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Chaire de chirurgie opératoire et d'anatomie topographique de l'Université Laval à Montréal [microforme]

Chaire de chirurgie opératoire et d’anatomle topographique de l'Université Laval à Montréal

Leçon d'ouverture de M, le professeur Z. Rhéaume. (4)

Messieurs,

Chez tous les peuples qui possèdent une formation intellectuelle et scientifique, les universitaires, vraiement dignes de ce nom, cultivent un idéal, but ultime de leur carrière, couronnement de leurs efforts: le professorat. En effet il n'est pas de plus grande jouissance pour un professeur que de façonner des cerveaux d'élite, car en le faisant il se donne l'illusion d’une paternité intellectuelle.

Après quinze années d’un travail persévérant, années qui ont passé avec une rapidité telle qu'il me semble, qu’hier encore, j’occupais une place sur ces banes, le Conseil de notre Faculté de médecine vient de me nommer titulaire de la nouvelle chaire Anatomie topographique et de Chirurgie opératoire, Cet honneur me flatte d'autant plus sensiblement, que c’était ambition de ma vie de posséder une chaire d’enseignement en rapport avec l’art chirurgical, que l’exerec et affectionne religieusement depuis les premiers jours de ma vie professionneile, Vous comprendrez done mon émotion, Messieurs, en prenant pour la première fois la parole à cette tribune, car c’est un des actes les plus

(1) Prononcée à l'ouverture solennelle du cours, le jeudi 15 avril, devant un grand nombre de professeurs, d'amis et d'élèves présents à l'inauguration. (Ce discours a une belle tenue, Les idées sont justes, élevées souvent, ét fécondes toujours. Cette chaire marque une date dans la pratique chirurgicale à l'Université Faval, et nous avons foi dans l'enseignement du nouveau titulaire dont la science et la probité

sont connues et appréciées de tous ceux qui l'ont approché. NODL'°R:

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émouvants que puisse compter la vie d'un chirurgien. Cest à la fois recevoir la plus noble récompense pour ce que l'on a essayé de faire dans le passé, c'est contracter vis-vis les Professeurs qui dirigent cette Faculté une dette de très grande reconnaissance, c'est prendre pour Pa des engawements de travail et de dévouement an bien commun qui doivent demeurer une règle de vie et de conseience,

Parmi les devoirs ai incombent au récipiendaire, dans son dis cours d'ouverture, il en existe quelques fois de bien tristes: mais Ta bonne fortune a voulu me les épargner. En effet je n'ai pas à faire le panégyrique d'un prédécesseur, puisque j'ai l'honneur d'être le pre: mier titulaire de cette chaire d'Anatomie foposraphique et de Chi rurgie opératoire.

Depuis quelques années, plesieurs professeurs distingués de cette Faculté, donnaient bien quelques lecons de chirurgie opératoire, mais le cours ne pouvait pas avoir l'importance que le conseil de la Faculté veut lui donner maintenant que le terme des études médicales a été porté à cinq années.

L'histoire de l’enseignement de l'Anatomi: topogra, hique et de la Chirurgie opératoire et cone bien rudimentaire dans notre école comme dans bien d’autres.

Si vous me le permeliez je ferai appel, pour suppléer à cette Jaeune, à l'histoire médicale d'un pays beaucoup plus vieux, d’un pays qui. depuis os siècles, n porté le flambeau de la civilisation et de Ta science à traverse l'univers: LA FRANCE: de cette France créatrice do toute chose sans l'espoir mesquin d’une rémunération en espèces son nantes (Paii pour Part et le bien être qu'il peut procurer à lhamanité): de cette France qui a moublé les cerveaux de tous vos professenre, et qui vous donne le pain quotidien de sa littérature médicale, de cette France qui a toujours été grande et belle dans les progrès de notre science.

L'histo’ re de l'enseignement de la chirurgie opératoire, en France, remonte à la Révolution, qui, en supprimant toutes les corporations, supprima en meme temps celles des médecins et des chirurgiens. Le recrutement de ces derniers fur momentanément suc rendu, jusqu'à ce qu'un besoin urgent de médecins se fit sentir. C’est alors que la Convention, pour fournir des rédecins aux armées, s’occupa de la fondation d’une école de santé. et à la suite d’un rapport de Fourcroy «a création fut décidée.

