‹ Champmeslé, comédie en 1 acte et en versChapitre 12 sur 26 · HARIB · texte numérisé non relu

HARIB

Dois -je me confiner tristement dans ma loge. Sans recevoir jamais le plus léger éloge?

RACINE

Marie, il fut un temps où vous n’avici besoin Que de mon seul suffrage, cice temps n'est pas loin. Vous avex bien changé 1

MiRIt.

Le monde nous impose

Des devoirs.

RACJNK.

Attendez, pour plaider votre cause.

MAGASIW THÊATRAl.

I.c comte de Clermont, car il viendra cbex vou|; 11 le diMit hier.

MAlUt:.

Ah! votre esprit jaloux

S emporte et «e trahit. Ce n'est pas cette foule Ü adorateurs brillants dont le flot toujours roule Uue vous voulez bannir. Un seul a sur son front Amassé le courroux, le comte de Clermont.

ItAClNS.

Kh bien, ouï,, j'en conviens, je suis jaloux, Marie, Jaloux de ce seigneur, qui par la flatterie.

Par 1 orgueil de son rang veut gagner votre foi.

C est me ravir le CŒur ; ii'étes*vous pas pour moi, l'aut-il le répéter, plus encor qu’une femme?

Si je vous perds, je perds le merîleur de mon âme. Vous donniez une forme à ces êtres aiiiiauts Oue mon art évoquait dans ses enchantements:

Monime ou cœur discret, Phèdre aux vives alarmes, Iphigénie CD pleurs, se paraient de vos charmes. Ce beau monde idéal s’en irait avec vous.

Comment, dilcs-le-moi, ne pas être jaloux?

MARIS

Beaucoup trop aisément vous prenez de l'ombrage; Bien accueillir les gens, c’est vous faire un outrage; Votre tâte se trouble, au point qu'en vérité.

Je ne reconnais plus votre tact si vanté.

Vous venez d'oublier que c’est pour eUfr>niême une femme veut plaire et souhaite qu’on l’aime.

RACl.NB.

Pardonnez-moi, Marie... AhI je le vois, ingrate!

Ëllê fait quelques pas du cùU du salon.

Dans vos yeux, dans vos pas. l’impalicnce éclate;

V otre âme est tout entière au comte de Clermont, Ma présence vous gêne, et, blessé, de l'afTront,

Je vous quilteà jamais... oui, d'uneâme hardie PorteZ'lui vos amours...

MARIE

(Juoi l de la tragédie !

RACINE

Trêve aux propos railleurs!

MARIS

* Kèflérhissez alors.

Je me vois exposée a vos jaloux transports,

Kn avez-tous le droit? suis-je votre maîtresse?

RACINS.

âla jalousie est pure ainsi que ma tendresse;'

Je vous aime j le père âime ainsi son enfant,

Oue du moindre danger avec zèle il défend.

Je vous aime; l’ariUte ainsi dans le mystère Aime son œuvre ei craint qu'un louITle ne l’altère Vous paraissiez comprendre un sentiment si doux. Vous me l'aviez permis : Maiie, oubliez-vous Que votre cœur...

MARIE, arec roquetterts.

Mon cœur, mon cœur reste le même.

Voulez-vous, poursavoirsi toujourson vous aime. Derrière le rideau comme votie Kéron,

Ouir...

RACINE, oiec quelque hésUalion.

Que dites vous? mol, vous épier!... non.

Mais oyez donc pitié d'un cœur qui vous adore,

.Ménagez set soupirs; s'il en «at temps encore. Éloignez de vos pas ce comte que je bais ,

Nous saurons retrouver ces inslanU si parfaits, Marie, où nuit destins ne s’égalaient aux ndires. J’eus peut-être des loru, j‘en conviens; oui. nous

[autres.

Nous aimons tristement, souvent vous l'aVez dit, Poètes, dont sans cesse un rêve lient l’esprit.

Je deviendrai joyeux ; la cour, par son usage.

Déjà m’enseigna l’art d'égayer mon visage.

Je serai, si par là votre cœur m’est acquis.

Souriant cl léger comme un de nos marquis.

Afin qu’on dise un jour: Comme ellefutaimée!* Je prétends ajouter à votre renommée.

J’ai faiiPhèdre pourvous. ceiieœuvre où.dansmes L’amour est exprimé sur des tons si divers, [vers. Eh bien, jesens en moi, si vous m’aimez, Marie, «Que cette source-là n'est pas encor tarie.

Je puis, ayant reçu ch don du Créateur,

Pour que votre talent brille plus enchanteur, Animer (j'ai songé de cet être céleste) l*n modèle de grâce et de vertu modeste.

Comme autrefois encore un sourire, un regard ! Rendez-moi votre amour... âlarie, est-Ü trop tard? Ne pouvez-vous roc faire enûn le sacriGce De monsieur de Clermont?...

MARIE, à part.

Haut. il me met au supplice.

Faut-il me susciter un ennemi puissant?

Je l'accueille, on le sait, en faveur de son rang, Mais je ne vois qu'eu vous un ami véritable.

RACINE

Cnami!...

MARIE

Dire plus, c'est presque être coupable t Mon cœur n'a pas le droit, l’amour l'eùt-il aUeini, D’exprimer les tr.tnsporls que le vôtre dépeint. Mais vous m'avez a vous noblement élevée De la condition où vous m'avez trouvée.

Je me rappelle encor rinstani heureux et doux , Le premier, on s'en vint tomber à mes gcuuui Le poêle inspiré voyant de son génie Passer et vivre en moi la touchante harmonie Vous avez achevé, maître attentif et sûr.

L’œuvre de Cbampmesié, comédien obscur;

Grâce à vous, j’ai goûté la noble poésie,

Le doux charme des vers, l’expression choisie; Vous m’avez emportée en un monde meilleur,

Où croit rinteltigence, où s’agrandit le cœur. Pour lutter avec vous, quel autre aurait ce cliariiie?

H.ACINB.

Un sourire m'cnrhalne, un regard me désarme!

Vous lé savez irop bien. Non , non, de votre cœur Le comte de Clermont n'est pas encor vainqueur; Dites-moi que Marie à sa bonté première.

En me voyant souffrir, reviendra tout emière. Puisse i'amuur encor, l’amour par qui je vaux.

De son flambeau divin éclaircf mes travaux !

Piquante Séngné, tu l'as trop bien su dire.

Si je cessais d'aimer, je cesserais d’écrire!

MARIE

Que voire esprit se calme; allons, plus tje courroux!

CHAMPiMESLfc.

Vous verrez aujourd'hui que l'on peusaii à vous T Oui, dans mon m<Mailion votre image enfcrmiM*, D'après votre désir... •

KACtNB.

Que j'ai j'àme charmée!

rhsmpme^lé sort rétetir du cabinet.

MAKIS

Champmeslé*. . paii!...

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