkaro est formée par la continuation des couches que j'ai traversées entre Mouri et Lentékhi ; ce sont des schistes argileux et sableux, des psammites et des grès qui se prolongent aussi dans la vallée du Bien entre Sori et Oui ; j'y ai trouvé, à quelques kilomètres au nord de Sori, une petite couche de lignite, et sur la route d'Oni des empreintes de plantes mal conservées ainsi que des échantillons de fucoîdes. Cette formation puissante est pénéti'ée de toutes parts par des porphyres, des mélaphyres et des* diabases. Les principales éruptions sont celles de porphyre pyroxénique du Tchitkaro et d'un porphyre pyrox^

nique amygdaloîde qui 8*élève au nord du Rion à Tembouchure de la Loukhanoura ; Tune des sommités en est couronnée par la ruine imposante d'un château des Ëristaff, Minda-tsikhé, qui domine la charmante église de Baragone située un peu à Test de la cluse crétacée par laquelle s'écoule le Bion.

Ces schistes se prolongent au delà d'Oui et sont traversés, dans les environs de Sakao et sur le bord du Rion, par des mélaphyres et une diabase d'un gris blanc ressemblant au gabbro ; elle est formée d'une pâte feldspathique grenue, remplie de cristaux allongés de pyroxèae d'un vert foncé.

Les rives du Rion présentent de puissantes terrasses diluviennes aux environs d'Oni. Des dépôts de sable et de cailloux roulés recouvrent jusqu'à une grande hauteur les pentes de la rive gauche du fleuve au-dessous de son confluent avec la Djedjora ^ Sur la rive droite, sur le chemin d'Oni à Sakao, j'ai trouvé un amas de blocs anguleux et irréguliers de roches cristallines de la chaîne centrale ; bien qu'aucun de ces blocs n'atteigne de grandes dimensions, les plus gros ne dépassant guère un mètre de longueur, il me semble impossible de ne pas regarder cette accumulation considérable comme appartenant au terrain glaciaire.

§ 31. La chaîne crétacée qui limite au nord la vallée du Rion dans le Bas-Radcha est traversée par ce fleuve dans une gorge imposante à Ehidiskari et, se dirigeant à l'E.S.E., elle forme un haut escarpement qui domine au sud le Radcha et va se réunir aux puissantes masses calcaires du Khikhanta qui sont la prolongement de celles du Sotsaliko. Le chemin de Satchkhéri à Oui traverse dans toute son épaisseur cette formation crétacée (Fig. 26). Après avoir gravi les escarpements crétacés inférieurs du Khikhanta (ne)^ on trouve, au col

Sud

Fig. 26.

Tschkméri

Nord

Blon

même, des couches de la craie avec rognons de silex (cr) dans lesquels je recueillis un bon échantillon de la BélemniteUa mucronata et, un peu au-delà, des calcaires marneux aptiens doucement inclinés vers le nord. Ces derniers forment la pente de la montagne jusqu'au village de Tchkméri qui est construit sur les calcaires de la craie. Le grand escarpement crétacé qui domine la vallée du Bion surmonte une formation de marnes et de grès dont

^ Une partie de la vaUée de la Djedjora est occapée par une coulée d*époque récente d'une roche éruptive dont mes échantillons ont été malheureusement égarés. Cette coulée se termine sur la rive droite de la Djedjora à son confluent avec le Bion k Test d*Oni.

je n*ai pas eu le temps de débrouiller les relations stratigraphiques. M. Abich en a donné la coupe suivante (Fig. 27) qui me paraît difficile à admettre \ Les couches jurassiques

Fig. 27.

Sud

Nord

Tchkméri

KorU

Oni

sont verticales à Eorta; ce sont des calcaires gris, marneux, riches en fossiles'; ils sont associés à une masse de gypse pur assez puissante dont les couches sont aussi verticales, et ils sont subordonnés à des marnes argileuses recouvertes de calcaires gris clair contenant le Bdemnitea hastatus. Non loin de là, à Eirkhoni, des calcaires qui m*ont paru identiques à ceux de Korta sont en couches presque horizontales, ce qui est contraire à la conpe donnée par M. Abich.

Le même auteur signale encore entre Eorta et Oni un grès argileux à grain fin, rempli de coraux et de petits crustacés de Tordre des décapodes brachyures. Il rapporte ces couches à la craie et indique la ressemblance de ces fossiles avec le Bradiytirites rugosus Schl. ou le Dromilites piistulostis Beuss.

* Vergl. Gnmdz. Explication des signes de la fig. 27 : aehj grès avec plantes et hoaille et schistes argOeoi j, calcaire jarassique. ne, terrain crétacé inférieur (néocomien et gaolt). cr, terrain crétacé supérieur (tnronien et sénonien). o, conglomérat argileux et ferrugineux de roches granitiques et porphyriques. E, roche: éruptires, felsite, porphyre euritique, grunstein et porphyre amygdaloïde.

* M. Abich (Vergl. Grundzûge) a recueilli à Eorta les fossiles suivants dont une partie (ceux qui sont marqués d'un *) ont été déterminés par MM. d'Archiac (Histoire des progrès de la géologie, VIII, 598) et Deshayes : *Nautilus, voisin du N. truncatus Sow., ^Ammonites nov. sp., très voisine d'A. Horomaerei d*Orb. A. cf. tortisulcatus d*Orb., A. tatricus d'Orb. (pi. 180), Pholadomya Murchisoni Sow., *Ph. parcicosta Ag^ *Ph. donaciformis ou espèce voisine de formes de Toxfordien, Panopaea elongata Ag., *Astarte, deux espèces nouvelles, ^Trigonia Meriani Ag. ?, Modiola plicatilis Sow., ^Gervillia soliqua Desl. ou Modiola scalprum. *Pema cf. raytiloides Lam., Lyrodon costatum Gold., *Lima proboscidea Sow. ou corallina d*Orb., *Pecteo fibrosus Sow. ?, P. disciformis List., ou demissus Phill., Terebratula plicatilis Sow., *T. variabilis ScbL, T. resupinata Sow. „Ces fossiles, dit M. Abich, indiquent un horizon qui correspond en général au terrain oi* fordien, mais d'une manière tout particulièrement satisfaisante au véritable jura brun moyen d*Allema^e.* Il est probable, en effet, que cette faune appartient au terrain oxfordien bien qu'on trouve associées dan$ cette liste des espèces liasiennes, bathoniennes, calloviennes, oxfordiennes et coralliennes.

