SCENE IV ATALIDE, ROXANE
Roxane Retirez-vous!
Atalioe Madame, excusez l'embarras.
RoXANE
Retirez-vous... non, non, ne vous retirez pas, Madame, j'ai reçu des lettres de l'armée; De tout ce qui s'y passe êtes-vous informée?
Atalide
On m'a dit que du camp un courrier est venu! Le reste est un secret qui ne m'est pas connu.
Roxane
Mais vous devez savoir que le sultan expire, Que son frère Ibrahim lui succède à l'p:mpire. .
Atalide Je croyais que c'était, Madame, Bajazet...
ROXANE
De quoi vous mêlez-vous. Madame, s'il vous plaît?...
Atalide
Enfin, c'est mon cousin, on nous nourrit ensemble. Je peux bien de son sort m'informer, ce me semble.
ROXANE
Eh! bien j'en aurai soin.
Atalide
Je l'avais bien pensé.
Je sais que vous avez le cœur si bien placé! (A part) La mauvaise guenon!
Roxane (à part)
Voyez la bonne pièce!...
On dirait que ces mots cachent quelque finesse. Je te vais attraper!... (haut) Un nouveau testament Contredit le premier, mais moi décidément Je trompe d'Amurat la volonté bizarre.
Atalide Sultane, vous montrez un courage bien rare!
Roxane Oui, je le brûlerai pour que votre cousin...
Atalide (vivement)
Soit empereur! Madame, ah! le noble dessein, Qu'il est digne en effet d'une âme généreuse!
Je vous trouve, ma mie, aujourd'hui bien parleuse!
Atalide
Madame, qui pourrait malgré tous ses efforts, Voyant ce que je vois, retenir ses transports!... Qu'en effet Bajazet est bien fait pour un trône! Qu'il aura bonne grâce avec une couronne!
RoXANE (impatientée) 0 langue de serpent!... Quand vous aurez fini!...
Atalide
Madame, je me tais.
ROXANE
Mahomet soit béni!
Atalide (A part) Qu'elle a mauvaise grâce.
Roxane
Eh bien!
Atalide
Je vous écoute.
(A part) Quelle voix de Rogome! elle a pompé la goutte. C'est sûr.
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Vous sentez bien, après ce que j'ai fait Que je ne puis avoir laissé là mon projet; J'aime votre cousin, il m'aime à là folie...
Atalide Vous déploriez pourtant sa froideur inouïe...
ROXANE
Oui, mais en cet instant, par les plus doux aveux, Il vient de rendre enfin son cœur à mes beaux yeux. (A part) Tu la gobes; c'est bon.
Atalide
Est-il bien vrai Madame?
ROXANE
Croyez si vous voulez.
Atalide Là foi d'honnête femme?
ROXANE
En pouvez-vous douter?
Atalide (avec dépit)
Que les hommes sont faux!
Le parjure!... Osez-vous écouter ses propos? C'est un enfant, Madame, un fade petit maître Qui fait le joli cœur, ou voudrait le paraître, Et qui ne peut sentir le moindre sentiment. C'est un pauvre cousin, mais un plus pauvre amant!
Dans un temps il voulut me conter des fleurettes, Mais mon cœur délicat l'envoyait aux soubrettes; Même s'il faut ici vous parler clair et net, Je crois qu'il a souvent offensé Mahomet, Car j'ai souvent senti de sa bouche amoureuse, S'exhaler en hoquets son haleine vineuse!
ROXANE
Tais toi, langue d'aspic! quand tu l'as cru constant, Dis... tenais-tu sur lui ce langage insultant?... Vous vous aimez tous deux, j'en ai le témoignage... Vois ce billet... j'étouffe et suffoque de rage...
(Elle s'évanouit).