Ed. Auguis
CUAMFORT
genre, c’est celle de Satan dans le Paradis Perdu 1 ».
Il ne faudrait pourtant point, sur la foi de quelques paroles violentes, faire tort à la vérité. — Chamfort a beau avoir parlé quelquefois en homme qui rapporte tout à sa propre personnalité, comme lorsqu’il dit : « Je n’étudie que ce qui me plaît ; je n’occupe mon esprit que des idées qui m’intéressent. Elles seront utiles ou inutiles, soit à moi, soit aux autres; le temps amènera ou n’amènera pas les circonstances qui me feront faire de mes acquisitions un emploi profitable. Dans tous les cas, j’aurai eu l’avantage inestimable de ne pas me contrarier, et d’avoir obéi à ma pensée et à mon caractère 2 » . N’importe : on ne saurait douter qu’en s’isolant au milieu même de la société, en s’affranchissant d’elle, en assurant contre les atteintes du monde la dignité et l’indépendance de son âme, il ait eu un autre but que de se complaire à lui-même et de pouvoir, comme Epictète, se proclamer « pur en présence de sa propre pureté ».
Il ne s’en lient pas plus à l’ataraxie des stoïques qu’à l’apathie des Epicuriens. Le caractère n’est pointseulement, à son sens, une faculté d’abstention passive, et il ne veut pas que la lutte qu’il engage contre le monde n’ait d’autre théâtre que son for intérieur. La résistance qu’il oppose aux influences du dehors, il estime qu’elle ne doit pas rester une résistance inerte et muette ; il faut qu’elle fasse sentir sa réaction par des paroles et des actes. Si