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sur les lois qui doivent décider de son honneur et de sa vie », en prétendant aussi ne rien abandonner de ses privilèges pécuniaires qui font « de l'oppression du faible le patrimoine du fort ».
« Et vous voulez que j'écrive! poursuit-il. Ha! je n'écrirai que pour consacrer mon mépris et mon horreur pour de pareilles maximes ; je craindrais que le sentiment de l'humanité ne remplit mon àme trop profondément et ne m'inspirât une éloquence qui enflammât les esprits déjà trop échauffés ; je craindrais de faire du mal par l'excès de l'amour du bien. »
Puis, avec une netteté qui n'admet pas de réplique, il signifie à Vaudreuil que son opinion est faite sur ces sujets, et que rien ne saurait la changer. « J'ai voulu vous faire ma profession de foi, alin que si, par hasard, nos opinions se trouvaient trop difîérentes, nous ne revinssions plus sur cette conversation. » Au reste, quelque divergence qu'il y ait entre leurs idées, son amitié pour Vaudreuil reste la même, mais, au nom même de cette amitié, il le conjure d'ouvrir les yeux sur ce qu'il y a d'injuste et même d'inhumain dans cette résistance des aristocrates, et sur les tempêtes qu'ils vont déchaîner, s'ils ne veulent point s'en départir.
• Souffrez que j'en appelle à la noble portion de cette âme que j'aime, à votre sensibilité, à votre humanité généreuse. Est-il plus noble d'appartenir à une association d'hommes, quelque respectable qu'elle puisse être, qu'à une nation entière, si longtemps avilie et qui, en s'élevant à la liberté, consacrera les noms de ceux qui auront fait des vœux pour elle, mais peut se montrer sévère, même
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injuste envers les noms de ceux ijui lui auront été dél'avorables ' ? »
Est-ce ainsi qu'un parasite parle à son Mécène, un client h son protecteur? Si cette lettre eût été connue, les pamphlétaires de la réaction aristocratique, qui ont calomnié la nature des relations de Cliamfort avec Vaudreuil, auraient été réduits à se taire ; il leur aurait bien fallu reconnaître aussi que Chamfort ne devint point, comme ils l'ont dit, un partisan de la. Révolution seulement lorsqu'elle eut cause gagnée.
Dès l'époque, en efiet, où Cliamfort accepta d'être l'hôte du marquis de Vaudreuil, il entretenait un commerce suivi avec Mirabeau. En même temps que son intimité avec le grand seigneur, favori des Polignac, familier du cercle de la reine, le mettait, pour ainsi dire, au cœur même de l'ancienne société et lui permettait de confirmer, de développer ainsi ses premières observations, d'en recueillir de nouvelles, il devenait l'ami de l'homme qui allait être, sinon le créateur, au moins l'évocateur du monde nouveau. Cette liaison avec Mirabeau ne fut pas une simple liaison mondaine ; ils échangèrent leurs idées, écrivirent ensemble un livre dont le caractère révolutionnaire est, comme nous le verrons, bien accusé ; et, s'ils n'allèrentpas jusqu'à préparer un plan de campagne, leur correspondance marque clairement qu'ils avaient con»-