§ 32. Les schistes chi terrain jurassique inférieur et les roches émptives que j'ai décrites plus haut constituent le sol de la vsdlée du Rion jusqu'aux environs d'Outséra, village connu par des émanations gazeuses dont on fait un usage médical.

La partie supérieure de la vallée du Bion est entièrement formée de schistes argileux paléozoîques semblables à ceux de la Haute-Souanétie qui se prolongent par les sommités du Dolomi-tsvéri et du Ehalatsa dans la haute chaîne du Sikari (3531") et du Broutsabséli. Les couches plongent constamment vers le nord; elles se composent, comme Ta déjà indiqué M. Abich \ de cschistes argileux très souvent doués d'un aspect soyeux et ardoisier, dont les couches minces alternent avec des psammites schisteux compacts à grain très fin»,* ils sont pénétrés de filons de quartz. Je remontai la branche droite du Bion jusque près de ses sources; les schistes argileux alternent ici avec des couches psammitiques compactes, mais ils conservent toujours leur même caractère. La fontaine de Guébi est entourée de grandes plaques d'ardoises qui proviennent de cette formation. Le haut de la vallée est très pittoresque. L'ancien glacier du Bion y a laissé par places des dépots considérables; Guébi est construit sur une ancienne moraine.

Quoique la chaîne centrale soit moins élevée dans cette région que dans la Haute- Souanétie, elle présente cependant des sommités imposantes qui relient les montagnes de la vallée de l'Ingour au grand massif de l'Âdaï-Ehogh; TEdémis-mta est une des plus élevées; mais elles ne donnent pas naissance sur le versant méridional à des glaciers de grandes dimensions. Le Bion sort du glacier à 2130" au-dessus de la mer. Il est séparé des sources du Tskhénis-tskhali par le mont Goribolo. Un col élevé, qui porte le nom de Pa3imta, unit le bassin du Bion à celui du Tchérek; mais le Pasimta n'est qu'un passage, et n'est point, comme l'a indiqué Dubois, une des hautes cimes qui se voient du pied de la chaîne'.

Une source, fortement chargée d'acide carbonique et dont la température est, d'après M^ Âbich, de 8^6 B., jaillit sous un bloc erratique de granit, près du confluent du Bion aved le Qlola-tskhali qui descend de l'Adaf-Khogh. Le chemin qui remonte le long de ce damier cours d'eau est tracé sur les schistes argileux jusqu'à la crête de la chaîne. U)i cône trachytique, le Zitelli-mta (montagne rouge), remarquable par la structure prismatique de sa masse, s'élève au milieu d'eux en face de Gourchévi. < La roche, dit M. Abich, est homogène, terne, de couleur grise et rose; elle renferme beaucoup de fragments irréguliers de qaartz blanc laiteux et d'amandes de feldspath fondu, hyalin. » Au delà, on trouve une grande abondance de blocs erratiques qui proviennent des glaciers de l'Adsd-Ehogh.

' Aperçu de mes voyages en Transcancasie.

' Trompé par la forme aiguë d*nne sommité de la chaîne centrale qu*il nomme Passemta (Bull, de la 8oc. géol. de France, 1837, YIII, 380, pi. 9, f. 4) Dubois regarde cette cime comme un cône éruptif semblable à celui du Easbek. Cette montagne est probablement le Kochtan-taou, la cime granitique la plus élevée du Caucase.

' Aperçu de mes voyages en Transoaucasie.

§ 33. Cette montagne est formée d*an beau granit à grain moyen, dans leqael Torthoclase et le quartz en proportions égales forment une masse blanche parsemée de paillettes de mica noir et de paillettes plus petites et moins apparentes de mica vert clair. Elle est une des cimes granitiques les plus hautes et les plus imposantes de la chaîne, la dernière du côté de Test qui soit située sur la ligne de partage des eaux des deux versants. Il s*en détache plusieurs arêtes de roches cristallines eptre lesqnell^ descendent, sur le versant nord principalement, de nombreux glaciers. Le col du Mamison (2862°), situé à son pied, est déjà dans les schistes argileux; c'est la première dépression de la chaîne centrale inférieure à 3000" qui se trouve à l'est de l'Elbrous.

Un petit glacier domine au sud ce passage; M. Abich le nomme Tchamtchakis-Dzvéri. Il se termine à 2600° de hauteur,* des moraines peu puissantes et des dépôts glaciaires formés presque uniquement de granit et de protogine, se voient jusqu'à deux kilomètres en aval. Les habitants de Gourchévi ont construit dernièrement un excellent refuge sur une de ses anciennes moraines. Un autre glacier de second ordre descend de l'Adaî- Ehogh au nord du Mamison. Il a laissé des traces considérables de son ancienne extension ; le fond de la vallée est rempli d'une grande masse de terrain erratique; des amas de blocs et des moraines plus ou moins bien formées se prolongent jusqu'à trois kilomètres de son extrémité; les blocs erratiques sont abondants jusqu'à Lisli et on les trouve encore dispersés tout le long de la vallée jusqu'à son confluent avec celle de Sramak.

