ACTE PREMIER
NIGOLETTE.
Déjà !
Notre tante me l'a bien recommandé, (a part.) Et puis les exercices du corps ça calme l'imagination.
NIGOLETTE.
Mais n'aviez-vous pas à m'entretenir d'une chose importante? La Ghambotte m'avait annoncé...
ANDRÉ
Ah ! Oui ! Excusez-moi ! J'avais perdu le fil.
NIGOLETTE.
Allez! Je vous écoute avec intérêt!
ANDRÉ, à part.
Il m'a dit de tâter 1 Tâtons 1 (Haut.) Nicolette.r. Vous avez vingt ans !
NIGOLETTE.
J'espère les avoir encore longtemps.
ANDRÉ
Avez-vous déjà songé au mariage?
NIGOLETTE.
Oui, depuis dix ans!
ANDRÉ
Mâtin... Et... qu'en pensez-vous?
NIGOLETTE.
Beaucoup de bien !... J'en pense d'abord que c'est le plus court chemin de... de Pau à Paris.
C'est un point de vue. Et puis?
NIGOLETTE.
J'ai pensé que c'est le seul moyen pour une jeune
femme d'avoir sa liberté, et qu'il n'y a pas de plus belle invention, pourvu que l'on s'en serve avec discernement.
ANDRÉ
C'est-à-dire?
NIGOLETTE.
Qu'il ne faut pas lui demander plus qu'il ne peut donner, ni lui accorder tout ce qu'il réclame de vous.
ANDRÉ
A la bonne heure !... Vous ne vous montez pas le bourrichon, vous. Ainsi, vous ne tiendrez pas à un mariage d'amour ?
NIGOLETTE.
Amour? du côté de qui? de moi? ou de l'autre ?
ANDRÉ
Des deux.
NIGOLETTE.
De l'autre? Je me méfierai toujours ! De moi, il n'y a pas à craindre. D'ailleurs, est-ce bien nécessaire pour vivre ensemble. Une bonne camaraderie suffirait, ne trouvez-vous pas ?
Ma ioi, vous raisonnez très bien, pour une jeune fille... Alors qu'est-ce que vous réclameriez de votre mari ?
NIGOLETTE.
Qu'il me laisse mon indépendance, à condition que je lui laisse la sienne; qu'il ne change rien à sa vie ordinaire, qu'il aille où il voudra pourvu que j'aille où je voudrai.
ANDRÉ
Vous ne vous rencontrerez pas souvent.