‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 103 sur 201 · Fd. AuGUls · texte numérisé non relu

Fd. AuGUls

a. Hd. AuGUIs, 1, 338.

l'observateur et le moraliste 14"

justement ce qui blesse l'âme de Chamfort, et ce qu'il s'efforce de faire ressortir dans l'organisation sociale de son temps et de son pays. Selon lui, « le principe de toute société est de se rendre justice à soi-même et aux autres ' » ; c'est-à-dire que chaque individu a le droit de prétendre au développement complet de ses facultés, tant qu'il respecte ce même droit chez autrui. Or, la société française du xviif siècle l'observe-t-elle ce principe dejustice ? — Elle semble au contraire organisée dans le dessein exprès de le violer. « Quel est l'être le plus étranger à ceux qui l'environnent ? Estce un Français à Pékin ou à Makao ? Est-ce un Lapon au Sénégal ? Ou ne serait-ce pas par hasard un homme de mérite sans or et sans parchemins, au milieu de ceux qui possèdent l'un de ces deux avantages, ou tous les deux réunis? N'est-ce pas une merveille que la société subsiste avec la convention tacite d'exclure du partage de ses droits les dix-neuf vingtièmes de la société ^ ? » — Pour que cette étrange merveille soit possible, ce n'est point assez que la société interdise à l'homme de méritede s'élever; il faut encore qu'elle le déprime. Voilà pourquoi les institutions sociales de son temps paraissent à Chamfort « avoir pour objet de maintenir l'homme dans une médiocrité d'idées et de sentiments qui le rendent propre à gouverner et à être gouverné ^ ». Et, parce qu'elle est ainsi contraire à la Justice, à l'ordre véritable, cette orga-

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