Les schistes argileux, toujours pénétrés par des filons de quartz, présentent dans la vallée du Mamison une assez grande variété de roches. Ce sont tantôt des schistes ardoisiers, à éclat soyeux semblables à ceux de la Souanétie, tantôt des schistes tendres et feuilletés, gris, avec intercalations de couches marneuses et des schistes avec des couches alternativement claires et foncées qui leur donnent sur la tranche une apparence rubannée. Des calcaires qui sont généralement en bancs minces, mais dont certaines couches sont puissantes, bleues, dures, à cassure conchoîdale sont intercalés dans les schistes près de Lisrou ; ils sont pénétrés de nombreux filons de quartz; puis les schistes reprennent leur aspect normal jusqu'au village de Tchmi où le torrent de Mamison se réunit au Naridon. Ce dernier cours d'eau qui forme la source principale de l'Ardon rassemble les eaux qui proviennent du Khalatsa, du Sikari et du Broutsabséli. Les schistes argileux dont l'inclinaison vers le nord est toujours très marquée, sauf dans le Broutsabséli où les couches se rapprochent davantage de l'horizontale, constituent entièrement ce vaste bassin; ils sont ardoisiers, foncés, quartzifères, à éclat soyeux, comme dans la Souanétie. Leur direction est E. 25° S. — 0. 25° N. Prèa de Tchmi, ils deviennent peu à peu plus durs, compacts, moins feuilletés, prennent une texture semi-cristalline et passent par une transition insensible à des schistes chloriteux et amphiboliques, puis à des schistes cristallins, au delà desquels se trouvent le gneiss et le granit. Ce passage graduel ^ et la parfaite concordance de toutes les couches sont de non-

' Ce passage a été aussi constaté par M. Abicb. Aperça etc., 52.

velles preuves contre Topinion exprimée par M. Abich que ces schistes appartiennent à Fépoque jurassique.

§ 34. La zone de roches cristallines qui a passé, à partir de TAdaî Khogh, au rang de chaîne secondaire, est traversée dans toute son épaisseur par les cours d*eaux qui prennent leur source sur le versant nord de la chaîne centrale; elle s'élève encore entre eux à des hauteurs considérables, dans les sommités du Tépli (4422"), du Sirkhoubarson ("4153 ") et du Guimaraï-Khogh (4783"). Elle est parcourue par FArdon (PI. I, fig. 3) dans une gorge resserrée entre d'immenses parois verticales de granit et de gneiss qui se terminent par des arêtes aiguës. Ce défilé qui. est certainement un des plus beaux que possède le Caucase est bien supérieur par sa sauvage grandeur au passage du Darial dans la vallée du Térek. Les grands escarpements des bords de TArdon sont formés de roches granitoîdes assez diverses; on remarque en particulier une belle variété de granit sur laquelle se détachent de gros cristaux d'orthoclase d'un jaune rosé, des pegmatites, des granits à grains petit et moyen et des gneiss de diverse nature.

Un peu au-dessous de Tchmi, et avant de pénétrer dans la gorge profonde dans laquelle TArdon traverse la chaîne cristalline, cette rivière reçoit à gauche le torrent du Sramak qui descend de deux glaciers de second ordre, dont Tun très pur, occupe le fond de la vallée, tandis que l'autre reste à une plus grande hauteur. La vallée de Sramak est remplie de terrain glaciaire qui s'élève jusqu'à plus de 120 mètres au-dessus du torrent, et forme à son débouché dans la vallée de T Ardon des accumulations énormes ; une moraine, aujourd'hui en grande partie détruite par les eaux, a barré jadis la vallée en ce point.

Quelques kilomètres plus bas, l'Ardon reçoit à gauche le torrent de Tséa. Celui-ci provient d'un grand glacier de premier ordre qui descend directement de l'Adaî-Khogh entre deux arêtes dont celle de droite est formée de granit, tandis que celle de gauche qui aboutit au Tséa-khogh est constituée en majeure partie par les schistes cristallins. Les roches qui encaissent le glacier sont polies jusqu'à une grande hauteur; la vaste forêt qui s'étend à ses pieds a cru uniquement sur d'anciennes moraines , le terrain glaciaire s'élève très haut sur les flancs de cette vallée qui débouche dans celle de l'Ardon en face du poste russe de St-Nicolas par une issue étroite, encombrée de diluvium glaciaire.

Au delà de ce point, près du village de Nazal, on passe subitement des roches cristallines à des schistes argileux en couches verticales, feuilletés, un peu terreux, de couleur sombre; ils forment une zone de 2 kilomètres de largeur (PI. I, fig. 3) qui sépare de la chaîne centrale une masse granitique allongée dirigée de l'est à l'ouest. Les rapports de ces deux roches sont compliqués; le granit paraît former au milieu des schistes, de nombreuses ramifications. Les schistes de Nazal apparaissent dans le fond de la vallée aux mines de Sadon, et forment pendant plusieurs kilomètres le cours de la rivière de ce nom en alternant avec le granit; un peu plus à l'ouest, ils envoient un bras vers le N.O., au milieu du granit, tandis que la bande principale continue à se diriger vers l'ouest, et pénètre dans le Digori. La zone de contact est riche en minerais de plomb, d'argent, de zinc, de fer et

Fig. 27.

Kion-Khogh 8423»

Rhod-Ttaek 8865».

blocs erratiqnes

Misonr-DAffb

de cuivre. M. Abich ^ a signalé, dans le Digori, à 12 kilomètres à Fonest de Sadon, des minerais de même nature, dans la vallée du Dony-syr sur le chemin de rAdaï-Khogh. Le principal gisement de ces minerais et le seul qui soit exploité est celui de Sadon, mais le produit des mines est loin de suffire aux frais de Texploitation.

