‹ ChamfortChapitre 45 sur 57 · LE MAPXHAND DE SMYRNE · texte numérisé non relu

LE MAPXHAND DE SMYRNE

fait d'éviter ma colère ; il s'est enfui dans mes jardins : mais mes esclaves le poursuivent et vont vous l'amener, ^lon argent, mon argent !

NÉBI

Votre argent ? Oh ! le marché est bon : il tiendra.

NÉBI

II. tiendra! Non, par Mahomet! J'obtiendrai justice cette fois-ci. Vous vous êtes prévalu du besoin que j'avais d'un médecin. C'est bien malgré moi que j'ai eu recours à vous ; mais je n'en serai plus la dupe. Vous croyez que cela se passera comme l'année dernière, quand vous m'avez vendu ce savant?

Kaled

Quel savant ?

NÉBI

Oui, oui, ce savant qui ne savait pas distinguer du maïs d'avec du blé, et qui m'a fait perdre six cents sequins pour avoir ensemencé ma terre suivant une nouvelle mé- {hode de son pays.

Kaled

Eh bien !' est-ce de ma faute, à moi ? Pourquoi faitesvous ensemencer vos terres par des savants? Est-ce qu'ils y entendent rien? N'avez- vous pas des laboureurs? Il n'y a qu'à les bien nourrir et les faire travailler. Regardez-le donc avec ses savants !

NÉBI

Et cet autre que vous m'avez vendu au poids de lor, qui disait toujours : De qui est-il fils? de qui est-il fils? et quel est le père, et le grand-père, et le bisaïeul? Il appelait cela, je crois, être généalogiste. Ne voulait-il pas me faire descendre, moi, du grand vizir Ibrahim !

Kaled Voyez le grand malheur! Quel tort cela vous fera-t-il? Autant vaut descendre d'Ibrahim que d'un autre.

NÉBI

Vraiment, je le sais bien: mais le prix...

118 chamfoet

Kaled Eh bien ! le prix ! Je vous l'ai vendu cher. Apparemment qu'il m'avait aussi coûté beaucoup. Il y a longtemps de cela ; je n'étais point alors au fait de mon commerce. Pou vais- je deviner que ceux qui me coûtent le plus sont les plus inutiles ?

NÉBI

Belle raison ! Cela est-il vraisemblable ? est-il possible quil y ait un pays où l'on soit assez dupe?... Excuse de fripon. Je ne m'étonne pas si on fait des fortunes.

K\LED

Excuse de fripon ! des fortunes ! Vraiment oui, des fortunes ! Ne croit-on pas que tout est profit ? Et les mauvais marchés qui me ruinent? N'ont-ils pas cent métiers où l'on ne comprend rien? Et quand j'ai acheté ce baron allemand dont je n'ai jamais pu me défaire, et qui est encore là-dedans à manger mon pain? Et ce riche Anglais qui voyageait pour son spleen, dont j'ai refusé cinq cents sequins, et qui s'est tué le lendemain à ma vue, et m'a emporté mon argent? Cela ne fait-il pas saigner le cœur? Et ce docteur, comme on l'appelait, croyez-vous qu'on gagne là-dessus? Et, à la dernière foire de Tunis, n'ai-je pas eu la bêtise d'acheter un procureur et trois abbés, que je n'ai pas daigné exposer sur la place, et qui sont encore chez moi avec le baron allemand?

XÉBI

Maudit infidèle ! tu crois m'en imposer par des clameurs ; mais le cadi me fera justice.

Kaled .Je ne vous crains pas ; le cadi est un homme juste, intelligent, qui soutient le commerce, qui sait très bien que celui des esclaves va tomber, parce que tous ces gens-là valent moins cher de jour en jour.

NÉBI

Ah ça ! une fois, deux fois, voulez- vous reprendre votre médecin ?

le marchanu dk smyrxe wi)

Kaled Non, ma foi.

NÉBI

Eh bien ! nous allons voir !

Kat.ed A la bonne heure !

SCKNK Vil KALED, LES ESCLAVES

Kaled, aux esclaves Eh bien ! vous autres, vous voyez combien on a de peine à vous vendre. Quel diable d'homme ! il m'a mis hors de moi. Il n'y a pas d'apparence qu'il me vienne d'acheteurs aujourd'hui; rentrons. Qui est-ce que j'entends? Est-ce un chaland ?

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