‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 57 sur 201 · Ed. Aur.ms, I · texte numérisé non relu

Ed. Aur.ms, I

1778' ; leurs titres indiquent assez quel était le goût du public, même du public populaire, pour les œuvres libertines, et qu'il ne manquait pas de gens pour le salisfaire. Ce sont enfin les libellistes, les auteurs de pamphlets scandaleux, les f/azclicrs cuirassés, les Morande, les Pelleport, ceux qui écrivent les Amours du vizir de Vergpnncs, les Petits soupers de l'Hôlel de Bouillon, les Pusse-temps d'Antoinette, ceux qui diflamenf sur commande, et qui, parfois, emploient le chantage, non sans succès. On aurait tort de croire qu'on pouvait sans peine tenir ce vilain monde à l'écart ; ces gens fort méprisables étaient en même temps fort audacieux. Très bruyants, très remuants, ils entraient partout, se mêlaient à tout. On les trouvait dans toutes les cabales ; il fallait (fompter avec eux ; car les lauriers de l'illustre La Morlière les empêchaient de

i. Liste (les Almanachs nouveaux, chantants et lyriques, qui se trouvent, pour cette année ms, chez Valadc, libraire, rue Saint-Jacques, vis-à-vis celle des Mattiurins :

Les Etrennes de l'Amour, almanach chantant et lyritiue.

Les Bouquets de l'Amour, au beau sexe, almanach lyrique, dédié aux amants ; par M. Gai.

Les caprices, ou l'aimable fantaisie du beau sexe, etrennes amusantes sur des airs connus et choisis exprès.

Etrennes à ma maîtresse, ou code de l'amour, ahuanach chantant.

Le messager d'amour, almanach chantant et lyrique.

Les folies amoureuses, ou le précepteur d'amour, almanach chantant.

Tablettes de Flore, ou les etrennes de l'amour et de l'amitié.

Passe-temps des jolies femmes, ou almanach des Lises et des Suzons.

La rosée de Cythère, almanach lyrique, par H"*.

Le présent sans prétention, ou ramusement de la jeunesse.

L'Amuse/nent des coquettes, ou l'emploi d'un (juart d'heure, almanach chantant.

Les charmes de la Volupté, almanach dansant, par .M. Guillaume maitre de danse.

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dormir. Les cabales, au reste, ne se formaient pas seulement parmi ces stercoraires de la littérature; et nous avons vu que la secte encyclopédique, où l'on comptait tant d'honnêtes gens, avait fait payer à Chamfort l'indépendance qu'il avait voulu garder vis-à-vis d'elle.

Sans doute, on pouvait citer des écrivains qui ne descendaient point à ces bassesses, et qui gardaient une attitude décente. Mais ceux-là mêmes • n'échappaient pas à des défauts déplaisants que leur métier, si excédant, si bien fait pour surexciter l'amour- propre, leur imprimait comme des stigmates. Ils ont beau se répandre dans le monde, ils conservent, malgré eux, comme un pli professionnel, et, en dépit d'eux-mêmes, laissent toujours percer quelque pédantisme. Leur vanité surtout, qui les rend maladroits ou malheureux, fait que leur commerce est le plus souvent incommode. Us sont toujours empressés à parler d'eux-mêmes et de leurs œuvres. « L'abbé Delille devait lire des vers à l'Académie pour la réception d'un ami. Sur quoi il disait : Je voudrais bien qu'on ne le sût pas d'avance, mais je crains bien de le dire à tout le monde '. » Ils ont, fussent-ils très grands, un éternel et insatiable besoin de louanges, fussentelles très basses. « M. de Buflon s'environne de flatteurs et de sots qui le louent sans pudeur ". t 'Pour éviter que cette vanité ne reçoivedes atteintes, ils ne reculent pas devant des vilenies. « Lorsque l'Esprit des Lois parut, il s'en fit plusieurs critiques

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