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de V homme public ; il vivait dans l'inlimilé de Cabanis, qui piiljiiail un livre sur la réforme de l'enseignement médical et qui aidait Mirabeau dans son Travail sur l'Education publique- ; il comptait des amis dans les collèges de l'Université ; il avait de nombreuses relations dans le monde des Académies. Entre les faiseurs ordinaires de Talleyrand, nul ne se trouvait donc situé mieux que lui pour recueillir tous les renseignements, tous les matériaux nécessaires à la composition du fameux Rapport '. — Ajoutons que quelques-unes des idées lesplusimportantes développées dans ce document se trouvent comme indiquées dans des articles publiés par Chamfort avant 1791. Qu'on lise en particulier un extrait imprimé dans le yi/erci//T à la date du 2 octobre 1790 ; on y trouve les critiques formulées dans le Rapport contre l'éducation du passé ; on y voit allégués les mêmes motifs pour prouver la nécessité d'une instruction publique ; l'auteur de l'article, comme l'auteur du Rapport, déclare la gratuité indispensable et la restreint à l'enseignement primaire, demande que les maîtres
l. On lit dans les jlfémoires de Talleyrand, au tome 1, p. Kiii, le passage suivant : « Je me chargoai... du Rapport du comité de Constitution sur l'Instruction puhlique. Pour faire ce grand travail, je consultai les hommes les plus instruits et les savants les plus remarqués de cette époque où existaient M. de Lagrange, .\I. de Lavoisier, M. de la Place, M. Monge, JI. de Condorcet, M. Vici| d'Azyr, M. de la Harpe. Tous m'aidèrent. L'espèce de réputation que ce travail a acquise exigeait que je les nommasse. » Talleyrand ne prononce pas le nom de Cliauifort. Mais est-ce bien une raison pour (pi'il ne lui doive rien ? Ce silence ne ferait-il pas plutôt présumer qu'il lui doit tout... ou à peu prés ? — Arnault a désigné l'abbé Uesrenaudes comme ayant peut-être pris part à la rédaction du Rapport ; il se peut en effet qu'il ait mis la main à la partie relative aux écoles ecclésiastiques ; mais sa collaboration dut se borner à cela.
des écoles du second degré soient non pas rétribués, mais subventionnés par l'Etat, et proteste contre tout monopole en matière d'éducation. Quelle est la pensée maîtresse de l'œuvre signée par Talleyrand ? C'est que l'école a surtout pour butde former le citoyen. « 11 faut donc que la déclaration des droits et les principes constitutionnels composent à l'avenir un nouveau catéchisme pour l'enfance, qui sera enseigné jusque dans les plus petites écoles du royaume. Vainement on a voulu calomnier cette déclaration ; c'est dans les droits de tous que se trouveront éternellement les devoirs de chacun, b Qu'on mette en regard de ce passage les lignes suivantes de Cliamfort: « Supposons qu'au lieu de mettre dans leurs mains (des hommes du peuple) un catéchisme de métaphysique absurde et inintelligible, on en eût fait un quieùf contenu lesprincipesdes droits des hommes et de leurs devoirs fondés sur leurs droits, on serait étonné du terme où ils seraient parvenus en suivant cette route tracée dans un bon ouvrage élémentaire '. » On peut dire sans doute qu'il n'y a là qu'une rencontre ; mais il iaut au moins avouer qu'elle est frappante.
Peut-être ne serait-il pas impossible, si l'on faisait sur le style du Rapport une étude minutieuse, d'y retrouver la main de Chamfort. \ première vue on y remarque des alliances de mots qui sont assez dans son goût, et aussi des formules qui ont quelque chose de ce tour aphoristique
•i 1. Ed. AUGUIS, 1, 447.
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qu'il aimait à donner à sa pensée; mais des indications de ce genre peuvent toujours paraître incertaines et trop discutables. On aurait plutôt de quoi se convaincre, en notant dans le Rapport cer ■ lains traits qui appartiennent en propre à Çliamfort, des opinions qui lui sont particulières. Par exemple, je lis dans le Rapport : « La vérité est la morale de l'esprit, comme la justice est la morale du cœur »; et dans les Pensées : « La conviction est la conscience de l'esprit ». Là je vois : « Il est raille fois prouvé qu'on ne sait réellement, qu'on ne voit clairement que ce qu'on découvre » ; et ici : « Ce qu'on sait le mieux, c'est ce qu'on a deviné »; ou encore : « Ce que j'ai appris, je ne le sais plus. Le peu que je sais encore, je l'ai deviné ». Dans ses réflexions sur l'esclavage et la liberté en France avant et depuis la Révolution, il déclare que les Français n'ont pas, ne peuvent pas avoir d'iiistoire : « Il n'y a d'bistoire digne d'attention que celle des peuples libres; l'histoire des peuples soumis au despotisme n'est qu'un recueil d'anecdotes ". Et l'auteur du Rapport parle et pense de même : « On offrira à leur mémoire (des enfants) l'histoire des peuples libres, l'histoire de France, ou plutôt desFrançais, quand il en existera une. » Ces rapprochements, qui paraissent significatifs, ne sont pas les seuls du même genre qu'on puisse établir.
Nous nous gardons bien d'ailleurs de prétendre que tout cela suffise pour pouvoir revendiquer hardiment au profit de Chamfort la paternité du Rapport sur r Instruction publique. Mais il y a là, croyonsnous, de quoi renforcer le témoignage d'Arnault;
or, par lui-même, ce témoignage paraît avoir déjà quelque autorité ; Arnault a pu être bien informé et son assertion ne surprend guère, lorsque l'on connaîtla situation queChamfort occupait près de Talleyrand, lorsque surtout l'on songe que, préoccupé dès longtemps des questions d'éducation et passionné pour le bien public, il n'apasdù manquer l'occasion de traiter un sujet qui l'attirait et qui intéressait si tort l'avenir de la Révolution.