Ce rapport disait entre autre chose: “T1 n° suffit pas de donner

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des lecons et de faire des cours publics: le défaut des anciennes é-

thon etait le se bofher et qu lu sorte, à des paroles pour les

élèves: la lecon finie, Pobjet n'en etait plus retracé sous Les veux; 1 évanouissait promptement de leur mémoire, Pans l'école centrale de inte, comme dans celle des trasan publics, hi pratique, la manipula

Lion seront joitites aux préc tes theuriques, Les eleves seront evercé AUX eXperIetoes chunique , diese fiotis ahatoniique S, GbiX operd tons chirurgicales, aux appare Peu lire, beaucoup voir et beaucoup faire, telle sera le base du nouvel ensersmement que les comités vous roposent de décréter.”

Ce programme alléchant de Foureros n'en a pas moins pris prè Fun sit de à se réaliser pour li medecine opératoire, et d'une facon Men Hpairlaité, puisque motne aujouedlut on trouve cet enseiune ment pratique bien insuffisant en runce,

Le premier titulaire de la chaire de médecine, à Paris, fut Nabater (9), cu lonctionna pendant 13 ans. Dupuytren lui succéda ü lac de ans, Initis 1 permit bientot avec Pelleetun, peur devenu chirurgien en chef de FHôtel Dieu. Cest au moment de la nominaton de ticherand, en ISIS, que Le titre de Médecine opératoire fut remplacé par celui d'Opérations et appareils que la chaire porte eneore officiellement aujuord'hui. Blandin occupa la chaire jusqu'en IS19, puis Malguine lui succéda, Ce dernier occupa cette chaire avec beaucoup de succès pendant quinze ans: son traité de médecine opératoire est resté }" nuit des années Je bréviaire des chirurgiens ; mais il était d'une maladresse manucile dont il était Le premier à se Hioquer,

Denonvillier, LeFort, se succédèrent; puis vinrent ceux qui aidèrent à propager les méthodes opératoires nouvelles: Duplay, Tillaux, Berger, Terrier, Reclus, Sesond, Hartmann.

Ce qui nous fronune Je plus dans Phistoire de la chaire de médecine opératoire, à la Faculté de Paris, c'est que celui qui a le plis contribuë à son perfectionnement n'en à jamais été le titulaire.

En effet, pres d'un siècle après le rapport de Fourcroy, en 1838, Farabeuf organise l'enseignement pratique de la médecine opératoire à l'école pratique: c'est là qu'il a créé de toute pièce un enseigr.ement pratique de Fanatomie 4 de la méd-ine opératoire, IE fit triompher ses idées et aujourd'hui encore nous vivons sur les programmes qu'il avait dressés, Tous les chirur fens qui se réclament de l’école francase, sont, au point de Vue de a technique opératoire, des émanations de Farabeuf. Par l'enseignement qu'il dennait aux aides, aux prosecteurs, par son livre, il a maintenu la chirurgie francaise dans sa

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tradition, il a développé sa caractéristique propre, qui est une supériurité, la précision de l'acte opératoire basé sur l'anatomie,

Mais si vivante que soit l'oeuvre de Farabeuf, elle n'est pas com plète pour les besoins de notre époque, qui pourtant n’est pas bien éloiunée de la sienne, D'ailleurs il nous avertit lui-même dans la dernière édition de son volume, publié en 1895, “La technique des opérations nouvelles nest trop étrangère, dit-il, pour que je me mêle de l'enseigner, Je ne veux plus rien ajouter à ce livre: je souhaite ardemment qu'un plus jeune que moi fasse, pour les opérations qui n’y sont pas décrites, ce que j'ai fait pour celles que je croyais connaître uffisamment.”

Ce quelqu'un que Farabeuf souhaitait si ardemment, la France l'a eu dans la personne de Terrier. Un des premiers il adopta les méthodes antiseptiques et le pansement de Lister, dont Championière Sétait fait Fapôtre Avec ses amis Nieaise et Périer, il visitait les hôpitaux anglais, en particulier le Samartan Hospital, où la chirurgie abdominale brillait d'un vif éclat . I faisait, à son tour, de l’hôpital Bichat un centre de propagande pour cette chirurgie, alors dans l'enfance à Paris. C’est encore dans son service de lhôpital Bichat qu’il substitua à l’antiseptie, l’aseptie. Au lieu de regarder la chaire de médecine opératoire, qu'il ocerpa de ‘893 à 1900, comme une chaire de passage et de demander à la quitter dès qu’une chaire de clinique devint vacante, il y resta jusqu’à l’âge de la retraite. Avec lui pénètrent définitivement dans lPenseignement de la Faculté de Paris les opérations viscérales qu'il avait déjà contribué à vulgariser par sa pratique hospitalière.