§ 35. Les terrains jurassiques forment au nord de Sadon une chaîne élevée qui se prolonge le long de cette partie du versant nord du Caucase et dont les couches, coupées abruptement au sud, présentent de ce côté un grand escarpement, tandis qu'elles s^abaissent vers le nord avec une pente plus ou moins rapide. En montant de Sadon à Ehod dans une gorge étroite, on traverse d'abord le granit, puis une série de roches feldspathiqnes altérées, d'aspect bizarre, sur lesquelles reposent les couches du terrain jurassique inférieur qui plongent rapidement au nord : ce sont des grès fins, en bancs minces, alternant avec quelques couches argileuses et qui renferment une petite couche de houille et de nombreuses empreintes de fougères, d'équisétacées et de conifères, malheureusement dans un fort mauvais état de conservation. Ces grès creusés par un profond ravin et sur lesquels est construit le village de Ehod (Fig. 27), passent à des marnes compactes, épaisses, dans lesquelles

* Vergleicfa. Gmndz&ge, 422.

rognons argilo-ferrugineux sont rangés par bancs et prennent même souvent la forme de Yéritables couches. Je n*y ai pas trouvé moi-même de fossiles en place; on m*a cependant remis à Sadon un Ammonites Thouarsensis provenant des environs de Khod qui ne peut appartenir qu'à ces grès, et M. Abich ^ a trouvé dans cette même roche le Bdemnites canalir culatuSf ce qui classe une partie au moins de cette formation dans le terrain toarcien. La partie supérieure paraît cependant appartenir au terrain oolitique inférieur, car les rognons et les bancs durs, qui sont intercalés dans les couches marneuses renferment, suivant M. Abich, des fossiles des zones des Ammœiites HumphriesianiLS, Murchisonae et tondosus.

Cette grande formation de grès et de marnes joue un rôle important dans Torographie du versant nord du Caucase. Elle est surmontée de calcaires gris impurs contenant:

Ammonites Parkinsoni 8ow. Ostrea Marshii Sow.

Ammonites macrocephalas Schl. Bhynchonella varians Schl.

Ammonites fanatos 0pp. Holectjpas depressus Ag.

La partie supérieure de ces calcaires est remplie de crinoîdes; elle est recouverte d*une oolite ferrugineuse, peu épaisse, qui a fourni à M. Abich', dans la vallée de TArdon, les fossiles suivants:

Belemnites canalicnlatns Schloth. Ammonites tortisnlcatos cl*Orb.

Belemnites hastatns Blainy. Ammonites coron atns Schloth.

Ammonites Jason Ziet. Ammonites Zignodianus d'Orh.

Ammonites lonnla d'Orb. Ammonites athleta PhiU.

Ammonites tatricos d'Orb. Discoidea concava? Ag.

Au dessus de cette couche, sont des calcaires puissants, plus ou moins compacts, souvent siliceux et quelquefois bréchoîdes. J'y ai recueiUi :

Cidaris coronata Goldf. Cidarîs florigemma Monst.

plus de nombreux Scyphia et des coraux. Puis vient un calcaire dolomitique parfois caverneux, à stratification indistincte, qui a plus de 300"* de puissance au Misour-dagh ^ et renferme non loin delà, au col de Ehod (Fig. 27) les

Nerinea Bruntrutana Thnrm. Nerinea depressa Volts

Nerinea Defrancei Desh. Diceras sp.

* GerôU- und Trammer-Ablager., 1871, p. 549.

' Dans an antre mémoire, M. Abich signale près de Khod, aa-dessas de la coache à crinoîdes, les espèces soivantes : Ammonites tatricus Pasch., Cucnllœa voisine de C. cylindrica PhilL, Gervillia sp., Pecten fibrosns Sow., P. demissus Phill., Terebratula perovalis Sow., T. biplicata Sow., T. emarginata Sow., T. bullata Ziet, T. tetraedra Sow., Rhynchonella varians SchL, Nncleolites scntatns Lam., Disaster cf. analis Ag. Cette liste contient des fossiles de tons les terrains compris entre le lias et Fozfordien.

' Sommité à Test dn Ehodvtzek.

Un calcaire saccharoïde, puissant, forme le sommet du Misoor-dagh; M. Abich le rapporte au terrain kimméridien, il y a trouvé la TerebraUda inconstans et des ptérocères. L'épaisseur du terrain jurassique supérieur est ici d'environ 800 mètres.

§ 36. A Test de TArdou, le massif du Eariou (3392"), forme la continuation de la même chaîne (PI. I, fig. 3); il est séparé du Styr-khogh par un col (1964"), situé au contact des roches cristallines et des grès du teiTain jurassique inférieur. Ces roehes sont surmontées par des bancs à pentacrinites avec le Pscten personatus; au-dessus est une oolite ferrugineuse, qui passe à un calcaire sableux cristallin. En continuant à gravir la montagne, on trouve, d'après M. Abich ^ des calcaires marneux alternant avec des calcaires impars remplis de polypiers et caractérisés par le Oidaris crenularis Qoldf., puis une grande masse de calcaires à stratification indistincte et à structure bréchiforme, souvent bitumineux, qui renferment de nombreux brachiopodes parmi lesquels M. Abich signale les Terébratiila inconstans Sow. sp., spinosa Buch., qiuxdriplicata Ziet., dissimilis Munst. Ces couches sont dominées par une doloroie compacte, claire, alternant avec des bancs minces de calcaire bitumineux et de calcaire saceharoîde. M. Abich y indique : Spondylus vdatus Goldf., Rcten suhspinosus Schl, RhynchoneUa ïacunosa Schl., trilobata Munst., Terebratida perovalis insignis Quenst., Astraea microœnv^ Qoldf. sp. C'est probablement à des couches encore plus élevées et formant la partie supérieure de la montagne qu'appartiennent les blocs tombés près des villages de Dago et de Donysyr, et qui, formés d'un calcaire blanc, saceharoîde, souvent oolitique, renferment de nombreux fossiles:

Nerinea Moreana d'Orb. Natica sp.

, Mandelslohi d*Orb. Pterocera sp.

, Clymene d*Orb. MytOns petasns d*Orb.

, DesToidji d*Orb. Ezogyra sp.

„ Defrancii d*Orb. Diceras sp.

, ombilicata? d*Orb. Âstraea agaricites Goldf.

D'Orbigny auquel M. Abich avait envoyé le MytUus pour le déterminer, avait été frappé de l'identité de l'espèce et de la roche avec celles de St-Mihiel.

