ACTE PREMIER
ANDRÉ
Non, non ! Je ne veux pas le savoir !
MADAME DE MONBISSAG.
Tu devrais te marier !
ANDRÉ
Là! Voilà ce que je voulais éviter I Mais quelle rage avez-vous de marier les gens ! Je vous ai dit, une fois pour toutes que je ferais un déplorable mari !
Tous les hommes disent ça, pour se vanter !
ANDRÉ
Mais moi, je ne me vante pas!... Je me connais bien, allez ! Ce n'est pas ma plus belle relation !
MADAME DE MONBISSAG.
Toi, tu es le meilleur garçon du monde !
ANDRÉ
Le meilleur vieux garçon. Je mène régulièrement une vie irrégulière ; je ne peux pas accomplir à heure fixe les actions ordinaires de la vie : je dors quand j'ai sommeil, je mange quand j'ai faim. Je n'ai pas d'énergie, pas de suite dans les idées, j'ignore encore ce que c'est qu'un devoir ; j'exècre tout ce qui représente l'existence bourgeoise, les timbres de quittance, le droit de voter, les pendules, les lits à deux, les scènes de jalousie, les pincettes, les moutards, les armoires qui ferment à clef, et les ouvrages de dames! Je suis colère, dépensier, prodigue et pas sérieux ! J'ai commis, ma chère tante, toutes les bêtises possibles! Dans les familles, on ne prononce mon nom qu'en se signant, et les femmes honnêtes me regardent avec blâme; c'est à cela que je les re-
connais. Maintenant que je vous ai développé ma profession de foi, vous me laisserez tranquille.
MADAME DE MONBISSAG.
Tant pis! Je t'avais trouvé une femme ! Et une gentille I
ANDRÉ
Je ne veux pas savoir qui !
Vraiment? Elle est icil
ANDRÉ
Inutile de me donner des regrets! Je m'en vais.
MADAME DE MONBISSAG.
Pas avant d'avoir fait danser Nicolettel... Tu ne m'as même pas demandé de ses nouvelles!
ANDRÉ, indifférent.
Pardon ! Elle va bien?
MADAME DE MONBISSAG.
Une merveille !
ANDRÉ, même jeu.
Ah!
MADAME DE MONBISSAG.
Elle est devenue jolie comme un ange !
ANDRÉ
Tant mieux.
MADAME DE MONBISSAG.
C'est une femme à présent! Tout le monde lui fait la cour, tu sais!
ANDRÉ
Je l'espère bien !