Par les congrès et la presse médicale, les ‘dées nouvelles ont pu se propager, les initiatives isolées se faire cor ‘uître, et tout un régiment de chirurgiens contemporains est venu enrichir le denaine de la chirurgie opératoire.

Comme vous le voyez, Messieurs, l’histoire de la chirurgie opératoire viscérale est plutôt “ontemporaine. Et moi qui vous parle, un des plus jeunes de cette Faculté, j'ai assisté à ses débuts craintifs et à ses progrès journaliers, si rapides, que l’on a peine à les suivre.

Voila, Messieurs, enquelques lignes lhistoire de la chirurgie opératoire en France: cette histoire est en même temps la nôtre puisque la France a toujours été la mère nourricière de nos cerveaux.

Mais que doit être le cours qu’on me confie tel que compris pour les besoin: d'aujourd'hui et de demain ?

CHIRCRGIE OPÉRATOLH)

Qu'on fur donne le titre de Médacine opérito re, dl ha rations et appareils, de chirurgie opératoire, ou celui ol Pons dl chirurgie « \perinentule, l'objet n'en rete puis moins le m me: l'air sur le cadavre ou sur es animaux vivante des cles de teur opératoire, qui permettront ' tard a Pélse d'appliquer cet act chirurgical à un cas vathologique particulier

Notre Faculté a eu lheureuse idée de url ü la chivui opéra toire l’enseiwnement d l'anatomi topographique cola nous permettra d'avantage d'insister sur a Précision de Pacte « peratoire basé sur l'anatomie, Mais l'anatomie telle que he tcoprenilrons sera celle que Tilleux nous à si bien décrite dur volt, qui reste comme

un Monument vivant et inaltérabl

Anatomie régionale et chiruroi opératoire he feront donc qu'un

seule et même chose dans notre era Ment pratique,

S'il est vrai qu'on p étre Un excellent anatomiste sans

chirurgien, nous voudrions ous conaitere qu'on he peut pas étre birurgien habile et consciencioux sans connaitre ul Fanatomi humaine. Il taut faire disparaître ce vieux di ni qu'us fort er anatomie ne devient jamais un brillant ch “urgien,

Mais bien des choses ont évolrc depuis Farabeuf, ol l'enseigne ment qu'il avait créé d'une facon à parlaite pour les besoins de son époque, devient bien insuffisant Mathtenant que la chirureie à telle ment empiété sur le domaine de la médecine, qu'elle ne peut plus tolé rer le qualificati® de “Pathologie extrne.”

Avec l'antisepsie et lasepsie, avec une hémostase ina ental très simplifiée, avec des te hniqies opératoires bien révléc Lresque tous les viscères ont été attaqués avec succès,

Comme nous sommes loin de l'opinion erronée de Boyer qui évri vait en 1821: “La chirurgie a fait de nos Jours les olus grands prour et semble avoir atteint, où peu s'en faut, le plus haut degré de perf tionnement dont elle paraisse susceptible.

Cet écrivain n'avait pas la cluirvovance d’un Jules Verne! C'est en effet quelqes années après sa déclaration de la faillite de la chi rurgie que Noubeiran et Guthrie, en IS31 découvrirent le chloroforme, qui devait faciliter l'exercice de la chirurgie d’un facon & bienfaisante: c’est en 1846 que l'Américain Morton utilisait pour la première fots les vapeurs anesthésiques de léther, qui devait rendre de non moins grands services que le chloroforme: c’est un peu plus fard que, tout d’un coup, les choses ont changé, sous l'action d'un puissant élément de rénovation scientifique: l'oenvre de Pasteur,

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Mais cette rénovation scientifique, au point de vue chirurgical, cest de l'histoire vécue pour tous les chirurgiens qui dépassent 40 ans, Vous qui m'écoutez, Messieurs, vous ne vous doutez peut-être pas qu'une des interventions chirurgicales les plus courantes, et que Vous avez vue souvent exécuter dans nos hôpitaux, Fliystérectomie abdominale, était absolument ignorée il v a 30 ans: du reste cest le 12 décembre ISS3 que Péan pratiqua de propos délibéré la première hystérectomie vaginale pour lésions bilatérales des annexes, et on ne parlait pas encore, à cette époque, de lhystérectomie abdominale qui est venue après: Legueu, un des plus brillants chirurgiens français de notre é poque, qui a eu comme collaborateur celui qui fut à la fois mon premier et mon dernier maitre, nous dit dans son volume publié en SOS. en parlant de lhystérectomie par la voie haute: “Malheureusement le petit nombre des interventions que nous avons pratiquées et de celles publiées par d'autres ne nous permettent pas encore de juger la valeur, immédiate et éloignée de cette opération.”

