‹ Chamfort, étude sur sa vie, son caractère et ses écritsChapitre 68 sur 201 · d. Auûuia, V, 27* ,sq · texte numérisé non relu

d. Auûuia, V, 27* ,sq

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d'amour, ils étaient unis par une tendresse très vive et qui y ressemblait fort. Chamforl a pu mettre une sorte de pudeur délicate à parler de sa liaison avec son amie. iMais, nous dit Aubin, » je l'ai vu l'aimer aussi ardemment qu'une maîtresse, aussi tendrement que sa mère ' ». Ce subtil roman, cette singulière idylle de deux quadragénaires eut un dénouement tragique : après six mois passés ainsi à Vaudouleurs, M'"= Buffon mourut brusquement. Les lettres oîi Chamfort parle de cette perte sont pleines de cœur et montrent de quelle afïection il avait aimé celle qui n'était plus : a Je ne finirais pas, dit-il à l'abbé Roman, si je vous parlais de ce que j'ai perdu. C'est une source éternelle de souvenirs tendres et douloureux. Ce n'est qu'après six mois que ce qu'ils ont d'aimable a pris le dessus sur ce qu'ils ont de pénible et d'amer. Il n'y a pas deux mois que mon âme est parvenue à se soulever un peu, et à soulever mon corps avec elle ^ » Et, à peu près à la même époque, il écrit à M'"^ Agasse, qui avait été la meilleure amie de M"' Bufïon, qu'il n'a pas eu le courage d'aller la voir aussitôt après le coup qui l'a frappé :

« J'ai craint d'être suffoqué en voyant, dans ces premiers jours, la personne que mon amie aimait le plus, et dont nous parlions le plus souvent. Le cœur sait ce qu'il lui faut. C'est de vous que j'ai besoin maintenant : j'irai vous voir au premier jour.... Je ne réponds pas du premier moment ; mais je ne suffoquerai point, parce que mon cœur peut s'épancher auprès de vous. Mais quand je songe que ce même jour, et sans doute à la même heure

\. Chamfortiana.. XVII.

Qï:,:Ei. Auons, V, 289.

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OÙ je serai chez vous, elle mo verrait aussi !... Je m'arrête, et ne puis plus écrire ; et c'est depuis qu'elle n'est plus, le moment le moins malheureux '. »

Plus tard il écrivit des vers à la mémoire de cette morte si chèrement aimée ; et le sentiment qui les dicta est si profond et si sincère que, cette fois au moins, Chamfort fut vraiment poète ^

Cette retraite, pendant laquelle il connut le calme et la tendresse, n'est pas seulement un épisode singulier dans la vie aride et vainement agitée, que Chamfort mena comme presque tous les hommes de son temps ; ces deux ans de liaison avec M"° Buffon, surtout ces six mois de solitude à Vaudouleurs, comptent beaucoup dans l'histoire de son esprit et dans le développement de son talent. Loin des hommes et de leurs atteintes, les blessures qu'il en avait reçues devinrent moins cuisantes ; il songea moins à ses griefs personnels ; il voulut voir les choses de haut, se consoler des cruautés de l'expérience par l'exercice de sa pensée, et, pour tout dire en un mot, détourner sa vue des réalités pratiques pour rechercher les véri- ,lés spéculatives. Cette tentative fut vite interrompue ; il ne semble guère d'ailleurs que Chamfort pût y réussir. Elle lui fut utile pourtant, elle a son intérêt et mérite de nous arrêter.

C'est sans doute à ce moment qu'il écrivit les lignes suivantes :

» Je me suis réduit à trouver tous mes plaisirs en moimême, c'est-à-dire, dans le seul exercice de mon intelli-

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