§ 37. Les bords même de l'Ardon donnent une coupe excellente de la série des formations secondaires du versant nord du Caucase. (PI. I, fig. 3). Cette rivière coule pendant plusieurs kilomètres à travers le granit; la gorge est étroite mais peu profonde. Le granit cesse sur la rive gauche à neuf kilomètres de Sadon, mais il se prolonge encore sur la rive droite deux kilomètres au delà. Sur cette roche reposent des grès qui forment une ondulation avant de prendre le plongement vers le nord, qui est constant dans les terrains sédimentaires de ce versant de la chaîne; ce sont des couches très mélangées de grès et de

* Vergleich. Grnndz., 454.

schistes marneux, an milieu desquels sont quelques bancs calcaires et où Ton trouve des restes de plantes; leur partie inférieure contient des rognons de pyrite de fer; ils passent à des couches argileuses, tendres, feuilletées, d*un gris noir, renfermant beaucoup de concrétions jaunâtres, argilo-ferrugineuses. Ces roches plongent vers le nord sous une masse paissante de calcaires bréchoïdes, gris et rouge&tres, de calcaires compacts, dolomitiques et coralliens, contenant des polypiers et des nérinées. Des marnes grises, feuilletées, d'une épaisseur de 40 à 50 mètres, sont intercalées à la base de cette formation. Une caverne située au bord de la route dans le calcaire dolomitique est remplie d*une eau sulfureuse qui s*en écoule constamment. Ce fait rappelle les gisements de gypse que M. Abich a signalés dans le terrain jurassique supérieur du Daghestan.

Aux calcaires jurassiques succède la formation crétacée. Il faut y rapporter des calcaires qai, disposés en retrait sur la formation précédente, forment un petit contrefort à la base da grand contrefort jurassique, à un kilomètre et demi au sud du point où le Tamichk se réunit à TArdon ; ce sont des calcaires compacts, alternant avec de minces couches marneuses et ressemblant beaucoup aux calcaires jurassiques. Le grès vert qui surmonte le terrain néocomien est formé d*une roche plus ou moins grossière, glauconnieuse, peu inclinée vers le nord et qui paraît appartenir au gault en majeure partie ; en effet, j*ai trouvé, sur la rive gauche du Tamichk, à quelques kilomètres de son embouchure, les espèces suivantes qui sont bien conservées :

Belemnites minimofi List. Ammonites Dupinianns d*Orb.

Ammonites Mayorianns d*Orb. Ammonites Velledas Mich.

Ammonites Milletianns d*Orb.

Des collines d'une craie marneuse, blanchâtre, souvent feuilletée et riche en inocérames succèdent au grès vert qu*on traverse pendant deux kilomètres environ ; j*y ai recueilli en abondance Vlnoceramits Cripsii^ et une grande espèce voisine de VL Ouvieri. Enfin, en continuant à avancer vers la plaine, on arrive aux dernières collines qui sont formées de terrains tertiaires et quaternaires. Les grès tertiaires sont associés à des conglomérats et plongent sons le diluvium de la steppe. Une abondante végétation recouvre ces derniers contreforts.

La petite ville d*Alaguir est située à Feutrée de la plaine; elle est un des centres de radministration russe sur le versant nord du Caucase, et c'est ici qu'on apporta pour les traiter les minerais de Sadon.

g 38. La partie inférieure du bassin de TArdon présente un développement extraordinaire du terrain erratique. J'en ai observé un dépôt au col de Khod à 2865 mètres audessus de la mer sur le calcaire jurassique (PL I, fig. 3); on y trouve beaucoup de blocs et de cailloux de granit, de schistes cristallins et de trachytes. M. Abich a fait la même observation et a reconnu à l'est de la vallée de l'Ardon, sur le col qui sépare le Kariou de la chaîne cristalline (1964"), des dépôts de même nature. Le col de Ehod qui est un peu au-dessous de la plus grande hauteur à laquelle on observe le terrain glaciaire, s'élève à

2063 mètres au-desBus du fond de la vallée. On voit beancoup de roches polies et moutonnées dans les yallées de second ordre qui se trouvent sur le versant nord de la chaîne calcaire et qui ne sont nulle part en communication avec la chaîne centrale ; celle de la Biélaîa renferme de nombreux blocs erratiques semblables h ceux de Khod, et M. Âbich a observé, au point où cette vallée débouche dans la plaine, une ondulation transversale, élevée, formée de roches calcaires, cristallines et trachytiques, qui présente tous les caractères d'une véritable moraine. Les dépôts sont les mêmes dans la vallée du Dourdour, à Touest de celle de la Biélaîa; on y remarque seulement la prédominence des roches trachytiques- Enfin, à 25 kilomètres au nord du point où TArdon sort des montagnes, j*ai vu près de Nikolaïeff, plusieurs gros blocs erratiques, dont Tun a plus de trois mètres de long, et j*en ai observé encore d'autres, cinq kilomètres plus loin, près du minaret de Smieîskaïa ; ces blocs peuvent, il est vrai, appartenir aussi bien au bassin du Térek qu'à celui de TÂrdon, puisque les deux rivières se réunissent un peu en amont de ce point. On ne voit pas, du reste, de traces de terrain glaciaire dans la vallée même de TArdon, entie la gorge granitique et la plaine, non plus que dans la vallée longitudinale qui, partant du col qui sépare TAlaguir du Digori^ envoie ses eaux à TArdon.

