‹ Champollion inconnuChapitre 16 sur 21 · ROXANE, BAJAZET · texte numérisé non relu

ROXANE, BAJAZET

ROXANE

Je ne vous ferai point de reproches frivoles. Quoique je ne sois point avare de paroles. Depuis que le grand Turc est absent, vous savez Comme je vous nourris et comme vous vivez; Vous savez les mets fins qui chargent votre table, Vous savez que pour vous Roxane favorable Osa même braver le décret souverain, Qui pour un gosier Turc a supprimé le vin. Avec de si doux soins je n'ai pas su vous plaire! Je n'en murmure point, quoique à ne vous rien taire Je n'eusse pas besoin de tous ces grands bienfaits : A des yeux connaisseurs suffisaient mes attraits. Mais je m'étonne enfin que pour reconnaissance, Pour prix de tant de soins qui pansaient votre panse, D'un assez mince objet ici comme un vrai sot Vous soyez amoureux, et sans m'en dire un mot!

Bajazet

Qui, moi Madame!

Roxane

Oui, toi... Voudrais-tu point encore Me nier un mépris que tu crois que j'ignore? Me pousser quelque bourde en faisant l'innocent? Abuser la candeur de mon tendre penchant?

En me dissimulant d'un silence perfide Le sot amour qu'a su t'inspirer Atalide?.

Bajazet Atalide Madame, ô ciel qui vous a dit

ROXANE

Tiens, sais-tu lire au moins ce que ta main écrit?....

Bajazet

Mais oui, je ne suis pas un âne de nature

Et je sais, s'il vous plaît, lire mon écriture

En ce billet. Madame, est ma confession,

Atalide toujours m'aime et de passion,

Et moi je la payais d'un amour mutuelle.

Ce n'est pas que pourtant je la trouve aussi belle

Que vous

ROXANE

Me dis-tu vrai?... Si tu savais, mon choux! Que tu serais heureux en étant mon époux!... Atalide, crois-moi, n'est qu'une minaudière. Qui n'aime que sa peau dont on la voit si fière;

Mais elle est maigre et pâle Ah! le friand morceau

Pour porter la couronne et le royal manteau! Toujours sentant la fièvre, et, par-dessus, maussade! Tu ne serais jamais que son garde malade. Regarde-moi mon cœur : que ce visage rond Près de toi sur un trône aura bonne façon!... Par mille petits soins tu verras que je t'aime; Chaque soir à souper je te coiffe moi-même;

— iùD —

En batiste, je veux te broder un jabot, Je te tricoterai des gilets de tricot; Cela te touchera bientôt, je le parie,

Tu m'aimeras, mon choux, jusques à la folie

Allons, oublions tout, je te vais pardonner, Avec moi, n'est-ce pas tu consens à régner?...

Bajazet Mais, Madame, Atalide?...

ROXANE

Encor cette Atalide !...

Parle Veux-tu régner mon aimable perfide?

Une fois?...

Bajazet Non!...

ROXANE

Deux fois?

Bajazet

Eh non !

ROXANE

Eh bien : trois fois ?

Bajazet Non ! . . . encore un coup non ! ! !

ROXANE

Ah ! tu hausses la voix?

Eh! bien pour cette fois ce sera la dernière.

Il faut tous de ce pas venir chez le notaire Signer notre contrat au gré de mon désir, Puis unir, d'un second, Atalide au visir; Sinon dès aujourd'hui n'écoutant que ma rage A l'hôpital des fous je te fais mettre en cage, Et cela sur le champ, sans forme de procès.

Bajazet

Je serais bien plus fou si je vous épousais!... Si vous voulez ce prix de mon obéissance^ C'est trop cher, et je vous tire ma révérence.

ROXANE (furieuse)

Ah! ce n'est pas ainsi que tu pourras sortir

Holà gardes, à moi! qu'on vienne le saisir Et que sans plus tarder on l'entraîne, on le lie Par ordre du sultan et pour toute sa vie! A l'hôpital des fous qu'on l'enferme soudain! Et surtout je défends qu'on lui donne du vin! (On entraîne Bajazet).

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