ACTE TROISIÈME
Parbleu... j'étais sûr que tu ne m'en voudrais pas! Tu es un garçon intelligent.
ANDRÉ
Venant de toi, ce compliment me flatte.
LA CHAMBOTTE
D'abord, tu n'as pas de raison de m'en vouloir. Tu sais bien que je n'ai jamais été pour Nicolette qu'un aini!...
ANDRÉ
Un frère !
LA CHAMBOTTE
Seulement que veux-tu... on a fait la cour à une femme mariée; ça vous crée des devoirs quand elle divorce.
ANDRÉ
La Ghambotte ! on entre de plain pied dans ton âme!
LA CHAMBOTTE
Et puis j'ai écrit à ma mère!... Ah! si je n'avais pas écrit à ma mère!
ANDRÉ
Eh bien, mon garçon, je te souhaite beaucoup de bonheur, (Nicolette s'approche.) Que mon exemple te serve de leçon. Tâche d'être pour elle le mari tendre, le mari aimant qu'elle mérite, lâche de lui faire oublier les mauvaises heures qu'elle a passées près de moi.
Oh! il n'y en a pas eu que de mauvaises.
ANDRÉ
Mais si!... je n'ai pas compris que l'on pouvait
I'i8 CHAMBRE A l'AUT
être très heureux dans une existence qui me semblait banale et absurde. Vois-tu, La Ghambotte, l'on ne voit le prix des choses que quand on va les perdre.
NIGOLETTE.
A qui la faute si vous les avez perdues !
ANDRÉ
Pardon! Je parle à mon vieil ami La Ghambotte ! Surtout n'essaie pas d'être un camarade, sois un mari tout bonnement ! Gar on ne te fera pas crédit d'une expérience !
NIGOLETTE.
Bien entendu, si cette expérience consiste à tromper votre femme avec toutes mes amies.
LA GHAMBOTTE.
Mais je n'ai pas l'intention de...
NIGOLETTE.
Une femme que l'on néglige cherche à se distraire.
ANDRÉ
Vous avez cherché à vous distraire ?
NIGOLETTE.
Pardon! Je parle à La Ghambotte!... Elle se console avec le premier imbécile venu!
LA GHAMBOTTE, vexé.
Ah! un instant! De qui parlez-vous?
NIGOLETTE.
Enfin, il n'est pas temps de récriminer ; dans une demi-heure la personne que Desvignolles nous envoie sera là! (Elle sonne.) Alice?
LA GHAMBOTTE.
Quelle personne?