Marmokiel, J/('/«oj"r«s. Livre XIV
faisait éprouver, et c'était pour leurs enfants qu'ils gémissaient. Chamfort en prit un sur ses genoux : Viens, ditil, mon petit ami, lu vaudras mieux que nous ; quelque jour tu pleureras, en apprenant qu'il eut la faiblesse de pleurer sur toi, dans l'idée que lu serais moins riche que lui ' . »
Et ce n'est pas là une attitude héroïque prise parce qu'elle a des témoins. Dans une lettre tout intime, Chamfort tient le même langage : « J'entends crier à mes oreilles tandis que je vous écris : Suppressioti de toutes les pensions de France ; et je dis : Supprime tout ce que tu voudras ; je ne changerai ni de maximes, ni de sentiments -. » Loin de regretter ce que la Révolution lui ùtait, il lui oHrit de lui-même ce qu'elle ne demandait pas. Garât a conté que, pour le triomphe de la cause révolutionnaire, Chamfort « ouvrit sa bourse de cuir et en tira 1000 écus, c'est-à-dire les économies, de vingt ans de privations et de travaux^ ». Dira-t-on que cette générosité était calculée ; qu'il songeait à placer son argent à gros intérêts, qu'il aurait réclamés quand la cause aurait été gagnée ? Outre que l'opération doit paraître bien aléatoire, il faut noter que Chamfort, malgré ses relations avec les chefs du parti populaire, Talleyrand, Sieyès, Mirabeau, n'obtint ni places, ni honneurs : c'est sans doute qu'il n'en demanda point, car il était en passe de ne se voir rien refuser. Quand plus tard, en 1792, Roland le nomma avec Carra à la Ribliothèque