£n résumé, le bassin de TArdon est caractérisé par Tabondance du terrain glaciaire dans toute la partie supérieure de la vallée, sur la crête de la chaîne calcaire et sur le versant nord de cette chaîne, par la présence de blocs erratiques à 25 et 30 kilomètres au nord dans la plaine, et par l'absence de ce terrain entre la chaîne cristalline et la chaîne calcaire, ainsi que dans la partie inférieure du cours de l'Ardon. Ces derniers faits sont dignes de remarque. M. Abich ^ suppose que, lors de la période glaciaire, la vallée longitudinale comprise entre les chaînes calcaire et cristalline n'existait pas encore et que, la gorge de l'Ardon n'étant pas encore creusée, la première chaîne venait se joindre à la seconde; ce vaste massif recouvert de neige et de glace aurait donné naissance à un glacier qui s'écoulait sur le versant nord de la chaîne calcaire. Ce serait seulement après la période glaciaire qu'aurait été creusée, d'après lui, la profonde vallée qui existe aujourd'hui. Il me semble que l'examen de la partie supérieure de la vallée de l'Ardon rend cette hypothèse inadmissible. Les dépôts glaciaires qu'on voit dans le fond même des vallées de Tséa et de Sramak montrent que celles-ci devaient avoir à peu près la même configuration qu'aujourd'hui et les dépôts erratiques de l'intérieur du Digori prouvent également que la chaîne calcaire était déjà bien distincte à l'époque glaciaire de la chaîne cristalline. Il faut donc admettre la présence d'un grand glacier qui, recouvrant le versant nord de la chaîne centrale, s'élevait jusqu'à 2900" le long de la chaîne secondaire et débordait partout où il trouvait des passages de moindre hauteur, pour se répandre sur les pentes nord des montagnes.

§ 39. La haute vallée du Digori qui succède à l'ouest à celle de TAlaguir est formée

> Mél. pbys. et chim. Bail. Acad. St-Pétersboorg, VIIIi 541.

des mêmes terrains que celle-ci. Je m'y rendis de Sadon, en passant le col de Ouévon (2652'") qui sépare les eaux de TArdon de celles de TOuroukh, et qui est dominé au sud par une cime granitique, le Dargom-Kom. Un des chemins qui y conduit suit la bande de schistes argileux que j'ai signalée à Sadon et qui se prolonge à Touest entre deux massifs de roches cristallines ; un autre suit une ramification de ces schistes, passe par le village de Kion, gravit Vescarpement granitique, et arrive dans les marnes et les grès jurassiques; il rejoint le premier chemin à quelque distance du pied de Tescarpement des calcaires et des dolomies du terrain jurassique supérieur qui s'élèvent au Eion-Ehogh à 3423"' de hauteur.

La vallée du grand affluent de TOuroukh qui passe près de Dounta est formée audessous de ce village par le granit et les grès jurassiques (Fig. 28). Le granit (Or.) reste

Pig. 28.

AfBaent de rOaronkh

presque toujours sur la rive gauche et ne passe sur la rive droite qu'au delà de Yokatz; il se trouve au confluent de ce torrent avec TOuroukh. Le terrain jurassique inférieur (ji) repose sur lui en couches peu inclinées ; il commence par un grès quartzeux blanc, à gros grains (Fig. 29, a)^ recouvert par des grès puissants (l) en bancs de 0'',30 à 0"',50, qui contiennent de nombreuses traces de plantes. J'y ai trouvé une grande Cardinia voisine de la C gigantea^ mais qui paraît appartenir à une espèce nouvelle. La partie supérieure de ces grès alterne avec des marnes à rognons argileux (c) qui deviennent de plus en plus puissantes à mesure qu^on s'élève dans cette formation et qui sont semblables à celles qui dominent le village de Ehod. Cette alternance se voit bien sur la rive gauche de l'Ouroukh, au delà du village de Nari (Fig. 29). Près de Sadelesk, il y a sur le bord du fleuve, au dire des habitants.

Onrookh

Fig. 29.

un petit banc de lignite. Toutes ces couches plongent vers le nord, sous les calcaires jurassiques (Fig. 30, Js ) qui forment un escarpement traversé par rOuroukh dans une gorge profonde. Avant de pénétrer dans la zone de terrain secondaire que je viens de décrire, rOuroukh parcourt un long défilé granitique (gr) séparé des roches cristallines de la chaîne centrale par la bande de schistes argileux que j*ai déjà signalée. Ces schis^s, disposés verticalement, (sch) s'a^uient au sud sur les schistes cristallins, (sch. cr.) dont 'les couches sont redressées contre le centre de la chaîne. Ils forment à l'ouest de Goular un col élevé (Fig. 30) et

Fig. 30,

Onroukh

Moska AkhMon

occupent, plus à Test, le fond d'une vallée longitudinale qui fournit à l'Ouroukh un de ses principaux affluents et dans laquelle sont les villages de Moska, Eodola, Stir-Digour, Eoucha, etc. Ce sont des schistes noirs traversés par des filons de quartz ; ils sont souvent ardoisiers et rappellent tout-à-fait les schistes de la Haute-Souanétie. Je les suivis sur quelques kilomètres, en allant visiter les glaciers qui descendent du Fastag-Eokh, mais je ne sais ce qu'ils deviennent au-delà de ce point.

Plusieurs glaciers découlant du massif de l'Adaî-Ehogh et de son prolongement occidental alimentent les sources de TOuroukh et de ses afBuents. Trois d'entre eux, dont l'un de premier ordre, proviennent du Fastag-Ehogh. Mais le plus considérable est celui qoi est nommé par M. Freshfield ^ glacier de E^aragam, et par M. Abich glacier du Ealtchidon. Sa largeur près de l'extrémité est de 460"*. c C'est un immense glacier, dit M. Freshfield qui l'a parcouru dans toute sa longueur, qui n'est dépassé dans les Alpes que par le glacier d'Aletsch. » II descend entre les arêtes de Bourdjoula et de Saourdour, et se termine, suivant M. Abich, bien au-dessous de la limite de la végétation à 1738"* au-dessus de la mer.

