VI. - LE POÈTE
Comme nous l’avons montré tout à l’heure, Fauteur de la Chanson de Roland est un Normand, et c’est ce qui est presque
1 Contre l’antiquité du Roland } on pourrait alléguer un nom de lieu ( Bu tentrot ) qui se lit au v. 3220 de notre texte. Le « val de Botentrot » est, en effet, célèbre dans l’histoire de la première croisade, et l’on a pu dire qu’il n’était peut-être pas connu en Occident avant 1098. Mais enfin ce n’est là qu’un « peut-être », et il n’est pas impossible que des pèlerins aient pratiqué ce passage avant la grande expédition des dernières années du xi® siècle. (V. un article de Paul Meyer dans la Romania, VII , p. 335, et notre note du v. 3220.)
INTRODUCTION
mathématiquement prouvé par l'importance exceptionnelle donnée à a saint Michel du Péril ».
Même il se pourrait que ce fût un Àvranchinais, à cause du voisinage de ce Mont Saint-Michel dont il fait tant d'estime*
Quoi qu'il en soit, d’ailleurs, il est très probable que ce Normand a vécu de l’autre côté du détroit, et c’est ce que laissent supposer l’origine topographique de notre manuscrit, le mot agier qui est d’étymologie anglo-saxonne, et certaines allusions à l’Angleterre qui ne sont pas sans être empreintes de quelque dédain.
Voilà ce que nous avions dit, et ce que nous devions redire.
Mais l’auteur de notre poème est -il réellement ce Turoldus dont il est question dans notre dernier vers : Ci fait la geste que Turoldus declinet ? On ne saurait l’affirmer.
La geste ! Ce mot est employé quatre fois dans notre Chanson, et le poète en parle toujours comme d’un document historique qu’il a dû consulter et dont il invoque le témoignage au même titre que celui des chartes et des brefs. Ce document, c’était peut-être quelque ancienne Chanson; ou bien encore quelque Chronique plus ou moins traditionnelle et écrite d’après quelque poème antérieur. Donc, c’est de cette geste, et non pas de notre poème, que Turoldus serait l’auteur.
Mais, même en admettant que ce mot « geste » s’applique à notre propre chanson, il faudrait encore expliquer le mot décliner . Or, ce mot signifie à la fois « quitter, abandonner, finir une œuvre », et, par extension, « raconter tout au long une histoire, une geste. » La première de ces deux significations a paru la meilleure à quelques critiques. On peut donc admettre qu’un Touroude a « achevé » la Chanson de Roland . Mais est- ce un scribe qui a achevé de la transcrire? un jongleur qui a achevé de la chanter? un poète qui a achevé de la composer? À tout le moins, il y a doute.
M. Génin, s’appuyant uniquement sur ce fameux dernier vers, attribue notre chanson à un « Theroulde », bénédictin de l’abbaye de Fécamp, auquel le roi Guillaume donna l’abbaye de Malmesbury, qui fut transporté en 1069 à l'abbaye de Peterborough , et qui mourut en 1098. « Si ce n’est lui, c’est * son père, » dit M. Génin. Et le père de ce Theroulde fut, en