Ed. AuGUts, V
2. Dans les Souvenirs d'un sexagénaire an Vincent Arnault (tome II, p. 133), il est parlé de cette Julie qui fut la femme de Talma, et du charme de son salon : «. Dire que, dans son salon, où le vicomte de St'gur et le comte de Narbonne se rencontraient avec Chamfort et David avant 1789, David et Chamfort s'étaient rencontrés habituellement depuis avec Mirabeau, Vergniaud et Dumouriez, c'est prouver qu'à ces diverses époques ce salon avait été le point de réunion des hommes les plus remarquables. »
pour certaias révolutionnaires sans scrupules sans conscience. « C'est un ange que votre Pache, disait il un jour à un ami de celui-fi; mais à sa place je rendrais mes comptes. » Il disait aussi, à l'heure où Barère commençait à prendre de l'ascendant : « C'est un brave homme que ce Barère, il vient toujours au secours du plus fort ». Avec les Girondins, il fut des premiers à appeler et à hâter l'avènement de la République. 11 partagea cette foi généreuse qu'ils avaient dans la toutepuissance des idées, dans la vertu bienfaisante de la liberté.
a Chamfort, écrit M™" Roland, a partagé l'extrême confiance que j'ai toujours reprochée aux philosophes acteurs dans le nouvel ordre de choses ; il ne pouvait croire à l'ascendant de quelques mauvaises tètes et au bouleversement qu'elles seraient capables de produire. Vous poussez les choses à l'extrême, me disait-il quelquefois... Ces gens-là se perdent par leurs propres excès ; ils ne feront point rétrograder les lumières de dix-huit siècles '. »
Comme les Girondins enfin, après avoir mis de l'idéalisme dans sa vie, il sut mettre du stoïcisme dans sa mort.
Quoi qu'il en soit, si Chamfort s'est mêlé, à celte époque, de la politique, il n'a pas désiré, selon toute vraisemblance, y être mêlé; il n'était pas devenu un indifïérent, mais ne se souciait plus d'être un acteur. La cinquantaine une fois venue, combien peu d'hommes, à moins d'être au pouvoir, songent à rester à un poste de combat ! Et pour ceux qui ont le talent et le goût de l'obser-
i. M"« Roland, Œuvres, \ovac il. (Paris, an VIII, in-8°.)
valion, quelle tentation, au lieu de poursuivre leur marche, que de revenir sur leurs pas et de se rendre compte du chemin parcouru! C'est là sans doute ce qui amena Cliamfort à accepter d'écrire les Tableaux de la Révolution.
Cette entreprise de librairie avait été commencée par l'abbé Fauchet'. Au début de l'année 1791, un prospectus (s. 1. n. d., in-8", 4 p.) l'avait annoncée en termes ronflants au public:
« Des artistes citoyens vont buriner les grands tableaux de notre Révolution d'une manière digne de la France libre, de l'Europe qui s'ébranle pour l'être, et du genre humain destiné à le devenir. Ils ont à retracer des mouvements violents , des scènes terribles, des événements heureux et des prodiges de vertu. La nature sociale , comme la nature physique , est sublime dans ses bouleversements et ses orages , qui préparent l'équilibre des éléments et la sérénité des beaux jours.... Celte société, qui réunit, pour la partie des artistes, toute la perfection des talents, a trouvé pour historien un homme, un patriote, témoin, acteur lui-même dans les scènes principales; tous les jours de "péril, toutes les nuits orageuses, il les a passés à la maison commune de la capitale ou sur le lieu de l'événement ; il a servi la liberté de sa fortune, de son zèle, de sa voix, de sa main, de sa vie... »
Cet historien qui se recommandait ou qu'on recommandait si bien au lecteur, c'était Claude Faucliet. Mais nommé, au mois d'avril 1 791 , évêque du Calvados, il ne tarda pas à s'apercevoir que ses fonctions épiscopales pouvaient suffire à l'absorber; il sacrifia à l'administration de son diocèse son ambition d'écrire l'histoire, et, dans ce qui figure
1. Voir Maurice ToTONEUx, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française.
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au recueil d'Auguis, il y a apparence que VliUroduclion seuleest de lui ; après l'avoir composée, il passa la maia à Chamfort, qui accepta.
Il se chargeait, en vérité, d'une tilche assez ingrate et fort malaisée. Il faut songer, en effet, que dans cette publication illustrée, l'écrivain était subordonné au dessinateur ; celui-ci choisissait les sujets de ses planches que l'autre devait expliquer. Au lieu que le texte fût, à l'ordinaire, illustré par les images, les images devaient être illustrées par le texte. La suite, l'ordonnance, la proportion dans les développements devenaient presque impossibles. Chamfort a vivement senti cette gène, et, au risque de déplaire à son éditeur, il s'en est plaint tout haut :
« Nos lecteurs, dit-il, s'aperçoivent sans doute d'une des principales difficultés attachées au genre encore plus qu'à l'ordonnance de cet ouvrage, moins favorable souvent à l'historien qu'au peintre. C'est surtout dans l'histoire des premiers jours de la Révolution, que cette difficulté se fait remarquer, en rendant plus sensible la disproportion des moyens entre la plume et le pinceau. .\ux premiers moments de l'insurrection parisienne, la multitude des tableaux simultanés , ou rapidement successifs , sert à souhait le talent de l'artiste ; tandis que l'historien, dans une dépendance plus ou moins gênante, rencontrant un sujet tantôt trop fécond, tantôt trop stérile, se voit forcé de resserrer 1 un, d'étendre l'autre, au gré d'une convenance étrangère '. »
Il a sans doute compris aussi, sans le déclarer de façon expresse, qu'une pareille œuvre comportait une difficulté plus grave : puisque l'éditeur des