Ed. Auguis, I
l’observateur et le moraliste 161
idées de la gentilhommerie ». Des mesures qui dataient de Louis XIV furent jugées trop démocratiques. Il se trouva un ministre de la guerre, M. de Ségur, pour détruire les dispositions du fameux ordre du tableau, établi par Louvois, et qui instituait un ordre d’avancement indépendant delà naissance. Après l’ordonnance de M. de Ségur, il fallut faire les preuves de quatre générations de noblesse pour pouvoir devenir officier. « La nécessité d’être gentilhomme pour être capitaine de vaisseau, disait alors Chamfort, est tout aussi raisonnable que celle d 'être secrétaire du roi pour être matelot ou mousse ‘. » Et en effet la pratique découvrit bien vite l’absurdité de cette mesure, qui menaça de rendre impossible le recrutement des cadres. « M. de Ségur ayant publié une ordonnance de ne recevoir dans le corps de l’artillerie que des gens instruits, il arriva une chose plaisante : c’est que l’abbé Bossut, examinateur des élèves, ne donna l’attestation qu’à des roturiers et Chérin qu’à des gentilshommes. Sur une centaine d’élèves, il n’y en eut que quatre ou cinq qui remplirent les deux conditions !. » Aussi quelques représentants de la noblesse blâmèrent-ils la mesure prise par M. de Ségur. Mais pourquoi? parce qu’elle était inique ? En aucune façon ; seulement parce qu’elle était malhabile, en rendant publique une exclusion qu’on eût du se contenter de pratiquer secrètement. « Il ne fallait jamais, dit Tilly dans ses Mémoires, faire une loi de l’Etat d’une condition qu’il fallait,