A CERTAIN DÉBITANT DE MORALE
Il est beau tout en haut de la chaire où l'on trône, Se prélassant d'un ris moqueur.
Pour festonner sa phrase et guillocher son prône De ne point mentir à son cœur !
SUR CHAMPAVERT
Il est beau, quand on vient dire neuves paroles,
Morigéner mœurs et bon goût.
De ne point s'en aller puiser ses paraboles
Dans le corps-de-garde ou lëgout!
Avant tout, il est beau, quand un barde se couvre
Du manteau de l'apostolat, De ne point tirailler par un balcon du Louvre,
Sur une populace à plat!
Frères, mais quel est donc ce rude anachorète?
Quel est donc ce moine bourru?
Cet âpre chipotier, ce gros Jean à barète,
Qui vient nous remontrer si dru?
Quel est donc ce bourreau? de sa gueule canine,
Lacérant tout, niant le beau, Salissant l'art, qui dit que notre âge décline
Et n'est que pâture à corbeau.
Frères, mais quel est-il?... Il chante les mains sales.
Pousse le peuple et crie haro !
Au seuil des lupanars débite ses morales.
Comme un bouvier crie ahuro!
Je ne dirai rien de la peine de mort, assez de voix éloquentes depuis Beccaria l'ont flétrie : mais je m'élèverai, mais j'appellerai l'infamie sur le témoin à charge, je le couvrirai de honte ! Conçoit-on être témoin à charge?... quelle horreur ! il n'y a que l'hu-
manité qui donne de pareils exemples de monstruosité ! Est-il une barbarie plus raffinée, plus civilisée, que le témoignage à charge?....
Dans Paris, il y a deux cavernes, l'une de voleurs, l'autre de meurtriers; celle de voleurs c'est la bourse, celle de meurtriers c'est le Palais-de-Justice.