§ 40. Les coupes que j^ai données des vallées de l'Ardon et de l'Ouroukh représentent, sauf quelques variations, la succession des terrains dans presque toutes les vallées du versant nord du Caucase, dans la région que j'ai parcourue. M. Abich a signalé entre les vallées de l'Ardon et de l'Ouroukh une éruption trachytique qui a bouleversé les roches crétacées

^ Travek in the Central Cancasas and Bashan.

et qni forme la montagne du Sirkhovtsek; je ne Fai pas visitée, et je ne connais pas non plus la région intermédiaire ent^e ce point et la vallée du Tchérek. Pour arriver dans le district du Balkar qui occupe la partie supérieure de cette vallée, je remontai de Naltchik les rives du Nsékan-sou. Dans sa partie inférieure, cette rivière coule dans une plaine parfaitement unie entre deux rangées de collines entièrement recouvertes de pâturages et de bois et formées par le terrain tertiaire; au-dessous de Kojokova, la plaine est semée de blocs erratiques surtout granitiques. Je n'en ai pas vu plus au nord du côté de la steppe. . Les collines au milieu desquelles on marche appartiennent aux terrains tertiaire et crétacé supérieur. Fuis on traverse le grès vert et les calcaires néocomiens qui sont compacts et présentent à la surface des couches des coupes de coquilles bivalves; ils font une ondulation avant de se redresser contre les calcaires jurassiques. Ceux-ci plongent régulièrement vers le nord et forment une haute chsdne coupée abruptement du côté du sud et traversée par une gorge étroite et profonde qui donne issue à la rivière. Ils se composent de calcaires gris avec rognons de silex, de calcaires bréchoides et dolomitiques en bancs d*un à trois mètres d'épaisseur, de calcaires formant parfois des masses de 30 à 50 mètres sans traces visibles de stratification, de calcaires dolomitiques semi-cristallins et oolitiques, enfin à leur base du côté du sud de calcaires ferrugineux, correspondant probablement à Toolite ferrugineuse callovienne de TÂlaguir. Après le passage de cette gorge on entre dans les marnes et les grès du terrain jurassique inférieur qui, de même que dans le Digori, sont séparés du granit sur lequel ils reposent, par un grès grossier composé d'éléments granitiques remaniés. Les villages du Balkar sont situés à Tentrée d'une gorge étroite formée de roches cristallines et par laquelle on pénètre aux sources de Tchérek K Le haut de cette vallée est dominé par deux des cimes les plus élevées du Caucase, le Dykh-taou et le Kochtan-taou. Le fieuve lui-même tire son origine du grand glacier du Dykh-sou, un des plus considérables du versant nord de la chaîne.

Je passai du Balkar dans le district de Ehoulam en descendant la vallée du Tchérek ; je longeai une masse granitique sur laquelle s'appuient les grès et marnes schisteuses du terrain jurassique inférieur, puis je traversai une gorge formée par les calcaires jurassiques et néocomiens. Le Tchérek qui s'étend dans la steppe sur une immense largeur et dont la traversée est souvent dangereuse, se perd entièrement au milieu des rochers près de l'issue de cette gorge. Il opère sa jonction avec TafOuent qui lui vient du Khoulam dans le terrain du grès vert dont les couches peu inclinées vont plonger à quatre kilomètres de là sous les roches schisteuses et blanchâtres de la craie. M. Abich y a recueilli :

Naatilus eleg^ns 8ow. Ammonites Martinii d*Orb.

Ammonites fiasicostatos Phill. Ammonites Beadanti Brongn.

Ammonites crassicostatos d*Orb. Ammonites VelledaB Micb.

* Je dus renoncer à cette conise par suite de la mptoie d*nn pont qni venait d*avoir lien à quelque distance an-dessns dn village de ChkantL

§ 41. Les rîTes de Tafflaent venant de Bisinghi donnent nne conpe semblable à celle de la vallée du Balkar. Les marnes inférieures anx calcaires jurassiques renferment des coucbes psammitiques et reposent sur des grès qui contiennent des empreintes végétales indéterminables et dans lesquels sont intercalés des calcaires sableux. J'y ai trouvé quelques fossiles, une ammonite, une pleurotomaire et plusieurs brachiopodes, qui paraissent être des espèces nouvelles. C^est probablement ici que M. Abich ^ a recueilli des fossiles du terrain liasique : Cardinia, voisine de (7. atteniuita^ Rcten conieus Goldf., BJiyiichaiieUa rîmosa Buch sp., 72. tetraedra Sow. Ces couches recouvrent elles-mêmes des marnes schisteuses bleues qui reposent sur le granit et sur lesquelles est construit le village de Dotour.

Au delà de ce massif granitique qui a quatre à cinq kilomètres de largeur, on rentre en suivant le cours du fleuve dans le terrain jurassique inférieur, et Ton arrive dans le canton de Bisinghi au village de Toubenel situé à la limite des schistes cristallins et des grès du lias (FI. I, fig. 1). La A'allée est entièrement formée, entre ce village et le glacier de Bisinghi, de micaschistes dont les couches plongent vers le nord. Le glacier de premier ordre qui s'écoule des névés du Tetnould et du Kochtan-taou, a laissé dans cette vallée cinq ou six moraines transversales. La moraine terminale du glacier se compose uniquement de roches cristallines parmi lesquelles prédomine le granit qui y est représenté par de nombreuses variétés; je signalerai en particulier un granit à grain moyen de couleur rosée, contenant des grenats et un granit à petit grain dans lequel sont disséminés de grands cristaux blancs d'orthoclase et beaucoup de grandes paillettes de mica noir. On trouve aussi 4es granits passant au gneiss, des syénites, des gneiss plus ou moins micacés parmi lesquels on remarque une belle roche très quartzifère de couleur claire sur laquelle se détachent des veines nombreuses de mica noir, des granitelles, des pegmatites, un grand nombre de blocs de diorite etc.

