‹ ChamfortChapitre 195 sur 207 · Ed. Auguis, II, Avant-Propos, v · texte numérisé non relu

Ed. Auguis, II, Avant-Propos, v

ment œuvre d’historien, au moins a-t-il laissé des pages qui ne sont pas sans valeur historique.

Heureux sans doute de retracer et de revivre ces premières journées de laRévolution, si belles et si ardentes, ilne songe pointa dissimulersonenthousiasmeet ne cache point qu’il veut le faire partager à son lecteur ; il se donne nettement pour ce qu’il est, c’est-à-dire pour un homme de parti. Mais songeons que ce parti comprend alors tout un peuple, que l’esprit qui l’anime n’a rien de l’étroitesse des coteries et des sectes. Tout en reconnaissant que Çhamfort, emporté dans l’élan révolutionnaire, n’a eu ni le désir ni le loisir d’appliquer aux hommes et aux choses cette critique indifférente à tout, hormis à la vérité, quenous exigeons de l’historien, on doit aussi remarquer, que, sans se tenir en défiance contre son enthousiasme, au moins veut-il s’en rendre compte. 11 avait d’ailleurs trop de probité dans le caractère et trop de clairvoyance dans l’esprit pour ne pas se défendre contre l’injustice délibérée et la partialité aveugle. On peut bien relever dans son ouvrage des passages où l’apologie de la Révolution prend le tondu dithyrambe ; mais ne convient-il pas de passer condamnation sur ces formes conventionnelles, acceptées ou plutôt imposées par la rhétorique du temps? Cela empêche-t-il qu’à plus d’une reprise son récit porte la trace de ses scrupules d’exactitude ? En est-il moins vrai que ses jugements, pour la plupart, ont pu être, plus tard, révisés dans la forme, mais non cassés pour le fond ? Si bien qu’en somme ces Tableaux de l’insurrection parisienne restent

SES DERNIÈRES ANNÉES

comme un document qu’il faut consulter, et que Mignet,un historien prudent et modéré sans doute, n’a pas hésité à leur faire de larges emprunts.

Il y a de plus fréquemment, dans ces pages, des traits d’observation morale qu’on ne saurait rencontrer partout ailleurs que plus espacés et moins expressifs : « L’histoire morale de la Révolution, a dit Chamfort, n’est pas d’un moindre intérêt que son histoire politique!... » L’histoire, considérée de ce point de vue, est vraisemblablement celle qui lui agréait le plus et qu’il eût souhaité pouvoir écrire. Comme on ne demandait pas tantau rédacteur des Tableaux de la Révolution e t qu’on lui demandait autre chose, Chamfort ne se trouvait pas maître de traiter sa matière uniquement en moraliste. Mais heureusement il a cru pouvoir en plus d’un cas manifester ses préoccupations préférées et les marquer dans des morceaux qui relèvent singulièrement l’intérêt de son ouvrage. C’est ainsi qu’il démêle avec bien de la sagacité les divers sentiments des partisans de la cour quand, pour la première fois, ilsse trouvèrent en face de l’émeute; qu’il peint la peur et la colère qui, après la charge deLambesc, firent de bourgeois timides des insurgés déterminés; qu’il discerne lescalculsdes agents du gouvernement qui, au milieu de Paris soulevé, se décidèrent à servir la Révolution en la détestant. Même aux heures d’entraînement général, les manœuvres des intrigants et des habiles ne lui éehappent pas, et il conte comment MM. La Vigne et Mo-

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