SUR LE MARIAGE
Le mariage, tel qu'il se pratique chez les grands, tst. une indécence convenue.
L'n homme connu pour avoir fermé les yeux sur les désordres de sa femme, et qui en avait tiré parti plusieurs fois pour sfl fortune, montrait le plus grand chagrin de sa mort, et me dit gravement : « Je puis dire ce que Louis XIV disait à la mort de Marie-Thérèse : « Voilà « le premier chagrin qu'elle m'ait jamais donné. »
Xous avons vu des hommes réputés honnêtes, des sociétés considérables, applaudir au bonheur de Mlle ***, jeune personne belle, spirituelle, vertueuse, qui obtenait l'avantage de devenir l'épouse de M. ***, vieillard malsain, repoussant, malhonnête, imbécile, mais riche. Si quelque chose caractérise un siècle infâme, c'est un pareil sujet de triomphe, c'est le ridicule d'une telle joie, c'est ce renversement de toutes les idées morales et naturelles.
M. D... avait refusé les avances d'une jolie femme. Son mari le prit en haine comme s'il les eût acceptées, et on riait de M. D..., qui disait : « ^lorbleu ! s'il savait du moins combien il est plaisant. »
M. de La Reynière devait épouser ^Mlle de Jarente, jeune et aimable. Il revenait de la voir, enchanté du bonheur qui l'attendait, et disait à M. de Malesherbes, son beau-frère : « Ne pensez-vous pas, en effet, que mon bonheur sera parfait ? — Cela dépend de quelques circons-
tances. — Comment ! que voulez-vous dire ? — Cela dépend du premier amant qu'elle aura. »
Une jolie femme dont l'amant était maussade et avait des manières conjugales, lui dit : « Monsieur, apprenez que, quand vous êtes avec mon mari dans le monde, il est décent que vous soyez plus aimable que lui. »
Pardonnez-leur, car ils ne savcjit ce qu'ils font! fut le texte que prit le prédicateur au mariage de d'Aubigné, âgé de soixante-dix ans, et d'une jeune personne de dix-sept.
A propos dune fille qui avait fait un mariage avec un homme jusqu'alors réputé assez honnête, Mme de L... disait : « Si j'étais une catin, je serais encore une fort honnête femme, car je ne voudrais point prendre pour amant un homme qui serait capable de m 'épouser. »
Une des meilleures raisons qu'on, puisse avoir de ne se marier jamais, c'est qu'on n'est pas tout à fait la dupe d'une femme tant qu'elle n'est point la vôtre.
L'état de mari a cela de fâcheux que le mari qui a le plus d'esprit peut être de trop partout, même chez lui, ennuyeux sans ou^a'ir la bouche, et ridicule en disant la chose la plus simple. Etre aimé de sa femme sauve une partie de ces travers. De là vient que M. *** disait à sa femme : « Ma chère amie, aidez-moi à n'être pas ridicule. »
Grâce à la passion des femmes, il faut que l'homme le plus honnête soit ou un mari, ou un sigisbé, ou un crapuleux, ou un impuissant.
Le divorce est si naturel que dans plusieurs maisons il couche toutes les nuits entre deux époiix.
La pire des mésalliances est celle du cœur.
Le mot le plus raisonnable et le plus mesuré qui ait été dit sur la question du célibat et du mariage est celui-ci : (c Quelque parti que tu prennes, tu t'en repentiras. » Fontenelle se repentit, dans ses dernières années,
de ne s'être pas marié ; il oubliait quatre-vingt-quinze ans passés dans l'insouciance.
Le mariage et le célibat ont tous deux des inconvénients... Il faut préférer celui dont les inconvénients ne sont pas sans remède.
L'amour plaît plus que le mariage, par la raison que les romans sont plus amusants que l'histoire.
L'hymen vient après l'amour, comme la fumée après la flamme.
En fait de mariage, il n'y a de reçu que ce qui est sensé, et il n'y a d'intéressant que ce qui est fou. Le reste est un vil calcul.
En amour, il suffit de se plaire par ses qualités aimables et par ses agréments ; mais, en mariage, pour être heureux, il faut s'aimer, ou du moins se convenir par ses défauts.
On marie les femmes avant qu'elles soient rien et qu'elles puissent rien être. Un mari n'est qu'une espèce de manœuvre qui tracasse le corps de sa femme, ébauche son esprit et dégrossit son âme.
L'amour le plus honnête ouvre l'âme aux petites passions ; le mariage ouvre votre âme aux petites passions de votre femme, à l'ambition, à la vanité, etc.