XII NOTICE
vais ce que tout cela voulait dire ; je suivis mon père, et il me vendit pour deux ans.
Janvier 1824.
Voilà donc ce que c'est qu'un état, un maître, un apprenti. Je ne sais si je comprends bien ; mais je suis triste et je pense à la vie; elle me semble bien courte! Sur cette terre de passage, alors pourquoi tant de soucis, tant de travaux pénibles, à quoi bon? — Maintenant, je ris quand je vois un homme qui se
case, se caser! Que faut-il donc à l'homme pour
faire sa vie? une peau d'ours et quelques substances.
Si j'ai rêvé une existence, ce n'est pas celle-là, ô mon père! si j'ai rêvé une existence, c'est chamelier au désert, c'est muletier andalous, c'est Otahïtien !
Il est probable que cet homme chez lequel il faisait son apprentissage était architecte : car quelques années plus tard, on se rappelle l'avoir vu travailler dans l'atelier d'architecture d'Antoine Garnaud ; du reste, nous n'avons rien pu apprendre sur sa vie, à cette phase ; sans doute, il battait corps à corps avec la misère, et, dans les intervalles que lui laissaient ses travaux stupides et la faim, il s'abandonnait à
SUR CHAMPAVERT
l'étude. On a trouvé dans ses paperasses des dessins d'architecture et des poésies portant mêmes dates. Son assiduité à l'atelier d'Antoine Garnaud devint plus réservée peu à peu, et il en disparut entièrement. Son aversion pour l'architecture antique qu'on y enseignait à l'exclusion fut cause à coup sûr de cet éloignement. Il rentra dans l'ombre pour se livrer à ses études d'affection; on ne le vit plus reparaître que de loin en loin, dirigeant quelques constructions, ou dans l'atelier de quelque habile peintre dont il avait conquis l'amitié. C'est aussi vers ce temps, deux ans environ avant sa mort, vers la fin de 1829, qu'il se groupa à l'entour de lui quelques jeunes et timides artistes, afin d'être plus forts en faisceau, afin de n'être pas brisé et renversé à l'entrée dans le monde ; il fut même regardé par beaucoup comme le grand prêtre de cette camaraderie du bousingo, dont on fit grand scandale, et dont on a par méchanceté et par ignorance perverti les intentions et le titre. Mais n'anticipons pas, Champavert, dans un ouvrage collectif qui doit incessamment paraître, a rétabli la véracité des faits, et éclairé le public que les journaux ont abusé. Ses derniers compagnons, dont les noms sont cités dans les Rhapsodies , qui l'ont connu dans la plus