§ 42. Le chemin qui conduit de la vallée du Tchérek dans celle du Tchéguem, s*élève audessus de Bisinghi et passe par le village de Chaki ; il chemine à peu près à la limite des micaschistes et des grès jurassiques, puis il traverse, près de Chaki et au-dessus de ce village, une masse de porphyre. Les micaschistes plongent vers le nord et sont très qnartzifëres ; le quartz y est même, par places, plus abondant que le mica. Les schistes argileux qui les recouvrent sont moins inclinés qu'eux; ils renferment, dans la descente sur le Tchéguem, une grande abondance de rognons argileux et argilo-ferrugineux. Le village de Tchéguem est à rentrée d'une gorge étroite, au pied d'une masse épaisse de calcaires qui reposent en stratification discordante sur des micaschistes. Ces calcaires forment un lambeau isolé dont lee couches plongent d'abord fidblement au nord et se relèvent ensuite pour cesser bms-

* Le giiement n^Mt pis indiqué par IL Abieh d*im6 manière exaete. Aperça de mes voyages en Tran»» eaaeasie, 85.

quement ; les micaschistes reparaissent alors et vont plonger à qnelqne distance sons le terrain jurassique inférieur dont les couches présentent un pli aigu au-dessous de Tescarpement calcaire.

En passant de la vallée du Tchéguem dans celle du Baksan, et en descendant dans cette dernière par un de ses affluents de droite, le Koanta, on trouve de nouveau toute la partie inférieure du terrain jurassique qui repose sans intermédiaire sur les micaschistes. Elle est formée de grès identiques à ceux que j'ai observés dans le Digori, aux environs de Goliatz ; ils alternent avec quelques couches marneuses et schisteuses qui renferment des rognons argileux. Le village d'Osrokova est situé dans ce terrain au bord du Baksan, et au pied de Tescarpement des calcaires jurassiques supérieurs dont les conches sont peu inclinées. Au terrain jurassique succèdent le terrain néocomien qu'il est difficile d'en distinguer à cause de l'absence de fossiles, une puissante formation de grès verts, puis les couches marneuses et blanch&tres de la craie recouvertes de calcaires en bancs minces sans fossiles, enfin les grès et les poudingues du terrain miocène qui plongent sous le lœss et le diluvium de la steppe. La coupe est ici la même que dans la vallée' de l'Ârdon, sauf que Finclinaison des couches est beaucoup moins considérable. J'arrivai ainsi au village de Naourousova situé au pied des dernières collines tertiaires en face du mont Makhogams, et rejoignant à Baksanski une ancienne route de poste, je gagnai Piatigorsk à travers la steppe.

§ 43. Cette ville, bien connue en Bussie par ses eaux minérales, est située sur le bord du Podkumok, au pied du Machouka qui s'élève à 462™ au-dessus du niveau de la plaine et qui forme une île crétacée au milieu des terrains tertiaire et quaternaire. Cette montagne est en grande partie composée de calcaire de la craie, dans lequel on trouve des fuco!des et des fragments d'inocérames ^ et qui recouvre un calcaire plus compact sans fossiles représentant peut-être une des divisions inférieures de la formation crétacée. Le Machouka n'est pas, du reste, la seule montagne de craie qui s'élève ainsi comme un récif en avant des derniers contreforts du Caucase; plus au sud, se trouve le Djoutzi-Gora et le Pinskaîa-Gora, au nord le Lissaîa-Gora. La craie se voit aussi au pied oriental du Bechtaou ; cette montagne sur les flancs de laquelle sont construits les bains de Gélesnovodsk est formée d'un porphyre quartzifère, trachytique, de couleur claire, semé de mica d'un brun foncé et d'amphibole.

Toute cette contrée est riche en eaux minérales qui ont acquis depuis la conquête russe une certaine célébrité et qui portent le nom collectif d'c eaux minérales du Caucase ». Elles forment quatre groupes distincts, caractérisés par des eaux de nature différente et situés sur une ligne sinueuse de 57 kilomètres de longueur, dirigée à peu près du nord au sud. Ce sont les groupes de Piatigorsk (eaux sulfureuses), de Gélesnovodsk (eaux ferrugineuses), d'Essentoucky (eaux alcalines) et de Kislovosdsk (eaux acides). On trouve en outre dans cette

*■ Dabois dit j avoir reeaeilli en abondance Vlnoeeramus Cuirien, Bail, boc géol. de France, 1887, VIII, 381, pi. 9, f. 5,

région : des sources sulfureuses alcalines à Eoumogorsk à 17 kilomètres au nord de Gèlesnovodsk et à Kalmikaïevsky à 7 kilomètres au nord de ôélesnovodsk. près du mont Byk ; une source de vitriol là Eoupovosny à 4 kilomètres au N.E. de Gélesnovodsk, au pied S.E. du liiont Smésinaya ; la source de Gorko-Salionny à 20 kilomètres de Piatigorsk, près de la station de Lisogorsk, présente quelques variations de composition dans le cours de Tannée ; elle abonde surtout en chlorure de sodium, en sulfate de soude et en sulfate de magnésie.

§ 44. Disons quelques mots des quatre groupes que j*ai indiqués plus haut.

Groupe de Piatigorsk \ La ville de Piatigorsk, une des plus importantes du versant nord du Caucase, est visitée annuellement par un grand nombre de baigneurs ; on y compte 20 sources sulfureuses qui jaillissent du pied du Machouka et surtout d*une ramification de cette montagne, nommée la montagne chaude, qui est entièrement recouverte de couches concentriques d'un tuf blanc compact. La température de la source la moins chaude, la source Elisabeth, est de 23^ R., mais la plupart des sources principales ont entre 33 et 36 ^ Ce sont : la source Ermoloff 37 ^ la source Nicolas et la source Michel 33*, la source Warwatzky 36 ^ la source Alexandre 37^,5 etc. ; cette dernière est intermittente. La composition des eaux est à peu près identique dans les diverses sources ; elle ne varie guère que par la proportion du carbonate de chaux et du gaz suif hydrique qui y sont contenus. Je reproduis ici les analyses de deux d'entre elles calculées pour 1000 grammes d*eau :

Source Nicolas

Source Alexan

Densité à 15» B.

KCl

NaCl

SOiNas

S04Mg

SsOsNat

COsCa

CO.Mg

SiOtMgs

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