‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 100 sur 201 · Ed. AfUuis, 1, 37o · texte numérisé non relu

Ed. AfUuis, 1, 37o

l'observateur kï lu moralistk 143

dans les petites, ils se montrent comme ils sont'. « Si bien qu'il est convaincu que la connaissance du monde ne peut être, au vrai, que « le résultat de mille observations fines ». Avec cette conviction, bien qu'il veuille donner à son livre une portée générale, il se trouve en garde contre la tendance à généraliser et il juge comme des cbarlatans les moralistes qui y cèdent trop aisément. De pareils scrupules n'ont-ils pas de quoi rassurer et ne peut-on croire d'un écrivain, qui s'inquiète si fort de la vérité, que, s'il lui arrive de la sacrifier à sa passion, ce n'est qu'à son insu et à son corps défendant?

Qu'on n'oublie pas surtout que la passion qui anime Cliamfort n'est point celle de ces hommes médiocres qui ne s'émeuvent que de ce qui les atteint dans leurs intérêts. A la vérité, de ses déboires, de ses déceptions personnelles, vint d'abord son irritation contre la société de son temps ; à une heure, nous l'avons dit, il eut de la rancune et ne la cacha pas. Mais il ne tarda pas à se perdre de vue lui-même, ou plutôt, sans oublier qu'il avait été victime de l'iniquité sociale, il s'indigna moins des maux dont il avait eu à souffrir personnellement que de ceux qui pesaient sur la nation. Sa passion prit, pour ainsi parler, un caractèrepresque abstrait ; avec de la haine contre les institutions de l'ancien régime, il ne montra pas d'animosité contre les personnes ; etquand ses traits atteignent le roi ou les nobles, c'est la royauté, c'est la noblesse qu'il a

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