EN CETTE ÉGLISE LES SAINTS ÉVÉQUES DE CHALON
« Le Samedi Saint 13 avril 1805 Pie VII y est venu
VISITER LES RELIQUES DES SS. MARCEL ET AGRICOLE ET A BÉNI LE MAITRE-AUTEL. »
f Immédiatement à côté de la précédente, on voit cette épitaphe originale en lettres onciales du xi e ou xn e siècle rappelant la fondation d'un autel sur les reliques des saints martyrs :
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Pierre grise large de o",i4 sur o",z! de hauteur.
1. Loup, Agricole, Flave, Jean, Grec, Tranquille et Désiré (L. Niepce, p. î6).
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SAINT-MARCEL
6° Dans le collatéral de gauche, vis-à-vis de la troisième travée, une pierre noire incrustée dans le mur nous apprend que les restes de saint Désiré, évêque de Chalon, ont été déposés dans cette église vers Tan 600.
Hic
CONDITUM EST CORPUS
S" Desiderii episcopi Cabilon
Cette inscription paraît avoir été restituée au xvn e siècle. Elle mesure o"\tf sur o n, ,$o.
A la suite de toutes ces pages anciennes rappelant des faits et des dates mémorables, l'art moderne et quasi contemporain est venu marquer sa place par trois œuvres importantes, qui sont placées derrière le maître-autel dans le fond de la nef.
D'abord deux tableaux de très grande dimension : ils mesurent 6 mètres de largeur, 3' n ,3o de hauteur; malheureusement en trop mauvais état pour qu'il soit facile d'en bien apprécier les qualités. L'un est deDevosge, le chef de l'école dijonnaise au xvm e siècle; il représente une scène du martyre. Saint Marcel, étendu sur un lit de supplice, reçoit la flagellation sous les yeux du proconsul romain. Peint avec talent, bien ordonnancé et bien dessiné, ce tableau a les qualités et les défauts de l'école de David affaiblie.
L'autre représente la première prédication de saint Pierre. L'apôtre, debout sur les marches d'un temple, parle au peuple assemblé. C'est une œuvre médiocre, due cependant au pinceau d'un homme de grand talent, G. Boichot, le sculpteur chalonnais, l'auteur renommé d'œuvres très estimées et notamment du groupe qui est la pièce d'art la plus importante de cette basilique et qui ne peut laisser indifférent ni l'amateur ni l'artiste.
C'est un monument de sculpture de très grande dimension, occupant le fond du chœur entre deux fenêtres à plein cintre dont il est en quelque sorte le trumeau. Supporté par un piédestal cylindrique en marbre polychrome d'environ six mètres de hauteur, ce groupe, dominant de manière à être vu de tous les points delà nef, produit un grand effet. 11 est en pierre blanche et se compose de deux figures d'anges ailés de 2"', 3 o c. de hauteur, l'un nu, l'autre drapé, soutenus dans les airs par un nuage habilement massé. Ces deux anges portent une châsse dorée qui contient les reliques vénérées de saint Marcel et de saint Agricole. Ce grand morceau de sculpture, qui dans son ensemble ne mesure pas moins de 6 à 7 mètres de hauteur, est traité fort
SAINT-MARCEL
magistralement. D'une grande allure, il est mouvementé avec beaucoup de grâce et de légèreté. L'ange drapé qui est à gauche est surtout remarquable par l'élégance, la distinction et la vie. Un écrivain ^ de talent, critique de goût 1 , a pu dire que ces figures respiraient un air trop mondain — peut-être ? Mais ils vivent, agissent et paraissent animés de sentiments qui expriment plus et mieux que les airs ternes et convenus de béatitude ou d'extase céleste.' A mon avis, c'est l'œuvre maîtresse de notre éminent sculpteur chalonnais.
La primitive église de Saint-Marcel paraît avoir été terminée vers 577. C'était une basilique vraiment royale édifiée mirifice, et solerter". Aujourd'hui elle n'a rien de bien remarquable. C'est un grand vaisseau comprenant cinq travées, un transept et le chœur. Il est formé de trois nefs, une principale et deux collatérales, du style ogival primitif le plus correct et d'un grand caractère. On peut dater cet édifice du xm e siècle. Rien ne rappelle l'époque de sa première édification, si ce n'est toutefois une petite porte latérale, en plein cintre et en moellons, que l'on trouve à gauche dans le pronaos. Ce petit reste d'architectnre me paraît être à peu près contemporain de la fondation de l'église parle roi Contran, c'est-à-dire de l'an 577.
En ce qui concerne l'ancienne abbaye, ce qu'il en reste est sans intérêt.
Toutefois, dans la cour de cet établissement, j'ai pu voir deux énormes fûts de colonnes antiques en granit gris. Ils étaient étendus et à moitié enfouis dans le sol 3 Un autre fût de trois à quatre mètres de hauteur, également en granit gris et paraissant avoir les mêmes proportions que les précédents, est dressé debout près de la porte d'entrée de l'église extérieurement 4 . Cette colonne est surmontée d'une petite statue de la sainte Vierge.
Etrange rapprochement à faire, si l'on se souvient que l'apôtre saint Marcel fut en dernier lieu amené à Hubiliac devant une colonne surmontée de la fameuse statue olovitréenne d'Ammon.
D'où viennent ces colonnes antiques ? On peut supposer qu'elles ont fait partie
1. Guillemin. Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie, t. V.
2. Abbé Cazet, p. 154. Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie, t. I".
3. Un quatrième fût de même nature est enfoui dans la chaussée qui conduit à Chalon, à environ 300 mètres de l'église. Cette chaussée, croit-on, est celle à laquelle ont travaillé les Romains, la reine Brunehaut et l'évèque Henry Félix. On peut voir poindre la base de cette colonne sur le versant nord du remblai, après le deuxième ponceau, à deux mètres environ à l'ouest d'une croix processionnelle.
Des deux tûts que j'ai vus dans la cour, l'un a été transporté à Epervans, où il sert de support dans un moulin; l'autre est placé dans le jardin des sœurs de Saint-Joseph, près de l'église de Saint-Marcel, et sert de support à une figure de saint Joseph. Tous quatre sont de même nature et paraissent être des moitiés de colonnes provenant d'un même monument.