Fd. Aliguis
l'observa TEl R ET LE MORALISTE 137
il quitta le monde et commença à écrire son livre de morale. Jamais personne plus que lui, à ce moment, ne fut éloigné de l'impassibilité et de l'impartialité. Ce sont qualités au reste dont il ne se pique pas alors. Loin de dissimuler ses rancunes et ses colères, il les proclame ; elles ne se décèlent pas, elles éclatent avec violence. C'est à cette heure qu'il écrit quelques-unes de ces paroles <i atroces et corrosives, comme dit Sainte Beuve, et qui brûlent en quelque sorte le papier' ». Sa haine du monde s'affirme avec rage, et nulle hyperbole ne lui parait assez forte pour la rendre. « Qu'est-ce, dit-il, que la société, quand la raison n'en forme pas les nœuds ?... Une foire, un tripot, une auberge, un bois, un mauvais lieu et des petites maisons - ». Il arrive même, lorsqu'il n'a à faire qu'à des ridicules qui, vraiment, ne méritent pas de provoquer l'indignation, que, dans son humeur, il grossisse la voix plus qu'il ne convient à un homme de tant d'esprit : « On donne, dira-t-il, par exemple, des repas de dix louis ou de vingt à des gens en faveur de chacun desquels on ne donnerait pas un petit écu pour qu'ils tissent une bonne digestion de ce même dîner de vingt louis ^». Imagine-t-on un amphitryon se préoccupant de favoriser de ses deniers la bonne digestion de ses invités ? Et le trait du satirique n'est-il pas ici plus ridicule que ceux qu'il prétend atteindre ?
t. Causeries du lundi, IV, 556.
2 Ed. Aufiuis, I, 373.