Mme Roland, Œuvres, tome II. (Paris, an VIII, in
SES DERNIÈRES ANNÉES
vation, quelle tentation, au lieu de poursuivre leur marche, que de revenir sur leurs pas et de se rendre compte du chemin parcouru! C’est là sans doute ce qui amena Chamfort à accepter d’écrire les Tableaux de la Révolution.
Cette entreprise de librairie avait été commencée par l’abbé Fauchet Au début de l’année 1791, un prospectus (s. 1. n. d., in-8°, 4 p.) l’avaitannoncée en termes ronflants au public :
« Des artistes citoyens vont buriner les grands tableaux de notre Révolution d’une manière digne de la France libre, de l'Europe qui s’ébranle pour l’être, et du genre humain destiné à le devenir. Ils ont à retracer des mouvements violents , des scènes terribles, des événements heureux et des prodiges de vertu. La nature sociale , comme la nature physique , est sublime dans ses bouleversements et ses orages , qui préparent l’équilibre des éléments et la sérénité des beaux jours.... Cette société, qui réunit, pour la partie des artistes, toute la perfection des talents, a trouvé pour historien un homme, un patriote, témoin, acteur lui-même dans les scènes principales ; tous les jours de péril, toutes les nuits orageuses, il les a passés à la maison commune de la capitale ou sur le lieu de l’événement ; il a servi la liberté de sa fortune, de son zèle, de sa voix, de sa main, de sa vie... »
Cet historien qui se recommandait ou qu’on recommandait si bien au lecteur, c’était Claude Fauchet. Mais nommé, au mois d’avril 1791, évêque du Calvados, il ne tarda pas à s’apercevoir que ses fonctions épiscopales pouvaient suffire à l’absorber; il sacrifia à l’administration de son diocèse son ambition d’écrire l’histoire, et, dans ce qui ligure
1. Voir Maurice Tourneux, Bibliographie de l’histoire de Paris pendant la Révolution française.
CUAMFORT
au recueil d’Auguis, il y a apparence que Y Introduction seule est de lui ; après l’avoir composée, il passa la main à Chamfort, qui accepta.
lise chargeait, en vérité, d’une tâche assez ingrate et fort malaisée. Il faut songer, en effet, que dans cette publication illustrée, l’écrivain était subordonné au dessinateur ; celui-ci choisissait les sujets de ses planches que l’autre devait expliquer. Au lieu que le texte fût, à l’ordinaire, illustré par les images, les images devaient être illustrées par le texte. La suite, l’ordonnance, la proportion dans les développements devenaientpresqueimpossibles. Chamfort a vivement senti cette gêne, et, au risque de déplaire à son éditeur, il s’en est plaint tout haut :
« Nos lecteurs, dit-il, s'aperçoivent sans doute d’une des principales difficultés attachées au genre encore plus qu'à l'ordonnance de cet ouvrage, moins favorable souvent à l’historien qu’au peintre. C’est surtout dans l’histoire dep premiers jours de la Révolution, que cette difficulté se fait remarquer, en rendant plus sensible la disproportion des moyens entre la plume et le pinceau. Aux premiers moments de l’insurrection parisienne, la multitude des tableaux simultanés , ou rapidement successifs , sert à souhait le talent de l’artiste ; tandis que l’historien, dans une dépendance plus ou moins gênante, rencontrant un sujet tantôt trop fécond, tantôt trop stérile, se voit forcé de resserrer l’un, d’étendre l’autre, au gré d'une convenance étrangère *. »
Il a sans doute compris aussi, sans le déclarer de façon expresse, qu’une pareille œuvre comportait une difficulté plus grave : puisque l’éditeur des