Ce que je viens de dire de l'hystérectomie, peut se répéter pour toutes les autres interventions de la chirurgie viscérale. Tévelution des techniques opératoires s'est faite si rapidement, qu'à quelques années d'intervalle, une technique qui était considérée comme un térium de garantie, est détronée par une autre plus parfaite. De srands progrès ont été réalisés, de non moins grands restent à faire. La chirurgie vasculaire, toute nouvelle. nous promet tout un monde de surprises,

Mais pour chacune de ces opérations, encore relativement récentes, il faut reprendre, au point de vue chirurgical, Panatomie de la région ur laquelle on a à intervenir, il faut aussi étudier l'anatomie pathologique des lésions que lon veut traiter.

Mais quand finiront ces progrès incessants de la chirurgie? Soyons prudents! Ne faisons pas comme Boyer. il v a un siècle; ne déclarons pas si tôt la faillite de la chirurgie! Nous avons empiété ur de domaine de la médecine, c'est peut-être cette dernière qui arrêtera cette course effrénée de la chirurgie, par des sérums et des agents encore isnorés: d'un autre côté, devant ces progrès constants, peutêtre reviendrons nous aux anciens jours où il existait à la fois, et une corporation de médecins et une autre de chirurgiens.

Une association nouvelle et toute puissante, composée de presque toutes les célébrités chirurgicales d'Amérique, et dont font partie plusieurs de vos professeurs, croit entrevoir cette dernière solution.

Cette société, qui vent se substituer aux Universités, qui ne déli-

vrent pas encore de brevet de compétence chirurgicale ou qui plutot accorde cette compétence à tous leurs gradués, s'appelle Fe Ameriean College of Surgeons.”

Pour devenir membre de cette association, il faut avoir été interne dans un hôpital 41 faut avoir fait des études spéciales de chirurgie, attaché à un service de chirurgie, et se livrer exclusivement à l'exer cice de cet art: ces qualifications scientifiques jointes à des qualilien ons morales très importantes, permettent au candidat de se précen ter À un eXamen qui consiste à eXécuter, sous contrôle, cinquante opé rations consécutives,

Il faudra done, Messieurs, pour répondre aux besoins de l'état actuel de la science chirurgicale, modifier dans la mesure de nos modestes moyens l’enseignement. d la chirurgie opératoire; sans ou blier cependant que nous devons nous adresser à des élèves qui, pour la plupart, sont destinés à faire des praticiens et n’exerceront la chirureie qu'incidemment.

Ma tâche sorait bien lourde si je ne conmplais sur voire bienveil lant concours, sur celui de mes assistants bénévoles, et sur le support moral et plus tangible de notre Faculté.

Te vous livrerai, sans réticence, sans éponvantail, le moillour du peu que je sais. Mais vous comprendrez rapidement qu'on peut diffi clement réaliser le miracle de faire des chirurgiens en 30 lecons,

À ceux qui se sentiront des aptitudes à continuer le travail, à peine ébauché, j'espère que notre Faculté facilitera l'accès dans notre laboratoire, après leurs études universitaires terminées.

Et si nous réussissons en si pen de temps à vous donner le feu sacré, la curiosité scientifique: si nous réussissons à vons commnniquer le respect de cet art chirurgical si humainement utilitaire, notre Joie sera grande et nos efforts bien recompensés,

Mais nous voulons pousser plus loin notre idéal. Sans ambi tionner de faire des conquètes nouvelles nous pouvons nous perfe: tionner: aussi c’est dans cette voie que nous travaillerons ensemble,

Notre agglomération nationale est tellement isolée dans cette vaste Amérique qu'il faut donner plus d'intensité à nos actions ot à notre émulation pour s'imposer à l'attention de nos nombreux voisin

Vous, Messieurs, qui êtes la réserve de demain, par vos travaux et par vos recherches, vous vous rendrez dignes de nos grands initia teurs d'outre-mer, en propageant dans cette Amérique la science franqaise qui nous est si chère et qui devra subsister, encore plus triomphante, aux épreuves tragiques qu'elle supporte avec tant d'hé à l'heure présente.

roismn

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