Chateaubriand et son groupe littéraire, I, 120 (en note
COAMFORT
ceux qui osent les attaquer ; quoique M. de Chamfort n’ait pour lui que son talent et quelques amis ; quoiqu’enfin l’on n’eftt pas été fâché de trouver à casser le jugement d’une Académie de province, il me semble que, malgré toutes ces considérations, l’on s’accorde assez généralement à donner la préférence à l’ouvrage que Marseille a couronné. — D’abord loutle monde convient qu’il y a infiniment plus d’esprit dans l’éloge de M. de Chamfort que dans celui de La Harpe. Tout le monde convient encore que le plan du premier a plus de profondeur et plus d’intérêt. On ne peut guère douter non plus que son admiration pour La Fontaine ne soit plus vive, plus sincère, plus sentie. Et ce titre seul ne devait-il paslui assurer une grande supériorité sur son rival 1 ? »
Fréron, dans Y Année littéraire, consacra à l’œuvre de Chamfort un article très élogieux et très motivé. Voltaire enfin ne se contenta plus d’envoyer à l’auteur un billet courtois et banal, mais il lui écrivit une vraie lettre, pleinement élogieuse et presque émue. La mort de Louis XV, l’avènement de Louis XVI purent diminuer un peu le retentissement du succès de Chamfort ; on s’en occupa pourtant dans les salons littéraires. Une lettre de Mlle de Lespinasse (25 octobre) nous apprend qu’on se prépare à lire Y Eloge de La Fontaine dans son cercle, et, deux jours avant, Mme du Defland écrivait à l’abbé Barthélemy : « Vous auriez bien dû prévenir le Chamfort sur le désir que j’ai d’entendre son Eloge. »
Par son esprit, Chamfort était déjà connu dans le monde; dès lors il passe célèbre. Il avait delà notoriété ; il gagne la considération. Bien accueilli