‹ Chalon-sur-Saône pittoresque et démoliChapitre 12 sur 89 · LE VIEUX PONT · texte numérisé non relu

LE VIEUX PONT

vaquer dans sa cathédrale à son saint ministère. Un jour, passant sur le pont, il entendit la voix d'un ange qui lui dit : « Ite missa est »; le saint, qui avait oublié pendant ses prières l'heure de l'office, jeta son anneau pastoral dans la rivière et résolut de ne plus exercer ses fonctions épiscopales tant qu'il ne retrouverait pas cet anneau. Saint Grat passa sept années en cellule dans l'exercice de la plus rude pénitence ; après ce temps, le clerc qui le servait, ayant acheté plusieurs poissons, trouva la bague de son évèque dans le corps de l'un d'eux, et le peuple, frappé de ce prodige, obligea le saint à reprendre l'exercice de ses fonctions. »

Cette histoire paraît une réminiscence de celle que tout le monde connaît. Dix siècles' auparavant, vers 532 ans avant J.-C, Polycrate, tyran de Samos, voulant conjurer la mauvaise fortune, jeta dans la mer un anneau de grand prix qui lui fut bientôt rapporté après avoir été retrouvé dans le corps d'un poisson.

Je citerai encore cette autre curiosité, rapportée par Perry (p. 280) : « C'est du haut de ce pont qu'en l'année 1448 une fille débauchée et libertine fut noyée pour sa vie impudique et scandaleuse; elle fut mise dans un sac de toile et jetée dans la Saône par l'exécuteur de la haute justice. »

Je ne puis me défendre d'un horrible frisson à la seule pensée de l'énorme besogne qu'aurait aujourd'hui le bourreau, si la loi ordonnait de pareilles rigueurs. Je devrais encore une mention particulière au Pas d'armes de la Fontaine de Pleurs, qui s'est donné au pied de ce pont durant une année, du .1- novembre 1440. au 31 octobre 1450; mais cette intéressante chronique chalonnaise, dont le retentissement s'étendit au delà des monts et des mers, a été trop bien racontée dans tous ses développements par M. Marcel Canat de Chisy.

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